Traduit par Isabelle

Homélies sur des sujets brûlants

par Howard Kainz

lundi 21 janvier 2019

Au cours de ces deux derniers mois, j’ai été étonné d’entendre deux homélies – une sur la crise des abus sexuels et leurs dissimulations, l’autre sur l’avortement. Mon étonnement est basé sur le fait que je n’avais jamais entendu traiter de ces deux sujets à la messe du dimanche depuis Vatican II. Et j’ai assisté à la messe dans de nombreux Etats.

Je suppose que ce pourrait être un symptôme d’un certain progrès vers l’orthodoxie - Bien qu’il se trouve justement que ces sujets soient très en vue dans la presse grand public. Avec la triste histoire de la relégation et de la démission du Cardinal Mc Carrick, et de son penchant pour le sexe avec les séminaristes, on raconte partout de nouvelles histoires sur des abus sexuels par des prêtres catholiques.

Et par-dessus tout cela, la campagne massive des Démocrates pour empêcher la confirmation de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, où il pourrait user de son influence pour faire annuler Rose contre Wade, a provoqué une colère dans tout le pays de la part des pro-avortements qui craignaient de perdre un droit accordé par quelques juges de la cour suprême en 1973.

Aussi, ces deux sujets ultra sensibles sont maintenant tellement en vue dans la sphère séculière que, peut-être, ils ont forcé l’attention des prédicateurs.
Je serais vraiment choqué s’il arrivait que des sujets tels que l’homosexualité et/ou la contraception soient traités au cours d’une homélie. Avec la contraception, nous toucherions à ce qui semble être la source de tout le désordre social et ecclésiastique.

En effet, la large utilisation de la contraception, même par la grande majorité de catholiques mariés est, sans aucun doute, un témoignage implicite ou même explicite de ce que la connexion traditionnelle du sexe (et du mariage) avec la procréation a été rompue.

Cette rupture est très claire dans les formes simples de la contraception, telles que les préservatifs – ce qui transforme un acte sexuel en rien d’autre qu’une masturbation mutuelle.

C’est un peu plus compliqué avec l’usage de contraceptifs hormonaux, des stérilets, de la chirurgie de stérilisation, etc…Toujours est-il que nous voyons là un refus évident de la procréation qui conduit souvent à la non-implantation d’un embryon humain, ou, si l’embryon conçu s’échappe, à sa destruction (selon l’expression du pape François) par des « tueurs à gage », c’est à dire par des avorteurs.

Il est ironique et hypocrite pour des hétérosexuels qui s’engagent dans une relation sexuelle stérilisée de critiquer les homosexuels qui essayent par des manœuvres variées, et beaucoup de fantasme, d’imiter des actes hétérosexuels qui ne sont pas plus procréatifs.

Mais si nous parlons de la contraception comme d’un péché - un péché grave, soumis à la punition éternelle – il se peut que je sous-estime la difficulté qu’un prêtre de paroisse ordinaire pourrait avoir à discuter du sujet.
Comme jeune homme, j’ai passé quelques années à étudier pour devenir prêtre, avant d’évoluer vers autre chose. Et je me rends compte de ceci :
Qu’en serait-il si j’étais ordonné, pasteur en charge d’une grande communauté, et que je devais faire une homélie devant un groupe hétéroclite d’adultes, d’enfants et d’adolescents ?

Est-ce que je ne trouverais pas difficile, si j’étais un prêtre célibataire, de parler de choses comme la contraception ou même la sodomie comme de péchés ? Est-ce que je ne pourrais pas simplement présumer que tous les adultes connaîtraient déjà l’enseignement de l’Eglise sur ces sujets, et présumer aussi que les parents, au bon moment, transmettraient cette connaissance à leurs enfants ?

Eh bien, peut-être pas. Tout cela dépend de la manière dont les individus ont été instruits – et pour ceux qui ont été à l’école publique, l’information sur tout cela peut se monter à zéro, ou même pire.

Ou bien alors je pourrais peut-être employer le mot « contraception », et mettre l’accent sur le fait que c’est un péché comme moyen d’empêcher la naissance d’enfants, puis laisser les couples en tirer les conclusions nécessaires – et expliquer de leur mieux le problème à leurs enfants dans les bancs de l’église, alors qu’ils se demandent de quoi le prêtre peut bien parler.

Ou bien, je pourrais juste employer le mot « sodomie », dont la majorité des adultes connait probablement le sens et qu’ils peuvent expliquer à leurs enfants de leur propre manière, comme c’est nécessaire.

(Je m’imagine toujours dans la peau d’un prêtre) Si je voulais aller plus loin et si je parlais de l’effet que la contraception peut avoir sur la fornication des adolescents, ou du dommage coupable que les jeunes femmes infligent à leurs corps en se mettant pendant des années en état de ménopause par l’utilisation de contraceptifs hormonaux, ou des raisons qu’a eues Dieu de punir Sodome et Gomorrhe, etc., etc., - eh bien, de telles discussions dépendraient de l’assistance et de mes pouvoirs de persuasion.

Mais il est clair que la difficulté pour un prêtre de parler des péchés sexuels est analogue, et peut-être même plus difficile que pour des parents de parler à leurs fils ou leurs filles adolescents de la raison pour laquelle ils ne devraient pas suivre l’exemple de groupes de copains, ou d’établir des règles familiales sur la conduite à tenir et les amis à choisir.

Dans les familles, on doit faire ces choses-là, et atermoyer peut s’avérer être un abandon des devoirs de sa vocation,- et un péché.

Je ne suis pas un sondeur d’opinion, et, bien sûr, il est très possible que mon expérience des paroisses et des pasteurs soit trop limitée, et que les discussions sur les péchés sexuels soit assez fréquente dans de nombreuses paroisses. Si c’est le cas, j’admettrai avec plaisir que je me suis focalisé sur un problème mineur, relié à un petit nombre de prêtres et, de ce fait, les questions d’actualité qui alimentent les informations ne sont, Dieu merci, qu’une simple anomalie résultant d’incidents isolés et individuels.
Mais je ne le crois pas.

Et tout aussi significatifs sont les sauts par-dessus les problèmes que font les paroisses dans lesquelles nombre de paroissiens viennent à la messe uniquement à Noël et à Pâques, aux baptêmes et aux enterrements. Aussi, même si les pasteurs faisaient les homélies les plus belles et les plus orthodoxes du monde, les paroissiens manqueraient la plus grande partie de leurs messages.

Nous savons grâce à des sondages que les trois quarts des catholiques ne vont pas à la messe régulièrement, et ceci même après avoir exclu du sondage les ex catholiques qui constituent les deuxième plus grand groupe religieux en Amérique. (Le plus grand groupe étant composé de ceux qui se disent catholiques)

Du coup, voici un exercice mental : Que se passerait il si le pape annonçait aux medias du monde la vérité (qu’autrefois tout le monde connaissait) : pour les catholiques, l’assistance à la messe est une obligation absolue sous peine de péché mortel – et non pas une « option », comme pour les protestants ?

Il y perdrait en popularité, mais en même temps il établirait sa cause pour une béatification.

Et faire venir les gens sur les bancs de l’église où ils pourraient à l’occasion, entendre un vrai enseignement catholique pourrait être alors un modeste point de départ vers une vraie « réforme » catholique.

12 novembre 2018

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/11/12/homilies-on-hot-topics/

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