Traduit par Aurélie D.

Fatima vs. le nouveau régime sexuel

par Michael Warren Davis

mardi 11 juin 2019

Durant ma première année d’études universitaires, j’ai passé un semestre à Thurston Hall : la résidence tristement célèbre d’étudiants de première année de l’Université George Washington. Souvent surnommé « Thirsty Thurston » (insatiable Thurston) ou « Thrusting Thurston » (dynamique Thurston), il est régulièrement classé parmi les dortoirs les plus sexuellement actifs du pays. Je n’y ai pas pris part, pour diverses raisons, notamment dû au fait que peu de femmes succombent aux charmes des majors anglais qui portent des nœuds papillons.

À l’époque, je n’avais pas d’objection morale grave à ce genre de choses. J’étais un chrétien assez traditionnel (bien qu’épiscopal), je ne pouvais donc pas approuver. Mais j’étais aussi un romantique ou, plus exactement, un romanticiste. J’idolâtrais des hommes qui avaient une passion sombre et profonde : Yeats, Beethoven, Rossetti. Les centaines d’amours fragiles et passionnés qui brûlaient pendant une semaine, un jour ou une heure n’en étaient que plus beaux, puisqu’éphémères.

Maude Gonne, la muse de Yeats, a un jour déclaré au poète qu’elle ne pouvait pas lui rendre son amour sans détruire son génie. Elle avait sans nul doute raison. Le romanticiste n’a pas l’endurance nécessaire pour une véritable romance. Il est la nouvelle et brillante flamme qui ne peut pas brûler une bûche de chêne, mais qui demande plus de petit bois, au fur et à mesure qu’il se consume.

Auden, le grand poète antiromantique, entrevit cela :

   
Plus l’amour est grand, plus son but est faux,
   
Ne pas naître est ce qu’il peut arriver de mieux à l’homme ;
 
Après le baiser vient l’impulsion de l’accélération,
   
Casser les étreintes, danser tant que vous le pouvez.

Le poème s’appelle « l’écho de la mort » (Death’s Echo) et c’est souvent ce que semblent être ces épisodes : une fuite du désespoir vers le plaisir profond et un sentiment de vide.

Je suis catholique maintenant et romantique plutôt que romanticiste. Je prends au sérieux l’avertissement de Notre Dame de Fatima selon lequel « plus d’âmes vont en enfer à cause des péchés de la chair que pour toute autre raison ». Nous supposons qu’elle met en garde contre l’incontinence sexuelle, et c’est certainement le cas. Nous prenons souvent le sexe trop à la légère. Mais il existe une autre tentation, plus récente, qui peut être encore plus préjudiciable : prendre les relations sexuelles trop au sérieux.

Les néoromantiques de la révolution sexuelle nous ont dit que notre système de reproduction n’a rien à voir avec la reproduction. Quand j’étais à l’université George Washington, les théoriciens du genre poussaient déjà une révélation encore plus étonnante : nos organes sexuels n’ont rien à voir avec le sexe.

Désormais, trouver un partenaire ressemble moins à une fête qu’à un lancement dans l’espace : plein de programmes informatiques compliqués, des tableaux minutieux et même des exonérations de responsabilité. La femme skoliosexuelle calibre son application de « rencontres » pour trouver une femme trans*post-opératoire qui s’apparente plutôt à un homme ; les deux doivent signer des formulaires de consentement avant de batifoler. Vénus était trop spontanée ; maintenant, elle est devenue ennuyeuse. Elle est plus encline à la pureté idéologique et au génie logiciel plutôt qu’aux médicaments et au rock’n’roll.

Il y a toujours eu ces types étranges qui n’aiment le baseball que pour les statistiques. Mais si, à la demande générale, Sports Illustrated remplaçait les photographies sur papier glacé par des feuilles de calcul contenant des moyennes au bâton, nous devrions en déduire que quelque chose s’est mal passé chez les fans de baseball.

Alors, qu’est-ce qui a mal tourné avec Vénus ?

Andrea Dworkin nous a appris que tout sexe est un viol, qui devient rapidement une orthodoxie séculière. En fait, c’est à moitié vrai. Les études montrent que la pornographie violente et dégradante représente un segment de plus en plus vaste du marché. Cela a perverti et enflammé les appétits sexuels de jeunes hommes d’une manière qui est inconcevable, pour la plupart d’entre nous.

Par exemple, une enquête menée auprès d’hommes en âge de fréquenter l’université a révélé qu’environ 30 % d’entre eux pourraient « intentionnellement forcer une femme à avoir des rapports sexuels » s’il n’avait aucun risque de se faire prendre. Nous pouvons difficilement blâmer les femmes qui soupçonnent, même sous un extérieur doux et féministe, chaque homme qu’elles rencontrent, de chercher à la frapper à la tête avec une massue et à la traîner dans sa caverne.

Si cette attitude a créé une nation de célibataires, nous pourrions presque nous réjouir avec saint Paul de ce qu’ils se sont épargnés en termes de difficultés matérielles. Hélas, les Américains de ma génération accumulent le sexe comme Smaug accumule son or dans le Seigneur des Anneaux. Ils le dépensent largement mais avec parcimonie, et toujours avec une suspicion à demi voilée de leur partenaire. Toute monnaie restante à la fin de la transaction est immédiatement mise au chaud.

Même après des années d’engagement, certains couples hésitent à fusionner leurs comptes bancaires, au sens figuré et au sens littéral. C’est pourquoi un couple dans la trentaine qui est heureux depuis la deuxième année du lycée pourrait dire qu’il n’est « pas encore prêt à s’installer ». Nous sommes des hédonistes : des hédonistes paranoïaques, désespérés et sans joie.

À mesure que les péchés de la chair disparaissent, cela peut être encore pire que la révolution sexuelle. La joie des rapports sexuels occasionnels était encore un avant-goût de cette union plus profonde de deux âmes, de se donner l’un à l’autre. Même au milieu des vapeurs de cannabis et des riffs de Jimi Hendrix, deux groupes de jeunes adolescents maladroits pouvaient découvrir quelque chose de vraiment exalté entre eux. Un pincement des lèvres ou un regard tendre pouvaient susciter le sentiment de dévotion qui transforme Vénus en Eros. Ils pouvaient tomber amoureux, non pas dans un genre animal ou sentimental, mais de l’humain et peut-être même du divin.

Plus maintenant. Nous avons depuis longtemps élevé de hauts murs pour nous protéger les uns des autres. De telles barrières, comme le rideau de fer, empêchent toujours le mal plus que le bien. Ils deviennent leur propre raison d’être. « Je ne peux pas le laisser entrer dans les murs ! » crie-t-elle ; "Et s’il veut les démolir ?" Nous regardons donc depuis les remparts, tout en sachant que

La terre qui se trouve au-delà appartient à ceux

  Qui, bien qu’innocents, ont pris la mort dans leur

  propres mains ; détestant la lumière, ils ont jeté

  leurs vies.

Il y a un meilleur moyen. Ceux qui entrent dans la foi catholique trouvent des amours qui sont si forts, si stables, si fiables qu’ils paraissent illusoires, au départ. Ce sont des amours qui brûlent comme un nouvel amour et qui brûlent sans se consommer. Ce sont des amours suscités et soutenus par la Lumière Pilote, qui est l’Amour lui-même. Il est façonné selon l’ancienne coutume et les vieux rites.

C’est l’amour que Notre Dame porte pour Dieu le Père. En suivant l’exemple de sa belle-mère, notre propre Église Mère a appris à aimer son époux. Elle veut seulement nous transmettre tout cela. Elle apprendra au monde à aimer de nouveau, seulement si nous lui demandons.

*Image : La Vierge Marie lisant d’Antonello da Messina, c.1460 (Walters Art Museum, Baltimore).

Michael Warren Davis, nouveau contributeur au journal « The Catholic Thing », est éditeur associé du « Catholic Herald ».

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