Communication

Et si le Vatican cessait de jouer « en défense » ? Un tournant !

par Natalia Bottineau

vendredi 29 juin 2012

On croit rêver ! Une communication de la Doctrine de la foi sur une nomination à la curie, un cardinal éminent qui annonce des « surprises » dans l’enquête qu’il dirige, et crée lui-même le suspense, une visite des journalistes à l’institut financier du Vatican !

Du jamais vu dans la « comm » du Vatican, qui cesse ainsi de jouer « en défense » sur des sujets sensibles : est-ce l’effet « Greg Burke » ? Par définition le nouveau — et premier — « stratège » de la communication du Vatican travaille en coulisses. Mais il semble bien que ces trois événements, cette semaine, marquent un tournant, sinon une révolution, voulue, dans la manière de communiquer du centre névralgique responsable d’un milliard de catholiques. Charisme personnel, expérience de terrain, vision « américaine », autant d’atouts.

On mesure la force de cette décision lorsque l’on sait que le cardinal Ratzinger a toujours défendu le fait que l’Evangile n’a pas besoin d’être mis en scène, de communication, que la vérité fait son chemin d’elle-même.

Mais Ratisbonne a montré que la vérité peut-être mal comprise, volontairement ou pas, le cas Williamson, qu’il faut « anticiper » et expliquer, et accessoirement éviter les « fuites » — trois jours avant l’annonce officielle, comment se fait-il que des « monsignori » parlent à leurs copains journalistes tandis que la presse « amie » est tenue au silence ? — , la nomination de Varsovie, un manque d’information du Vatican (qui promouvait l’archevêque nommé puis limogé pour ses liens avec l’ancien régime ?), le Cameroun que toute déclaration sur le préservatif dans l’avion du pape atterrit avant l’avion, déclenchant une effervescence médiatique qui rend opaque tout le reste du voyage.

Voilà, il ne s’agit pas de mettre en scène la vérité, mais de la présenter correctement, au bon moment, aux bonnes personnes, de façon à ce qu’elle ne provoque pas de « nœuds ». De faire œuvre de pédagogie.

Rien de tel que d’ouvrir les portes de l’Institut des œuvres de religion, l’organisme financier du Vatican pour dégonfler les « ballons », faire évoluer l’imaginaire de la « banque » – ce n’est pas une banque – de tous les complots, de tous les secrets, à l’idée d’un instrument financier indispensable ne serait-ce qu’aux œuvres de charité du pape. Qui y travaille ? Combien de personnes ? A visage découvert !

Je m’y suis rendue un jour pour régler ma cotisation à une association de journalistes catholiques. On aurait dit que j’entrais en terrain miné, un climat de suspicion très désagréable. Plus jamais mis les pieds. Plus jamais payé ma cotisation ! Un nouveau climat était indispensable.

Mgr Augustine Di Noia est nommé vice-président de la commission pontificale Ecclesia Dei. La Congrégation pour la doctrine de la foi anticipe sur les commentaires et indique trois directions : dialogue avec Saint-Pie X, souci pastoral des catholiques traditionalistes, et dissiper toute possibilité de malentendu avec la communauté juive, toute inquiétude, qui demeurent : la « comm » en défense après Williamson n’a pas effacé l’impact de la révélation de son négationnisme.

Le Pape a eu beau dire, dans une lettre sans précédent, qu’il n’y avait pas de place pour l’antisémitisme, le négationnisme, le réductionnisme, dans l’Eglise catholique, le traumatisme et ses effets persistent.

La presse est tenue en haleine par l’affaire « Vatileaks ». L’imagination se déchaîne. Mieux que Dan Brown. Et voilà qu’un éminent cardinal, connu pour sa réserve et sa prudence, se lance, dans un entretien avec une agence généraliste (pas Radio Vatican !) dans l’annonce de « surprises ». Il anticipe sur la communication, il tient la presse en haleine. La communication n’est plus « réponse » à la presse, mais suscite l’attention. L’initiative est dans son camp. Du jamais vu.

Un climat nouveau s’est installé cette semaine dans la communication du Vatican avec l’opinion publique mondiale. Et l’on respire. Que cette semaine ait coïncidé avec l’annonce de l’arrivée du journaliste des Etats-Unis, Greg Burke – ancien correspondant de Time Magazine et Fox News – comme conseiller en communication de la secrétairerie d’Etat ne fait qu’augurer du bon pour l’avenir. Les journalistes catholiques aussi souffraient de devoir expliquer les décisions a posteriori, après les dégâts. On mesure le poids qui pesait sur les seules épaules du P. Lombardi pendant toutes ces crises.

Et que l’on n’oppose pas la « comm » de Jean-Paul II à celle de Benoît XVI. Ici, il s’agit d’un tournant inédit pris par le Vatican, que Jean-Paul II n’avait pas su prendre. Pas d’amnésie, ne disons pas qu’il n’y a pas eu des couacs dans la comm de Jean-Paul II : je pense, entre autres, à un certain voyage en Pologne et le lien établi par un journaliste entre avortement et shoah. Car son charisme personnel occultait la vraie question, enfin affrontée, rationnellement. Ouf !

Il reste à souhaiter que les « monsignori » jouent le jeu et cessent de communiquer avec leurs « favoris » dans la presse toutes sortes de scoops, vrais ou faux : car un « scoop » est à double tranchant… le journaliste peut être manipulé par qui semble lui faire une faveur en lui révélant une décision à l’avance.

Certes, le scoop augmente les ventes et la fréquentation des sites et la survie de la presse, des postes de travail, dépendent de ses finances ! Mais lorsqu’un ennemi souhaite faire capoter une nomination non encore annoncée par le pape, quoi de mieux que de la révéler à l’avance à la presse, dans l’espoir de soulever un tollé, et de faire annuler la décision non encore annoncée ? Un cas me revient en mémoire. La nomination a quand même eu lieu ! Benoît XVI ne se laisse pas manipuler.

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