François Dosse et Pierre-Olivier Monteil sur Macron-Ricoeur

par Jacques Rollet, théologien et politologue

mardi 24 octobre 2017

Deux ouvrages parmi d’autres ont retenu mon attention en ce qui concerne le rapport entre le nouveau président de la République et le philosophe protestant Paul Ricœur. Le premier est celui de l’historien François Dosse : Le philosophe et le président publié chez Stock ( 270 p ). Dosse a écrit une biographie intellectuelle de Ricoeur (Paul Ricœur, Les sens d’une vie, La Découverte, 1999 ). Pierre- Olivier Monteil publie quant à lui : Macron par Ricoeur,le philosophe et le politique, Lemieux éditeur, 125 p. Je voudrais m’attacher à trois points : Pourquoi ce besoin de relier les deux personnages ? , Quellee st cette volonté de trouves des homologies ? , Les différences reconnues avec modération.

1° Si on excepte l’ouvrage de Taguieff auquel j’ai consacré un article, ouvrage très critique à l’égard de Macron, les deux cités ci-dessus sont louangeurs et témoignent de manière étonnante de cette volonté de retrouver dans la politique de Macron une inspiration qui viendrait de Paul Ricœur. Le nouveau président témoigne –t-il dans sa démarche d’un souci philosophique à ce point évident ? Je pense personnellement que nos deux auteurs sont en accord idéologique et politique avec E. Macron et vont chercher dans l’œuvre abondante de Ricœur des éléments de justification philosophique qui donnent à l’acteur politique une consécration intellectuelle.

2° Le deuxième élément notable réside dans la volonté systématique de trouver des homologies quasiment structurales entre les positions philosophiques de Ricoeur et les positions politiquesde Macron. La clé la plus obvie réside dans l’adhésion à la social-démocratie de la part du protestant Ricoeur qui se reconnaissait dans la démarche du protestant Rocard et la démarche sociale-libérale deMacron mais c’est là que va résider le problème . Dosse n’en fait pas état mais Pierre-Olivier Monteil admet avec beaucoup de retenue des différences.

3° On peut en effet relever plusieurs pages significatives dans son livre : page 16, il reconnaît que Macron va entretenir le plus longtemps possible l’ambiguïté avant de trancher dans un sens ou un autre. Ricœur serait perplexe devant cette attitude (je précise que j’ai été étudiant de P. Ricœur dont j’ai suivi Boulevard Arago, les séminaires sur Heidegger et Kant. Je précise également que P.O. Monteil a été mon étudiant pendant toute une année dans ma conférence de méthode de science politique à Sciences Po Paris.)

Page 23, l’auteur nous donne une citation du nouveau président estimant que : » l’argent ne donne pas tous les droits, que l’accumulation du capital n’est pas l’horizon indépassable de la vie personnelle . » E.Macron a parailleurs vanté le désir de devenir milliardaire …ce que ne rappelle pas Monteil )

Page 37 Monteil reconnaît que certains commentateurs ont fait remarquer que la référence de Macron était Machiavel plus que Ricoeur. Effectivement , je ne pense pas que le philosophe protestant aurait approuvé la préparation de la candidature dans le silence de Bercy. Pour parler comme Habermas Macron a pratiqué l’agir stratégique et non l’agir communicationnel. Michèle Cotta dans son dernier livre qualifie Macron de : « Jeune requin cynique » !

Page 44 , le Conseil économique, social et environnemental est donné en exemple. Les analystes de politique publiques mettent plutôt en valeur son inutilité à moins qu’il faille considérer que recaser des hommes politiques battus aux élections soit le fin du fin de l’innovation politique… Le rôle accordé à Jean-Paul Delevoye par Macron sent la vieille politique (il a présidé le commission d’investiture d’En marche)

Page 64, Monteil s’interroge sur l’allégeance absolue exigée par le nouveau président de la part de ceux qui ont été élus. Le questionnement aurait pu être plus poussé.

Page 78, l’auteur note que Ricœur était critique de l’économie libérale et de la place qu’elle tenait dans nos sociétés. La différence avec Macron apparaît à qui veut la voir.

Page 84, Monteil note que Ricœur insistait sur l’importance des relations horizontales dans la société civile et la société politique. Pour l’instant Macron est dans la verticalité.

On peut pour conclure, considérer qu’en matière politique et économique, Ricœur serait beaucoup plus réservé à l’égard du président que Dosse et Monteil le laissent entendre. Attendons la suite.

Messages

  • Macron premier (et dernier, espérons-le !), est le roi de l’imposture.

    Ces temps derniers, par exemple, il a en permanence à la bouche le mot souveraineté alors qu’il roule pour les intérêts du supranationalisme et de quelques oligarchies pour lesquelles le souverainisme est une vieille lune à jeter aux orties et à combattre sans merci.

    La manière dont il a bradé (il a commencé alors qu’il était ministre de Hollande) quelques-uns de nos fleurons économiques et industriels n’est qu’une des démonstrations de son mépris pour la souveraineté française.

    On pourrait relever également d’autres exemples de son appétence pour l’imposture durant sa longue campagne présidentielle - campagne qui a démarré quand il était encore à Bercy !

    L’utilisation du philosophe Ricoeur procède de même de cette pratique éhontée de l’imposture qui surfe sur les ambiguïtés et les demi-vérités.

    Le seul lien véritable qu’il ait avec Ricoeur, c’est un travail de recherche documentaire pour le compte de ce dernier. Tout le reste n’est que du flan ! Comme quelques aspects bidonnés de son CV... (*)

    Sa "parenté" philosophique avec la pensée de Ricoeur n’est que baliverne et artifice de propagande répandu par les communiquants de Macron, par ses godillots et par tous les idiots utiles (ils sont légion) des médias.

    * entre autres : https://m.youtube.com/watch?v=b9snFfIytd4
    ’Tout savoir ou presque sur le parcours d’Emmanuel Macron, cette création factice du système oligarchique mondial’

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