Henri Rollet et la séparation de LA FRANCE CATHOLIQUE d’avec l’Action catholique

Jacques-Hubert ROLLET, Docteur en Histoire, Paris IV-Sorbonne.

vendredi 20 mai 2016

Aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, le Général de CASTELNAU disparu, les Cardinaux et Archevêques voulurent revoir la structure de l’Action Catholique (qui s’était dotée de Mouvements spécialisés), et l’adapter à ce que le Pape Pie XII avait précisé en 1942.

Le 18 juin 1945, l’A.C.A. décide qu’elle prendrait le nom "FEDERATION NATIONALE d’ACTION CATHOLIQUE (Unions Paroissiales)" et ajoute "Ce titre précise l’objet de ce groupement, différent de l’ancienne F.N.C. : Celle-ci agissait au plan civique, la nouvelle Fédération agira comme Mouvement d’Action Catholique Générale. D’une part, elle ne sera pas la Fédération des Mouvements d’Action Catholiques spécialisés, mais la Fédération des Unions Diocésaines, groupant elles-mêmes les Union Paroissiales.

La Présidence de cette nouvelle FNAC (qui "succède " à la FNC) est alors confiée à Jean Le Cour Grandmaison , qui avait été choisi comme "second" par le Général de Castelnau. Il va alors "reconstituer" les "Unions paroissiales" et les "Unions Diocésaines" disparues pendant la Guerre.

Henri Rollet, dès 1943, participe modestement à ce travail au sein de l’union paroissiale de sa paroisse à Paris , dont il deviendra ensuite responsable . Sa thèse de Doctorat sur l’Action Sociale des Catholiques en France 1871-1901, soutenue en Sorbonne en 1948, est "remarquée" et fait l’objet de nombreux articles, étant le premier travail universitaire sur le sujet (son ami Jean-Baptiste DUROSELLE soutiendra plus tard sa thèse sur le même sujet, mais pour la période précédente 1830-1870) ; Il sera ensuite nommé à la Présidence du Secrétariat Social de Paris. En 1952, il est remarqué par Jean Le Cour Grandmaison qui le fait élire membre du Comité Directeur de la FNAC.

Pendant 2 ans, ils vont travailler ensemble, puis Jean Le Cour Grandmaison décide, âgé de 70 ans, de céder sa présidence. La Hiérarchie lui demande de proposer 3 noms. Dans sa proposition, il place Henri Rollet en premier, et c’est le choix que suivra l’A.C.A.

Extrait du Procès Verbal de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France, en date des 13,14 et 15 octobre 1954 :

S. Em. le Cardinal GERLIER, Président de la Commission épiscopale de l’Action Catholique Générale, fait part à l’Assemblée de la décision prise par M. Le Cour Grandmaison de se démettre de ses fonctions de Président Général de la F.N.A.C.
Son Eminence a insisté auprès de lui pour qu’il veuille bien conserver, quelque temps encore, cette présidence, mais il a dû finalement s’incliner devant des considérations très nobles, auxquelles s’ajoutait le caractère indiscutable d’un repos nécessité par une récente épreuve de santé. Il s’agit maintenant d’assurer sa succession. Le Comité Directeur a remis, à cet effet, une liste de trois noms, en tête de laquelle figurait celui de M. Henri Rollet. S. Em. le Cardinal Gerlier fait état des services déjà rendus à l’Eglise par M. Henri Rollet, au bureau directeur de la FNAC, comme au Secrétariat Social de Paris, dont il est Président ; sa science sociale, son dévouement à l’Eglise, ses qualités personnelles le désignent au choix de l’Assemblée, à l’heure où précisément l’Assemblée Plénière de l’Episcopat français vient de remettre aux mains du clergé de France un "Directoire pastoral en matière sociale".

L’Assemblée nomme M. Henri Rollet Président Général de la FNAC, et demande à S. Em. le Cardinal Gerlier de bien vouloir l’en informer. Elle lui demande aussi de communiquer à M. Henri Rollet certains desiderata concernant la publication La France Catholique, et la situation de ce journal vis-à-vis de la Fédération. Elle tient à exprimer à M. Le Cour Grandmaison sa très vive gratitude pour les services éminents qu’il a rendus à l’Eglise Catholique, spécialement en France, en imprimant à la FNAC un grand élan apostolique et spirituel.

La France Catholique du 26 XI 1954 publie 3 articles, dont celui de J. Le Cour Grandmaison intitulé "L’adieu du pilote ".

Au début de l’année 1955, Henri Rollet doit "redéfinir" les relations entre le Mouvement qu’il préside et La France Catholique, tel que cela a été décidé par l’ACA , et lui a été précisé par le Cardinal Gerlier.

En fait, ce sujet avait déjà été évoqué par la Hiérarchie qui ne voulait pas se trouver "engagée" par des articles ou des prises de positions publiées par le journal.

Le Comité Directeur de la FNAC du 26 octobre 1953 en avait débattu et avait décidé ceci :

1- Il est nécessaire que la FNAC conserve un organe permettant d’aborder les problèmes d’actualité à la lumière des enseignements de l’Eglise.

2-Il est nécessaire de bien marquer la distinction entre ces enseignements, qui s’imposent à tout catholique, et les options, qui demeurent libres dans une très large mesure dans le domaine des opinions, des applications pratiques et des solutions.

Le Président de l’époque avait dit vouloir étudier avec Mgr Courbe les moyens de marquer cette distinction... mais manifestement cela n’avait pas été fait, et c’est pourquoi l’ACA l’avait demandé.

Le Rédacteur en chef de La France Catholique est, depuis 1945, Jean de Fabrègues ( 1906-1983), il fait partie de la "Droite Catholique" marquée pendant sa jeunesse par l’arrivée au Pouvoir en 1924 du "Cartel des Gauches" et d’autre part, en 1926, par la condamnation de l’Action Française par Pie XI. Henri Rollet devenant le patron de la FNAC, se trouve devenir le patron de Jean de Fabrègues , qui a dix ans de plus que lui. Mais Henri Rollet a de l’estime pour Jean de Fabrègues, qui assistait à sa soutenance de thèse et en a fait un long et élogieux compte-rendu. Au plan intellectuel, les deux hommes se respectent. S’il y a une relative divergence entre les deux hommes, elle se situe au niveau social, Henri Rollet est plus concerné par le social, il est moins conservateur que Jean de Fabrègues. Sachant qu’il a mission de "séparer" le journal du Mouvement, Henri Rollet ne se considérera jamais comme "patron" de Jean de Fabrègues, et dès son arrivée , lui manifestera des marques de considération, dont Fabrègues lui sera reconnaissant. C’est donc dans un climat serein que les deux hommes vont définir les modalités afin de "marquer la distinction " entre le journal et le Mouvement.

Jean de Fabrègues devient Directeur de La France Catholique, et la FNAC dispose d’un organe mensuel France-Monde Catholique.

Les relations entre les hommes et les entités seront bonnes , et Henri Rollet continuera à donner des articles à La France Catholique.

A titre d’exemple : Lorsqu’en 1968 , le pape Paul VI fait l’objet de nombreuses critiques, 16 personnalités catholiques décident de publier une LETTRE d’HOMMAGE au pape , et c’est La France Catholique qui la publie le 17 décembre 1968 à l’initiative d’ Henri Rollet (on a dit que ce serait le Père Daniélou ) . Cette Lettre sera reprise dans toute la presse dans les jours suivants , et Henri Rollet recevra des dizaines de milliers de lettres de soutien à cette initiative !

Rappel des 16 signataires : Edmond MICHELET, Charles FLORY, Etienne GILSON, Olivier LACOMBE, Henri GUITTON, François MAURIAC, Henri ROLLET, Stanislas FUMET, Jacques de BOURBON-BUSSET, Henri BOISSARD, Gabriel MARCEL, Maurice VAUSSARD, Jacques NANTET, André LATREILLE, Pierre MESNARD, André PIETTRE.

Les 2 décisions de l’ACA citées ont été consultées aux Archives du Diocèse de CAMBRAI où elles sont conservées.

Jacques-Hubert ROLLET (fils de Henri Rollet)

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