François retrace le sillon de l’unité chrétienne à l’Est après Jean-Paul II

par Denis Lensel

lundi 3 juin 2019

Patriarche Daniel de Roumanie
CC by sa : Sorinionite

Le pape François s’emploie inlassablement à retracer le sillon de l’unité des chrétiens que son prédécesseur Jean-Paul II avait déjà commencé à creuser sur le terrain à la charnière des deuxième et troisième millénaires : ces jours-ci, il a été reçu un accueil chaleureux en Roumanie, presque vingt ans jour pour jour après le voyage historique du Pape polonais à Bucarest en mai 1999.

Lors de son voyage de ce week-end dans ce pays orthodoxe de culture et de langue latine, en traversant la capitale, le Pape François a été salué par des milliers de Roumains qui criaient « Viva papa » en brandissant des drapeaux aux couleurs blanc et jaune du Vatican. Il a été accueilli par le patriarche de l’Église orthodoxe roumaine, Daniel. Les deux hommes se sont ensuite retrouvés dans la gigantesque cathédrale orthodoxe du Salut de la nation, où le Pape a lancé en roumain à la foule « Hristos a înviat » (le Christ est ressuscité). Entre chants religieux orthodoxes et catholiques, Daniel et François ont chacun dit le « Notre Père », le patriarche en roumain, le pape en latin.

« Nous devons cheminer ensemble, comme dit le Pape. Mon mari est orthodoxe, moi je suis catholique, et nous voulons aller ensemble dans la même église », confie une fidèle quinquagénaire à l’issue de cette cérémonie œcuménique.

En 1999, Jean-Paul II et le Patriarche Teoctist avaient déjà béni la foule des fidèles de Bucarest d’un seul et même geste. Et à l’issue d’une messe géante devant l’ancien palais du défunt dictateur Ceausescu, une foule de croyants avait crié « Unité ! Unité ! » [1]

Peu avant son voyage en Roumanie, François avait effectué une visite en Bulgarie dans un climat plus mitigé, du fait de la grande réserve du nouveau patriarche de l’Église orthodoxe de ce pays slave historiquement lié à la Russie, alors que les dirigeants politiques s’étaient montrés plus ouverts à son égard.

En 2002, venu à Sofia malgré la dégradation de son état de santé, Jean-Paul II avait rencontré un accueil très cordial du Supérieur du monastère orthodoxe de Rila qui le connaissait depuis l’époque du concile Vatican II, et qui l’avait salué par ces mots de la liturgie latine : « Benedictus qui venit in nomine Domini ». Un accueil qui contrastait avec la timidité du vieux Patriarche Maxime, hésitant à le rencontrer à Sofia… En revanche, quelques milliers d’auditeurs d’un concert œcuménique lui avaient souhaité « longue vie, Mnogaïa Liéta » par les longues acclamations traditionnelles des Slaves. Et, quand il avait quitté le pays, le jeune ministre des affaires étrangères de Bulgarie Solomon Passi avait rendu un vibrant hommage à Jean-Paul II, disant que par « son courage et sa force d’âme » il apportait « un message libérateur et purificateur pour toute une génération »

D’une génération à l’autre, tant du côté catholique que du côté orthodoxe, d’un pays à l’autre, d’un Pape à l’autre, du Pape slave au Pape latino-américain, d’un Patriarche à l’autre, dans la Roumanie de culture latine ou dans la Bulgarie héritière des saints évangélisateurs Cyrille et Méthode, « Slavorum Apostoli », apôtres des Slaves, la grande aventure œcuménique de la réconciliation des chrétiens progresse. Malgré les dernières incompréhensions et les dernières craintes, malgré les derniers obstacles souvent hérités de la période communiste, cette œuvre de réconciliation avance sur la route de l’amour voulu par le Christ, selon la prière qu’il adressa à son Père : « Qu’ils soient Un, afin que le monde croie ! »


[1-Cf « Nous lui devons la liberté, la main tendue de Jean-Paul II à l’Est », de Denis Lensel, Editions Salvator 2008

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