François Fillon dans la tempête

par Philippe Delaroche

vendredi 17 février 2017

Assistons-nous à l’autodestruction de la classe politique dite « de gouvernement » ? C’est ce que porte à croire chaque nouvel épisode du jeu de massacre qu’ont provoqué les primaires. Par la volonté des électeurs qui s’étaient déplacés, les candidats réputés favoris, tant parmi la droite que parmi la gauche, ont nettement mordu la poussière. à première vue, il n’y avait plus qu’à attendre l’ouverture de la campagne officielle. C’était sans compter la soudaine mise en cause de François Fillon, vainqueur incontesté du tournoi de la droite et du centre avec, à l’issue du second tour, plus de 66 % des suffrages. L’écho qu’a soulevé dans les médias l’affirmation du Canard enchaîné a pris totalement à contre-pied l’ensemble des électeurs du Sarthois, soit près de 3 millions de citoyens. Effet paralysant garanti !

Dans cette atmosphère délétère où tout le monde se laisse entraîner sur le terrain médiatique en s’improvisant instructeur, juge, moralisateur, les esprits libres sont rarement entendus. Les questions qui fâchent risqueraient de détourner le peloton d’exécution de sa cible. Par exemple : de quelle source se réclame Le Canard enchaîné ? Depuis quand l’hebdo satirique disposait-il de « l’information » ? Aurait-il pu la produire lorsque François Fillon était Premier ministre, ou juste avant le second tour de la primaire de la droite, histoire de lui couper les ailes face à Alain Juppé ?

C’est dans ces conditions que j’invitais le 8 février dernier Jean Duchesne, l’auteur de Le catholicisme minoritaire, un oxymore à la mode (DDB), la philosophe Bérénice Levet, qui vient de publier Le crépuscule des idoles progressistes (Stock), et Vincent Goyet, qui a été attaché parlementaire de 2003 à 2008, à faire le tour de cette question : « François Fillon dans la tempête : peut-on parler d’un assassinat politique ? »

Perspicace, Vincent Goyet récuse le terme « assassinat » dans la mesure où François Fillon est toujours debout. Il n’écarte pas, en revanche, l’hypothèse d’une tentative d’assassinat politique à travers la mise en cause, recevable ou non justifiée, du rôle joué par le couple François et Penelope Fillon. à ce propos, je déplore que, par mimétisme paresseux, la presse parle d’un « Penelopegate », pour suggérer que l’épouse du député sarthois aurait été l’ordonnatrice d’un comportement coupable.

Trève de naïveté, la chronologie de l’affaire est assez éloquente. à dix semaines de l’élection présidentielle, étant à peu près assuré de la remporter, François Fillon devait être abattu en vol, et mis en pièces sans plus tarder. D’une vélocité infiniment plus spectaculaire que lorsqu’il s’agit des justiciables anonymes, le Parquet national financier a emboîté le pas le lendemain même de la parution du Canard enchaîné, en annonçant l’ouverture de l’instruction. à propos, depuis 1981, qui à gauche a changé quoi à la Justice ? De Robert Badinter à Jean-Jacques Urvoas en passant par Christiane Taubira, les gardes des Sceaux se sont succédé. Et, cependant, la France, qui fait volontiers la leçon au reste du monde, demeure l’un de ces pays où l’indépendance de la Justice demeure une fiction.

Pour Jean Duchesne, il ne faut surtout pas se laisser intimider par les médias qui, en concentrant le tir sur François Fillon, dissuadent d’examiner le contexte général : en l’état, les professionnels de la politique sont encore aujourd’hui condamnés aux expédients pour financer leurs projets. Dans un cadre légal qui autorise des usages que l’opinion réprouve, certes. Mais qui ne veut rien savoir de cette réalité-là, la difficulté du financement, est hypocrite. Autrement dit, les politiques peuvent bien se trouver régulièrement aux limites de la « licéité tangentielle », l’essentiel est ailleurs : dans la valeur de leur projet à l’échelle des brûlants enjeux de la nation, dans leur aptitude à l’appliquer. Pour surmonter la tempête, ont suggéré Bérénice Levet et Vincent Goyet, François Fillon n’a d’autre choix que de s’appuyer sur les Français qui continuent de compter sur son opiniâtreté à poursuivre son projet, davantage que sur les frères et faux-frères de sa famille politique. ■

«  Décryptage  », Radio Notre-Dame, 100.7,

du lundi au jeudi, 18h17-19h10.

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