Encore Onfray...

par Gérard Leclerc

mardi 17 janvier 2012

Je me suis fait sérieusement taper sur les doigts pour un récent éditorial où je reconnaissais quelques mérites à Michel Onfray, à propos du livre qu’il vient de publier sur Albert Camus. Comment pouvez-vous vous laisser prendre, me dit-on, à ce faiseur habile ? « Attention, l’arbre vous cache la forêt », « Continuez à avoir le cœur doux, mais gardez l’esprit dur ». On n’est jamais mieux corrigé que par ses propres amis. Mais une seconde réprimande me tombe dessus : « Mon cher Gérard, vous avez des indulgences déplacées. Il n’y a que du venin chez Onfray... » Que répondre à pareilles interpellations ? Oui, c’est vrai que je suis tenté par une discussion avec Michel Onfray, alors qu’il y a peu de temps, j’aurais eu du mal à l’envisager. Plusieurs signes de sa part que je veux garder discrètement, ont montré plus de disponibilité à l’échange qu’autrefois. Et puis il y a ce Camus qu’il vient de publier et que je suis en train d’éplucher la plume à la main, après que son ami Franz-Olivier Giesbert l’a généreusement présenté dans Le Point.

Camus, que je lis depuis l’adolescence, a toujours été une de mes références. J’ai lu, très jeune, par exemple ses Chroniques algériennes auxquelles Onfray fait un sort, et c’est pourquoi je suis sensible à une mise au point intellectuelle et historique, qui me console et même me venge de tant de déformations et de vilenies. Mais ce qui me touche le plus dans ma lecture, c’est cette confrontation d’homme à homme, cette leçon de véracité et d’honnêteté foncière que perçoit l’animateur de l’université populaire de Caen chez le fils de la veuve d’Alger. Et puis, philosophiquement, je ne puis qu’être de son côté lorsqu’il prend partie en faveur de Kierkegaard contre Hegel.

Kierkegaard ! Je sais bien qu’on peut s’intéresser au penseur danois de multiples façons et sans aller jusqu’au bout de sa logique existentielle, celle qui mène au paradoxe de la Croix et donc au saut de la foi au Christ. Mais tout de même, voilà qui me semble ouvrir une brèche dans ce que j’appelle sommairement le système Onfray, celui défini par son Traité d’athéologie. Jean Daniel, dans un bel article, a aussi signifié à l’intéressé qu’il y avait une autre référence camusienne qu’il fallait prendre en compte : Dostoïevski, qui alternait avec Nietzsche dans l’esprit de l’auteur de l’homme révolté. Affaire à suivre...

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 17 janvier 2012.

Messages

  • Pourquoi faudrait-il enfermer une bonne fois pour toutes un écrivain dans l’une de ses oeuvres ou dans un moment de sa réflexion ? Pourquoi faudrait-il décréter a priori que quelque malhonnêteté intellectuelle se dissimule derrière une évolution de sa pensée ?

    Assurément, Michel Onfray nous a habitué à la prudence. Et c’est à quoi, pour ma part, je me suis jusqu’aujourd’hui tenu à son propos. Il reste que quelques signes réels de mutation sont perceptibles. Donner par exemple raison à Kierkegaard contre Hegel, ce n’est tout de même pas négligeable !

    Dès lors, quand une ouverture au dialogue semble possible sur de nouvelles bases, pourquoi un chrétien comme Gérard Leclerc, qui n’est tout de même pas né de la dernière pluie lorsqu’il s’agit de débattre de questions philosophiques ou théologiques et d’en mettre en lumière les enjeux, refuserait de s’y engager ? Sauf à ne décider d’entrer en discussion qu’avec ceux qui pensent comme vous, ce qui limite fort le champ de la recherche intellectuelle et témoigne d’un bien frileux - et le plus souvent fragile - amour de la vérité...

  • Voici ce que votre éditorial m’a fait envoyé à Michel Onfray. J’apprécie votre modération et votre ouverture d’esprit, on en a tant besoin actuellement.
    A lire l’interview à deux voies de Michel Onfray et de Frantz-Olivier Gisbert, où l’on constate que les positions "intégristes" de M. Onfray vis à vis de Jésus et de "DIEU" sont en train d’évoluer.
    A suivre comme vous le dites .....

    Votre dernier livre sur Camus dont j’ai entendu diverses critiques la plupart élogieuse, dont celle de Gérard Leclerc sur Radio Notre-Dame, et votre interview avec votre ami Frantz-Olivier Gisbert Je suis d’accord. Je défendrais Jésus car Jésus n’est pas le Christ. Je n’ai rien contre Jésus, il est plutôt sympathique, une espèce de bouddhiste à sa manière qui prêche douceur et fraternité.montre à ma plus grande joie que l’on peut évoluer et que peut-être j’avais une fausse image de vous, mais il faut dire que votre traité d’athéologie par certains passages qui m’ont assez choquée et permettez-moi de vous le dire n’est pas à mon avis, votre meilleur livre , tant s’en faut.
    Vous dites même que vous êtes prêt à dialoguer avec Benoit XVI s’il vous le demandait…. Et votre dernière intervention sur le droit des chrétiens de manifester pacifiquement et intelligemment s’entend à propos de la pièce de théâtre « Golgota Picnic », m’a aussi rassérénée.
    J’ai compris que si on ne prend pas garde à la facilité d’écouter d’une seule oreille les médias et aussi un discours d’une personne, on peut se fourvoyer dans l’idée qu’on se fait d’elle.
    Je suis une personne en recherche de « Dieu », d’émerveillement, etc.
    Je n’ai pas eu la révélation comme Frossard, ni Claudel, j’ai une grande angoisse de la mort, et je n’arrive pas à trouver un réconfort dans « la religion », car je doute tout le temps. J’admire votre athéisme sans concession, parfois, mais en même temps, étant donné que j’ai disons une admiration « inversée » pour vos écrits et votre parcours, je vivrai un séisme personnel si j’apprenais que vous avez trouvé « ce qu’on appelle » la foi , par exemple au Dieu de Jésus, Christ ou non. Au fait maintenant, maintiendrez vous que Jésus de l’histoire n’a pas existé ????? et qu’il s’agit uniquement d’un personnage conceptuel.
    J’espère une réponse de votre part, une admiratrice , devenue alergique, puis réaliste, et à l’écoute d’un être humain en recherche comme nous le sommes tous d’un sens à cette vie, si belle et si inquiétante à la fois.

  • Cher Gérard Leclerc,

    J’ai eu le plaisir de "sandwicher" en votre compagnie lors des dernières journées Thomas More et fidèle auditeur de Radio Notre-Dame, j’ai le bonheur de vous entendre très souvent. Je n’ai pas lu le bouquin d’Onfray sur la religion, mais celui sur Freud, avec, je le confesse, souvent une intense jubillation. Ce monsieur a sans doute eu tort de vouloir déboulonner la religion, et il semblerait que son expérience personnelle lui donne des circonstances atténuantes. Mais quel plaisir quand il ose s’en prendre à une des grandes momies de notre époque. Ce monsieur nous libère du carcan des bien-pensants avec virtuosité. Après vous avoir entendu sur son Camus, il ne me reste plus qu’à acheter et lire le livre, en attendant son Lénine et Staline !

    Vous nous dites avoir été critiqué pour votre position sur Onfray, et bien je suis heureux de vous faire part de ma sympathie pour votre ouverture au bonhomme. Et j’attends avec impatience la table ronde, vous, Onfray, F-O Gisbert et Louis Daufresne. Ca sera super !

    Très fidèlement et amicalement vôtre et reconnaissant de la forme et du fonds de vos billets radiophoniques.

    Pascal Floquet

    • Monsieur

      Je suis d’accord avec votre proposition d’un débat Michel Onfray , Gérard Leclerc chez Louis Daufresne.
      Il faut favoriser le dialogue, les échanges entre les personnes de sensibilité différente.
      C’est seulement comme cela que le Royaume pourra advenir, de la manière qu’il choisira si je puis dire.

      Bonne journée à tous.

      Muriel GHERARDI
      mgherardi@forimiris.org

  • Merci de votre excellent éditorial que j’avais, comme chaque matin, entendu sur Radio Notre-Dame. Je partage entièrement votre avis. Je n’ignore pas ce qui peut nous séparer de Michel Onfray, nous les chrétiens, mais lis également avec grand intérêt son dernier ouvrage, relis même le Traité d’athéologie. Quel travail que le sien ! Quelles lectures réalisées à fond ! Quel chrétien a cette force de travail, presque monacale ? Si le père Marie-Dominique Philippe o.p. était encore en vie, lui qui aimait Camus, nul doute qu’il n’aurait pas rechigné à rencontrer et à disputer avec Onfray ! Hélène Bodenez

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