Habermas, le religieux et l’universel

par Gérard Leclerc

lundi 6 décembre 2010

Le dernier texte paru en français du philosophe allemand Jürgen Habermas constitue une vigoureuse invitation à reconsidérer l’éclairage du religieux dans le cadre de la cité moderne. Préfaçant un ouvrage de jeunesse de son collègue américain, aujourd’hui décédé, John Rawls, le penseur de la Communication insiste particulièrement sur la relation entre la raison et la foi. Rawls était un jeune homme croyant, qui voulut même être prêtre dans l’Église presbytérienne. S’il perdit la foi plus tard, il n’oublia jamais ce qu’elle lui avait appris notamment en ce qui concerne la vie morale. Et Habermas d’insister : ceci reste d’une rigoureuse actualité.

On n’est pas surpris par une telle prise de position, qui correspond à des convictions exprimées, par exemple, lors d’une rencontre mémorable avec le cardinal Joseph Ratzinger à Munich en 2004. Mais il est intéressant de comprendre qu’Habermas, loin de renier sa pensée essentielle, ne fait que la confirmer. L’exigence de rationalité et universalité qui est sienne depuis l’origine de son œuvre se trouve achevée et non niée par l’apport de la Révélation biblique. Il n’entre nullement dans le débat contemporain du multiculturalisme où il s’agit de faire cohabiter les identités, les mémoires et les particularismes. C’est en vertu de son humanisme et de sa tradition philosophique universaliste que le penseur est en quête d’approfondissement anthropologique.

Ce faisant, il inquiète un certain nombre de gens qui refusent par principe l’ouverture à la théologie mais aussi à un certain nombre de repères éthiques. Ainsi Habermas est-il suspect d’esprit réactionnaire, on met en cause sa préoccupation à propos de la dérive des mœurs, du suicide assisté, des manipulations génétiques, de l’avortement et, plus généralement, des transgressions de la recherche scientifique. Ne conviendrait-il pas plutôt de saluer l’effort ultime du théoricien de la démocratie moderne au service de la sauvegarde de notre humanité ? Il faut lire et comprendre Habermas, témoin de l’Universel.

G.L.

John Rawls, Le péché et la foi, écrits sur la religion, postface de Jürgen Habermas, éd. Hermann, 370 pages, 33 e.

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