Traduit par Bernadette Cosyn

Faire éclore une centaine de fleurs ?

par Randall Smith

lundi 9 septembre 2019

Si la « diversité » est votre but, alors je suppose que vous allez semez partout des graines de différentes sortes et qu’ensuite vous regarderez ce qui prospère. Vous allez, comme on dit, « faire éclore une centaine de fleurs ».

Dans un monde universitaire ou « l’employabilité » et « l’implication étudiante » sont supposés être des facteurs importants, vous devriez vous attendre à des programmes qui conduisent les étudiants à être encensés et non entravés par des administrateurs qui sont supposés s’intéresser au succès des programmes de leur institution. Vous pourriez même avoir pensé que « diversité » signifie permettre à différents programmes avec différents points de vue de prospérer, et non pas simplement plusieurs programmes partageant tous essentiellement le même point de vue.

Mais, et c’est bien triste, ce n’est pas ce que nous trouvons. Généralement, plus un programme ayant un point de vue conservateur ou authentiquement catholique a du succès, plus il a de chance d’être dans la ligne de mire des administrateurs en vue d’une fermeture. Les pouvoirs universitaires, s’auto-proclamant agents de la « diversité » n’ont pas toujours été tendres avec les programmes ayant une opinion « diverse ».

Pourquoi, si le but est de faire éclore une centaine de fleurs – pourquoi, si la norme est l’excellence universitaire et l’engagement étudiant – ferme-t-on systématiquement sur les campus universitaires des programmes couronnés de succès de tendance plus conservatrice ?

Pourquoi le remarquable Programme Intégré en Humanités a-t-il été fermé dans les années 70 à l’université du Kansas ? Réponse : il réussissait trop bien.

Qu’est-ce qui a rendu nécessaire d’asphyxier le génial Institut Saint Ignace, à l’université de San Francisco, pour le transformer en un pâle fantôme de ce qu’il était précédemment ? Réponse : lui aussi réussissait trop bien.

Pourquoi également le Programme d’Etudes Catholiques, hautement prisé, de l’université Saint-Thomas à Saint-Paul est-il toujours sous la pression de son administration ?

Et pourquoi, pour citer le plus récent exemple, l’Institut Pontifical Jean-Paul II pour le mariage et la famille a-t-il subi une « refondation », de façon à ce que les professeurs titulaires puissent être péremptoirement relevés de leur poste et le programme entièrement revu, incluant l’embauche d’universitaires connus pour être opposés à l’enseignement d’ « Humanae vitae » et de « Veritatis splendor » ?

La réponse n’est pas que ces programmes n’attirent pas suffisamment d’étudiants ou ne procurent pas une érudition suffisamment poussée. C’est tout le contraire. Les étudiants de l’Institut Saint Jean-Paul II à Rome défient leurs nouveaux responsables précisément sur ce thème de la « diversité ». « Pourquoi continuer d’étudier à l’Institut Jean-Paul II », ont-ils écrit, « s’il ne semble pas proposer quoi que ce soit de différent de ce que nous pouvons trouver dans les programmes des universités séculières, où cela est généralement proposé d’une façon plus attractive et efficace ? » Pourquoi en effet.

Ce qui s’est passé n’est pas un « ajout » à une institution existante. Les répercussions sont la destruction d’une institution et le remplacement par une autre. Les partisans du nouveau dogme à l’Institut Jean-Paul II « réformé » auraient pu fonder leur propre institut. Mais ils ne l’ont pas fait.

Il semblait impératif qu’ils écrasent l’ancien. En fait, vu l’historique des choses, il ne serait pas surprenant que l’Institut Jean-Paul II cesse purement et simplement d’exister dans quelques années, par manque d’intérêt.

Ceux d’entre nous qui sommes dans le système universitaire avons vu ce schéma maintes et maintes fois. Seuls les plus maladroits des administrateurs se contentent de « tuer » purement et simplement un programme. A la place, ils changent la direction en proclamant que c’est seulement un changement d’orientation et ensuite ils ferment le programme quelques années plus tard quand l’intérêt pour lui a décru.

Les institutions authentiquement catholiques subissent constamment une pression pour « être en conformité ». Pourquoi donc ? Il y a des centaines de places dans le pays où on peut obtenir l’éducation laïque habituelle. Il y en a très peu où on peut en obtenir une consacrée à la tradition intellectuelle catholique.

Pourquoi ne pas laisser tranquilles de tels programmes ? Si ils ne peuvent pas recruter d’étudiants, qu’on les laisse échouer. Mais si ils en recrutent, qu’on les laisse prospérer. Pourquoi cette constante revendication au statu quo ? Pourquoi cette insistance à les écraser s’ils ont du succès ?

Quand des évêques et des administrateurs conservateurs acquièrent une position d’autorité, ils se sentent obligés de respecter les emplois de ceux qui étaient déjà présents. Quand les libéraux prennent le contrôle, ils font le ménage et virent les gens en toute liberté. Il en résulte un effet cliquet qui ne va que dans une direction.

Cela prend des années pour bâtir une chose comme l’Institut Jean-Paul II en partant de rien. Mais un idéologue peut détruire cela en un jour. Ils ne peuvent pas laisser éclore une centaine de fleurs. Ils insistent : « non, pas cette fleur ; tuez-là même si cela signifie stopper la croissance du champ entier ».

Les progressistes et modernistes ont soutenu la même revendication ces cinquante dernières années. Les résultats ont été désastreux. Pourquoi ne pas essayer quelque chose de nouveau ? Non, nous devons redoubler d’efforts dans une démarche qui s’est révélée être un échec. Aucune autre option, surtout si elle réussit, ne peut être autorisée. Son succès ruinerait la légitimité du discours de ceux qui sont au pouvoir.

L’histoire de la période post-Vatican II est maintenant claire pour tout le monde. L’espérance des Pères du concile, qu’un souffle rafraîchissant du Saint-Esprit soufflerait par les fenêtres ouvertes de l’Eglise, s’est rapidement transformée en une époque de cléricalisme mesquin, d’abus sexuels, d’incompétence administrative et de corruption telle qu’on n’en avait jamais vue depuis les années ayant précédé la Réforme Protestante.

Des évêques se proclamant « réformateurs » se sont engagés dans d’infâmes exploitations sexuelles, dans l’enrichissement personnel, dans l’auto-glorification, dilapidant des centaines de millions pour des cathédrales « modernistes », monuments à leur ego boursouflé.

Ces hommes étaient membres de la pire génération, la génération la moins ouverte à la diversité et au changement, la génération la plus à même de continuer à insister : « nous étions le changement ; nous étions la fin de l’histoire. Il faut résister aux contre-révolutionnaires ; Ceux qui viendront après nous ne doivent pas être autorisés à défaire ce que nous avons fait ».

Et jusqu’au bout, ces révolutionnaires auto-proclamés qui se voient comme renversant les murs du vieil ordre des choses pour ouvrir la route au nouvel « esprit du Concile », rabâchent clairement aux générations plus jeunes, qui elles ont pour but de mettre en place les véritables réformes du Concile, qu’ils ne céderont pas tant que les leviers du pouvoir n’échapperont pas à leurs mains froides et mortes.

Randall Smith est professeur de théologie (chaire Scanlan) à l’université Saint-Thomas de Houston.

Illustration : « Iconoclasme à Wittenberg en 1522 » par un artiste inconnu, vers 1858 [Bibliothèque Britannique, Londres]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/09/05/let-a-hundred-flowers-bloom/

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