Traduit par Bernadette Cosyn

Finir le boulot

par Stephen P. White

vendredi 7 juin 2019

L’assemblée générale de la Conférence des évêques des Etats-Unis, en novembre dernier, a été marquée par un authentique sentiment d’urgence parmi les évêques réunis à Baltimore. Ils ont compris que leur crédibilité était en jeu, et que leur troupeau exaspéré implorait une action concrète. Rome a joué les trouble-fêtes dans leur projet, mais la frustration des évêques face au report voulu par Rome semble n’avoir fait qu’ajouter à leur sentiment d’urgence.

Maintenant, comme nos évêques se préparent à se rencontrer de nouveau à Baltimore la semaine prochaine, il vont faire face à un autre test. Mais cette fois le défi ne sera pas la frustration due au report ; ce sera la tentation de s’en tenir au progrès significatif vers la responsabilité des évêques qui a été réalisé depuis l’automne dernier. Le pape François a donné aux évêques une grande opportunité ; ils devraient faire le maximum en allant de l’avant avec plus de détermination que jamais.

Comme je l’ai écrit il y a deux semaines, le pape François a mis en place de nouvelles règles pour gérer les accusations d’abus sexuel – et la mauvaise gestion des cas d’abus – à l’encontre des évêques. Alors que ces nouvelles règles, exposées dans le motu proprio « Vos estis lux mundi », représentent une amélioration de taille pour la plus grande partie de l’Eglise mondiale, elles ne vont pas jusqu’à rendre obligatoire l’implication de laïcs dans l’examen des accusations contre des évêques que beaucoup en Amérique en étaient venus à attendre, surtout suite au scandale McCarrick.

Alors que les nouvelles normes ne donnent pas mandat à l’implication des laïcs, elles invitent explicitement à la possibilité d’aide laïque dans l’enquête suite à des accusations contre des évêques. Les évêques, par le biais de la conférence épiscopale ou autrement, se voient recommander « d’établir des listes de personnes qualifiées » dans lesquelles un évêque enquêteur pourrait sélectionner les experts les plus aptes aux besoins de l’enquête dans le cas qu’il traite tout en « prenant en compte la coopération qui peut être offerte par les fidèles laïques. »

Chaque diocèse des Etats-Unis a déjà une « liste de personnes qualifiées » sous la forme de commissions d’étude diocésaines. Ces commissions d’étude indépendantes sont déjà imposées par la loi de l’Eglise et doivent être composées d’une majorité de membres laïques. Ces commissions se sont montrées efficaces à aider les évêques à gérer des accusations contre des prêtres et, plus récemment contre des évêques, au moins sur des bases ad hoc.

La commission d’étude de l’archidiocèse de New-York a aidé le cardinal Dolan à conduire l’enquête qui a finalement débouché l’an passé sur la réduction à l’état laïc de Theodore McCarrick. La commission d’étude de l’archidiocèse de Los Angeles a aidé l’archevêque Gomez à conduire l’enquête sur les accusations contre l’évêque Salazar, qui a été renvoyé de sa charge d’évêque auxiliaire de Los Angeles l’an passé.

Et Rome a accordé à l’archevêque Lori de Baltimore l’autorité pour enquêter sur les accusations de harcèlement sexuel et de malversations financières contre l’évêque Michael J. Bransfield, précédemment à Wheeling-Charleston. Cette enquête a été conduite avec l’aide de la commission d’étude indépendante de l’archidiocèse de Baltimore. Les résultats de l’enquête ont été transmis à Rome et l’archevêque Lori a mis des restrictions – dans la mesure où il avait autorité pour le faire – sur le ministère de Bransfield, tant dans le diocèse de Wheeling-Charleston que dans l’archidiocèse de Baltimore.

En d’autres mots, le modèle pour rendre compte et enquêter sur des méfaits épiscopaux exposé par la pape François dans « Vos estis » a déjà été utilisé pour enquêter et démettre de leurs fonctions plusieurs évêques, ici aux Etats-Unis. Dans chaque cas, les commissions d’étude diocésaines existantes, avec leur majorité de membres laïcs, étaient engagées pour aider à enquêter et examiner les accusations.

Grâce au pape François, nous avons de nouvelles normes universelles exposant « le modèle métropolitain » pour gérer les accusations contre des évêques. Nous avons des commissions d’étude à majorité laïque dans chaque diocèse des Etats-Unis. Et nous avons un solide précédent de Rome approuvant la façon dont les évêques américains ont utilisé les dites commissions pour exécuter les directives. C’est très bien jusqu’ici.

Cependant, il n’est pas clair de savoir si la Conférence des Evêques peut donner mandat à l’utilisation des commissions d’étude existantes dans la mise en œuvre des nouvelles normes vaticanes. Il est possible que, tout comme ils l’ont fait pour gérer les accusations contre des prêtres, les évêques des Etats-Unis puissent faire des lois particulières donnant mandat pour utiliser les commissions d’étude existantes pour enquêter sur les accusations portées contre des évêques. (Les évêques vont probablement explorer cette possibilité la semaine prochaine lors de leur réunion annuelle de milieu d’année.) Une telle implication laïque obligatoire dans la gestion d’accusations contre des évêques est préférée, mais c’est une exigence qui devra être approuvée par Rome.

Rome rechignerait-elle à un examen obligatoire par des laïcs ? Peut-être. Mais que le droit canon rende obligatoire ou non l’implication de laïcs, tout évêque enquêteur devrait se sentir pastoralement et moralement obligé de faire plein usage de l’expertise laïque, tout particulièrement quand il dispose d’une commission d’étude existante. Dans l’environnement actuel, tout évêque qui se met en quatre pour contourner l’implication des laïcs dans une enquête sur un collègue évêque doit savoir qu’il fait de lui-même un paria ecclésiastique. Ne jamais sous-estimer la puissance de la pression des pairs ecclésiastiques – et surtout épiscopaux.

La semaine prochaine à Baltimore, les évêques ont une grande opportunité de faire les choses bien. La plupart attendent depuis novembre la chance d’entreprendre une action collective. La voilà. Toutes les pièces sont en place. Peuvent-ils finir le boulot ?

Stephen P. White est un membre des Etudes Catholiques au Centre d’Ethique et de Politique Publique à Washington.

Illustration : Le Saint-Père signant le motu proprio « Vos estis lux mundi » (Vous êtes la lumière du monde)

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/06/06/finish-the-job/

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