Gabon : une nouvelle dynastie pour l’Afrique

lundi 7 septembre 2009

par Jean-Gabriel Delacour © Acip

Après Joseph Kabila au Congo-Kinsaha en 2001 et Faure Gnassingbé au Togo en 2005, Ali Ben Bongo — Alain-Bernard avant sa conversion à l’islam — a donc pris le relais de son père Omar Bongo — ex-Albert-Bernard. Il a officiellement remporté le scrutin présidentiel au Gabon avec 41,73 % des voix. Comme prévu, des troubles ont éclaté à l’annonce des résultats le jeudi 3 septembre, l’opposition dénonçant des fraudes électorales. L’opinion publique française a surtout été sensible aux scènes de violence — pillages et destructions — contre les intérêts, privés et collectifs, de notre pays, notamment à Port-Gentil, région traditionnellement hostile à la famille au pouvoir. En effet, dans le système mis en place par Omar Bongo, la France jouait un rôle de premier plan, économique, politique et militaire, et les opposants à son fils affirment qu’elle l’a favorisé.

Le fait qu’un prêtre catholique congolais, l’abbé Malu Malu, dirigeait les observateurs de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, s’il témoigne une fois de plus du rôle reconnu par la société civile à l’Église, n’a pas calmé les esprits. Il a reconnu les efforts des autorités administratives, noté les « difficultés d’organisation dérivant du retard dans l’envoi des opérations de vote dans la majorité des sièges et des problèmes de gestion et d’orientation des électeurs dans les bureaux de vote » et incité à « accueillir les résultats dans le calme et dans le respect des règles démocratiques, comme cela doit arriver dans tous les États de droit ». De leur côté, les trente-cinq observateurs de l’Union africaine ont affirmé que tout s’« est déroulé dans le calme et en conformité aux dispositions légales » malgré des « irrégularités » et des « déficiences ».

Dans un pays où une cité continue de s’appeler Franceville, les tentatives récentes du président Sarkozy de défaire les liens et les habitudes de ce qu’on appelle communément la « Françafrique » n’ont pas encore porté leurs fruits. Ces relations jouent d’ailleurs à double sens puisque, dans certains cas, les dirigeants locaux ne craignent pas de s’en prendre à la France et à ses ressortissants s’ils ne sont pas suffisamment soutenus par Paris ou si des enquêtes judiciaires apparaissent susceptibles de les mettre en cause. Maître dans l’art d’utiliser ces rapports, le défunt chef de l’État gabonais avait coutume de dire : « L’Afrique sans la France, c’est la voiture sans le chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant » — expression qui prenait tout son sens dans ce pays producteur de pétrole.

Ali Bongo n’est en fait pas très connu. D’un côté, il possède à Paris un appartement avenue Foch et deux voitures de sport. De l’autre, sa vie à Libreville n’a plus rien à voir avec son passé de dandy profiteur : il sort peu et sa femme, Sylvia Valentin, une Française épousée en 2000, se montre discrète. Ayant réussi à s’imposer au sein du clan Bongo, il lui reste à trouver une popularité dans son pays. Comme ses homologues congolais et togolais.

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