Patrimoine cultuel en péril

« Faire vivre les églises ! »

propos recueillis par Constantin de Vergennes

jeudi 17 septembre 2020

APRÈS L’INCENDIE. Paris en avril 2019, Nantes un an plus tard... « Deux incendies majeurs de cathédrales à cet intervalle est inédit depuis la Première Guerre mondiale », note Mathieu Lours.
© Diocèse de Nantes

L’émotion suscitée par l’incendie de la cathédrale de Nantes, le 18 juillet dernier, rappelle le lien très fort entre les Français et leurs églises. Leur état préoccupant nécessite une réponse coordonnée selon Matthieu Lours, historien spécialiste des cathédrales.

Que vous a inspiré l’émotion suscitée par l’incendie de Nantes, après celui de Paris ?

Nous sommes dans le pays d’Europe occidentale qui a le moins de pratiquants catholiques et dans lequel on a l’attachement le plus viscéral à un patrimoine cultuel qu’on refuse d’utiliser pour ce qu’il est.

Je pense que la France a sur-patrimonialisé ses cathédrales : ainsi, comme la plupart des gens ne vont plus à la messe, la destruction d’une église renvoie à un attachement à une sorte de meuble de famille auquel on tient, dont on ne saurait pas trop quoi faire, mais qu’on veut conserver à tout prix.

Il faut redonner des repères clairs sur le sens de ces édifices parce que sinon, on va avoir une espèce de résilience après les incendies, qui n’avancera à rien. Il faut qu’on s’y intéresse en dehors des drames.

Qui peut redonner ces « repères clairs » ?

Il faut impérativement une réponse « par le haut » de la part de l’État et des pouvoirs publics, en augmentant les budgets alloués à la conservation du patrimoine cultuel.

Ensuite, il faut une réponse « par le bas », de la part des élus, propriétaires des églises paroissiales d’avant 1905. Mais on ne sauve pas un patrimoine qui n’a aucun usage, à part faire joli dans le paysage : il faut donc une réponse du clergé et des fidèles catholiques, qui doivent se réapproprier leur patrimoine. Pour faire « vivre » une église, il n’y a pas que la messe : il peut y avoir une séance de catéchisme, une récitation hebdomadaire du Rosaire... C’est à partir de l’usage qu’on garantira la sauvegarde.

Pourquoi sommes-nous si attachés aux cathédrales ?

La cathédrale fascine parce que c’est un édifice totalement en rupture avec son environnement. Il est hors d’échelle. Il est plus gros, plus vaste, lumineux, plus élevé, plus élancé, plus coloré... Il y a une espèce d’enchaînement de superlatifs, qui fait que l’on est attiré vers ce lieu. Tout le monde y trouve son compte : le croyant, l’amateur d’art, d’architecture... Les cathédrales sont des lieux fédérateurs. 

— 

Mathieu Lours, Églises en ruine, éditions du Cerf, 320 pages, 22 €.

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