Faut-il se réjouir ou s’inquiéter ?

par Jacques Rollet.

mardi 13 juin 2017

Le premier tour des élections législatives en France laisse entrevoir 400 à 450 sièges pour les candidats se réclamant du nouveau président de la République. Cela appelle plusieurs remarques. Commençons par quelques chiffres très significatifs.

Il y a eu dimanche 51% d’abstentions : un Français sur deux ne s’est pas déplacé, ce qui est le signe que beaucoup d’électeurs ne se sont pas sentis concernés par cette élection. Il y a là un signe inquiétant de dégradation de la démocratie en France. Sur 47 millions d’électeurs, 25 millions se sont abstenus ou ont voté blanc ou nul. Les candidats Macron sont en voix : 6,4 millions. Notons enfin que 38 % des électeurs de François Fillon se sont abstenus, ce qui est significatif du fait qu’ils ne se retrouvent pas dans l’orientation du Président, contrairement à ce que disent trop rapidement les médias, à savoir que la Droite serait en accord avec Macron. Même A. Juppé prend désormais ses distances… 66% des ouvriers se sont abstenus, ce qui est le signe d’un problème de représentation.

Quelques remarques :

A) Le mode de scrutin est en cause. L’absence de représentation proportionnelle fait que 40% des électeurs du premier tour de la présidentielle ( Le Pen+Mélenchon ) ne vont pratiquement pas être représentés à l’Assemblée. Il ne faut pas s’étonner que ces électeurs se désintéressent de la vie parlementaire et développent un populisme qui inquiète la classe politique et médiatique.

B) La logique du régime a changé : tout dépend désormais de l’élection présidentielle alors que nous ne sommes pas en régime du même nom. Le régime semi-présidentiel permet la cohabitation et permet également au Président de dissoudre l’Assemblée. Il vaudrait mieux passer au véritable régime présidentiel dans lequel il n’y a plus de Premier ministre mais où le Président ne dispose plus de l’article 12 et ne peut donc pas dissoudre l’Assemblée.

C) Il faut changer de régime et l’équilibrer par l’instauration du scrutin proportionnel qui évite au Président d’avoir tous les pouvoirs. Le gouvernement de coalition aurait alors tout son sens. ( Au fait , que pense F.Bayrou de la situation ? ! )

D) La réforme de l’Etat-Providence risque fort de se faire attendre car E.Macron n’a fait aucune proposition pour la réduction de la dette qui est de 2200 milliards d’euros. Il veut par contre augmenter la CSG de 1,7 point ce qui va amputer le pouvoir d’achat y compris de la plupart des retraités. Ajoutons que la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des Français devra se payer d’une autre manière qui risque d’être catastrophique pour chacun.

E) Le libéralisme culturel va continuer à se développer et nous allons connaître sans doute la libéralisation de la PMA (procréation médicalement assistée) qui va être ouverte aux couples de lesbiennes. Il est douteux que de telles orientations renforcent la capacité de vivre ensemble avec des valeurs communes. Le libéralisme économique suppose un non libéralisme culturel pour que le bien commun soit possible. On prend le chemin inverse dans l’insouciance la plus totale. Citons pour finir le Zarathoustra de Nietzsche :

« La foule et la gloire tournent autour des comédiens : tel est le cours du monde. »

 (Le livre de poche, page 69)

Messages

  • C’est l’anesthésie générale ! A quand le réveil ?

  • On s’inquiétait moins de l’omnipotence d’un parti quand la droite disposait de 450 sièges à l’assemblée en 1993. Si les macronistes ont une assise faible dans l’électorat en raison de l’abstention, que dire des autres partis dont l’assise est dérisoire ? S’ils avaient voté, les abstentionnistes auraient voté comme les autres avec quelques nuances. A noter qu’un taux de participation de 50% est normal aux USA voire...en Suisse, pays de la démocratie directe. Une bonne remarque dans l’article : le taux de participation aux élections législatives etait beaucoup plus élevé quand elles avaient lieu au cours d’un mandat présidentiel. C’est pour cela, entre autres, que j’ai voté contre le quinquennat en 2000.

  • Nous avons déjà connu un régime présidentiel, c’était la deuxième république et l’on sait comment cela s’est terminé. En effet un régime présidentiel ne permet aucune solution en cas de conflit, divorce entre le président et l’assemblée. La Vè République est un régime plus souple par les cohabitions même si le quinquennat instauré en 200O en dénaturant la Vè n’ a pas encore produit de conflit entre le président élu et la nouvelle assemblée.

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