Faut-il donner au Président de la République une majorité à 70 % ?

par Dominique Daguet

vendredi 9 juin 2017

Je me suis offert un temps de vacances, une vingtaine de jours, tenant compte des conseils de mes proches : la cause en fut les vigoureuses douleurs que m’a permis d’obtenir un sévère accident de voiture, venu confier mon dos à un ange noir… Mais ce repos agréable à eu l’avantage de me permettre de réfléchir aux conseils fort intéressés que les gens d’« En Marche » n’ont cessé de nous soumettre afin de nous persuader qu’ils étaient les meilleurs. On me dira que c’est de bonne guerre, sauf qu’ici les questions que j’ai été amené à me poser concernent la France en tous ses intérêts.

Après-demain sera donc jour de vote : il va de soit que notre nouveau président songe à disposer d’une majorité écrasante… mais les différentes expériences que l’histoire a fait connaître à notre pays ne suggèrent point, aujourd’hui pas plus qu’hier, que ce côté écrasant nous serait favorable…

J’ai été quelque peu interloqué d’entendre sans cesse les nombreux médias liés à Emmanuel Macron et jouant aux flatteurs en nous serinant qu’il est nécessaire de jeter à la poubelle l’ensemble des politiciens qui se trouvent encore à l’Assemblée nationale comme au Sénat : ne seraient-ils donc plus qu’un troupeau de mauvais serviteurs ? Et les nouveaux qui seront demain élus appartiendraient-ils tous vraiment à l’Ordre des Merveilleux ?

Depuis deux-trois jours pointent dans ces médias des informations intéressantes sous forme de scandales : sans pour autant que tous les noms qui se cachent derrière nous soient révélés, car il en manque quelques-uns… Sans doute respecte-t-on aujourd’hui et savamment le droit à l’erreur comme celui, plus décisif, d’un second droit dont fut ignoblement privé François Fillon : rien de moins que la loi de justice nommée « présomption d’innocence »…

Mais pour beaucoup, hélas, il ne s’agit que d’une peccadille ! Je ne me souviens pas que ceux qui vont exercer les pouvoirs, dont en premier celui qui s’est installé à l’Elysée, se soient mobilisés pour venir au secours de la victime que fut l’autre candidat afin de lui reconnaître au moins cette présomption... ce qui me paraît bien plus grave que les abus commis par quelques assistants des députés… L’affaire Fillon a ainsi fait valoir chez certains de ceux qui ont atteint l’Himalaya un portefeuille de droiture assez léger… (Il est vrai qu’il fallait tout de même que Fillon soit éjecté – cela faisait parti du projet des banquiers macroniens – puisqu’il était devenu un embarrassant gêneur…)

Donc, il faut, dixit le divin monarque en lien avec ses souteneurs, « renouveler » de font en comble la « classe politique », ce qui en bon français signifie poliment qu’il faut virer tous ces notables encore en fonction jusqu’à demain soir… Ceux qui sortiront des urnes ce dimanche devront - quoique le plus grand nombre de ces nouveaux élus ne peuvent être que sans expérience - prendre plusieurs mois afin d’acquérir les indispensables connaissances qui permettront d’éviter de voter à l’aveuglette… Ce qui va permettre au Président de lancer ses réformes par ordonnances, tel un roi d’autrefois.

Or nous ne pouvons qu’être dubitatif sur la consistance des projets dont il a déjà délimité les contours et qu’il veut lancer dans cette urgence ordonnancielle. Mais je reste perplexe quand on apprend qu’il veut être sur tous les sujets le décideur ultime comme s’il était l’omnipotent, le juge tout-puissant à l’autorité quasi absolue, soit sans limite : en somme enfermant dans ses mains plus de pouvoirs que Louis XIV… Ses ministres en somme ne seront que des larbins, mais coiffés de chapeau prestigieux...

Ainsi, est-il nécessaire d’aller à grande vitesse pour relancer l’Europe ? Comment le croire ? Le dossier est lourd et la France n’est pas seule… Celui sur la sécurité, confié à l’ancien ministre des armées, me paraît pouvoir être étudié plus rapidement car déjà pour l’essentiel Jean-Yves Le Drian doit avoir conçu le noyau indéfectible. J’espère qu’Emmanuel Macron, en son inexpérience radicale sur ce sujet, laissera son ministre libre dans sa réflexion comme en ses décisions, même si naturellement il devra les soumettre à son « supérieur »…

J’éprouve une inquiétude certaine en pensant à certains des propos que notre Président a tenu concernant le phénomène migratoire : nous savons certes qu’il est lié aux évènements de longue durée, notamment en Syrie et Lybie, quoique un pourcentage consistant de candidats provient et continuera de provenir d’Afrique noire. Je n’ai pas entendu dire qu’il fallait, dés demain, agir sérieusement et humainement pour permettre à ces candidats difficiles à caser en France de rester chez eux : j’ai déjà écrit sur ce sujet des articles consistants il y a quelques deux ou trois ans et je constate qu’aucune vraie politique adressée aux migrants n’a jusqu’à présent été mise en œuvre…

C’est un immense sujet et la France est particulièrement en mesure de se révéler capable de le traiter. Je ne crois pas cependant que nos nouveaux ministres soient, autour du Président, réellement en mesure d’être efficaces.

Un sujet déposé depuis longtemps sur la table a lui aussi été évoqué, sans que nous ayons été satisfaits des solutions proposées : il s’agit d’un véritable Léviathan, c’est-à-dire l’énorme Fiscalité générale, dont un certain détail plus urgents se trouve être la « Contribution sociale généralisée (CSG) », impôt destiné à participer au financement de la protection sociale. Un tel outil peut être une admirable solution ou son contraire.

Il m’a semblé que le ministre de l’Education Nationale tranche avec bonheur sur la dame qui a précédemment plutôt plongé la France en diverses catastrophes que d’heureuses réformes. Les propos entendus sont de bonne augure : reste qu’il faut juger les actes à venir en espérant que les sujets essentiels – notamment les fondamentaux, la langue française etc. – seront en route des septembre tout en balayant les amusettes de l’après midi qui ne font que fatiguer les enseignants et les enfants et alourdir les cagnotes d’écoles souvent trop pauvres.

Quant à la culture, elle a été à ce point bouleversée jusqu’à souffrir de nombreux désastres, notamment à Versailles, que l’on ne peut qu’espérer que son nouveau ministre soit d’un caractère trempé et d’un goût salvateur pour la beauté et le génie, entre autres qualités.

Ces quelques réflexions m’incitent en conclusion à me poser une question : faut-il donner à Monsieur Macron une majorité à 70% comme le suggère les sondages ? Certainement pas, ce serait la permission à lui octroyée de faire n’importe quoi en toute fantaisie, c’est-à-dire de se servir d’une troupe de godillots.

Mais serait-il cette fois convenable qu’il obtienne encore une majorité absolue mais légère ? En ce qui me concerne, l’idéal serait qu’il soit obligé de se contenter de 48%, mais pas moins. L’Assemblée, dans ce cas, disposerait d’une certaine autonomie et donc serait tenue de réfléchir intelligemment afin de soutenir et d’instruire le Président ou, parfois, lui dire non.

Bien d’autres sujets seraient à nommer : il ne s’agit pour moi que d’une courte quoique nécessaire réflexion. Je regrette de n’avoir pu l’écrire il y a déjà une semaine, mais au moins peut-être que certains de mes lecteurs s’appliqueront, à ma grande joie, de le lire avant ce soir pour demain et la semaine prochaine.

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