Édouard de Castelnau à l’origine de la victoire remportée par le général Pétain

par Patrick de Gmeline

lundi 7 mars 2016

A la mi-février 1916, Castelnau est, depuis quelques semaines, chef d’état-major général et donc n° 2 de l’armée française. Dès la fin du mois de janvier, sur la foi de renseignements convergents, il est conforté dans son opinion que les Allemands vont attaquer à Verdun. Malgré les doutes de Joffre, il obtient de se rendre sur place et il en revient encore plus convaincu, mais inquiet par les insuffisances constatées sur le terrain. On apprend que six corps d’armée, sous les ordres du Kronprinz de Prusse, sont arrivés devant Verdun.

Au matin du 21 février, par un temps splendide, le bombardement allemand se déclenche. Il va continuer, intense, jusqu’en milieu d’après-midi. Puis les soldats du général von Falkenhayn progressent vivement entre la Meuse et les Ornes malgré la neige, qui tombe en tempête.

La bataille de Verdun commence. Le 22 et le 23 février, les Allemands enlèvent les premières lignes des Français, dont la défense fléchit.

Puis les Allemands se heurtent à une ligne de résistance que Castelnau appelle «  la ligne intermédiaire  ». À Chantilly, on commence à s’inquiéter. Le communiqué est difficile à rédiger, car on veut éviter le mot «  recul  »
Dans la soirée du 24, les mauvaises nouvelles tombent en rafale : les troupes du général Herr se replient en désordre sous la violence du bombardement allemand et le général de Langle, commandant du Groupe d’Armées du Centre, téléphone à Joffre (Castelnau est à l’écouteur) pour dire que la rive droite de la Meuse — celle qui est du côté des Allemands mais qu’occupent encore les Français — est dans une situation dangereuse : la région de la Woëvre est menacée. Il informe le généralissime qu’il donne, sous son entière responsabilité, l’ordre de repli et de l’évacuation de la Woëvre sur les hauts de Meuse. Joffre admet qu’étant sur les lieux, de Langle est mieux à même que n’importe qui de savoir ce qu’il y a à faire… En cette circonstance gravissime, Fernand de Langle de Cary se montre un chef responsable : sachant que sa décision d’évacuation de la Woëvre pourra être sévèrement critiquée, il la prend cependant en toute connaissance de cause et en toute bonne foi, prêt à en assumer les conséquences, qui vont être réelles.

Vers 20h30, Castelnau revient voir Joffre chez lui et le trouve la tête dans les mains, effondré. Discussion avec les majors-généraux Pellé et Janin et le colonel Renouard : il n’est pas question d’évacuer la rive droite de la Meuse et il y a des réserves pour contenir l’assaut allemand. C’est alors — vers 21h30 — que Castelnau propose d’envoyer à Verdun le général Pétain (dont il connaît le sang-froid et les qualités de chef) avec l’état-major de la 2e armée, pour prendre en main les troupes de la rive gauche et interdire aux Allemands le franchissement de la Meuse. Joffre accepte sa proposition et fait avertir Pétain de se présenter à Chantilly le lendemain matin à 8h.

Castelnau est maintenant seul dans son bureau, dans la modeste villa qu’il occupe non loin de l’hôtel du Grand Condé, siège du GQG. Il avertit au téléphone l’état-major de la 2e armée et regarde ses cartes, ce qui le persuade qu’on ne peut vraiment se rendre compte qu’en allant voir sur place. Il téléphone au commandant de Galbert pour qu’il réveille le généralissime car celui-ci dort et on ne doit pas le réveiller. Castelnau arrive et demande au grand chef l’autorisation de partir. Joffre accepte, lui fait passer sous la porte de sa chambre un papier lui donnant les «  pleins pouvoirs  » et… il se rendort ! Dans la tourmente de neige, le général de Castelnau part en automobile, seulement accompagné du lieutenant Laguionie, qui à tout hasard avait préparé un départ rapide et qui conduit, et des commandants de Bary et Camus. Il est minuit et demi.

Le 25 février, à 4h du matin, après une route épouvantable, Castelnau arrive à Avize, son ancien PC devenu celui du général de Langle qui vient de revenir de Dugny, PC de son subordonné, le général Herr. Il a interdit qu’on fasse passer des troupes, dont le 20e corps d’armée du général Balfourier, sur la rive droite, ce qui signifierait l’abandonner à elle-même.

à l’arrivée de Castelnau, il rapporte cependant cet ordre. Long entretien alors, entre Castelnau et de Langle. Le premier a le sentiment que son interlocuteur est persuadé que l’affaire est perdue. L’évacuation de la Woëvre et de la rive gauche de la Meuse serait cependant à ses yeux un péril mortel. Muni des pleins pouvoirs, Castelnau décide alors de prendre personnellement les choses en main et, à 5h45, il donne par téléphone l’ordre suivant : « Comme confirmation des ordres du général en chef, le général de Castelnau prescrit de la façon la plus formelle que le front nord de Verdun, entre Douaumont et Meuse, et le front Est, sur la ligne des hauts de Meuse, devront être tenus coûte que coûte et par tous les moyens dont vous disposez. La défense de la Meuse se fait sur la rive droite. Il ne peut donc être question que d’arrêter l’ennemi à tout prix sur cette rive.  »

Castelnau reste encore une heure à Avize, avec son ancien d’une année à Saint-Cyr et pour lequel il a estime et amitié. Il l’appelle, dans ses lettres «  le Bayard moderne  ». Mais, de ce jour, ces liens se rompent, de Langle estimant que Castelnau l’a dessaisi de son commandement sans délicatesse comme il l’écrira avec beaucoup de dignité dans ses Souvenirs de commandement  : «  Le changement de commandement s’effectuant sans un mot à mon adresse, ni du général en chef ni de son représentant le général de Castelnau, j’ai le droit d’être surpris, et j’ose dire blessé d’un pareil manque d’égards  ». Il est vrai que le chef d’état-major a agi vivement, sèchement même, sans précautions oratoires. Et peut-être Castelnau a-t-il dans l’esprit les propos de Jacquand qui, s’il adule son «  patron  », n’est peut-être pas très aimable à l’égard de Langle !

À 7 heures, Castelnau repart pour Dugny en passant par Verdun même. On possède son témoignage personnel rapporté par Victor Giraud. «  Lorsque le 25 février, au petit jour, je parvins aux abords du camp retranché de Verdun, je vis, sous un ciel bas et noir, un sol couvert de neige ; la Meuse lugubrement déversait sur toute la surface de la vallée les méandres de son cours ; les passerelles étaient rompues ; les ponts, menacés par les eaux, étaient sous le bombardement ; la rive droite se trouvait comme isolée du reste du monde et en particulier de la rive gauche, d’où lui parvenaient les secours en vivres et en munitions, pour alimenter la bataille et la population. Celle-ci, sous la froidure d’une pluie glacée, entremêlée de flocons de neige, fuyait en désordre, chargée des objets précieux qu’elle croyait menacés du pillage ; elle piétinait dans la boue, s’acharnait à se frayer un passage sur les routes déjà encombrées de charrettes, de blessés et de convois  » (Giraud, p. 84-85).
Dans la foule, un large chapeau ecclésiastique s’est cependant agité : celui de Mgr Charles Ginisty, un homme du Causse, un presque «  pays  », ordonné à Rodez et ancien curé doyen de Saint-Affrique, aujourd’hui charismatique évêque de Verdun, qui lui crie : «  Merci, mon général de venir sauver Verdun  !  » 

L’historien Louis Madelin, qui est alors affecté au GQG, relate ainsi l’arrivée de Castelnau à Dugny  : «  Nous vîmes, dans une petite tempête de neige, arriver le général de Castelnau. La seule présence du grand chef apaisait les fièvres et rassurait les inquiétudes. Il fit son enquête rapidement mais à fond, se rendit compte des réalités, calma les trop grandes inquiétudes, discerna ce qu’il y avait à faire pour arrêter la démoralisation, seul danger qui fût absolument mortel.  »

Castelnau trouve le général Frédéric Herr, d’habitude si maître de lui, bouleversé. Son état-major est épuisé et déprimé, ne pouvant plus articuler les renforts qui arrivent (trois corps d’armée et de l’artillerie lourde) et assurer le ravitaillement et les liaisons. Si Herr n’est plus capable de créer une nouvelle et solide ligne de défense, il faut un autre chef. Or Pétain est en route pour prendre le commandement des troupes de la rive gauche. Castelnau décide donc, en pleine bataille, de changer sa mission et de lui donner aussi le commandement de toutes les troupes françaises, celles de la rive gauche et de la rive droite.

C’est une véritable substitution de commandement. Mais Castelnau a confiance en Pétain et dans «  son  » équipe de l’état-major de la 2e armée, celui qu’il a formé lui-même et qui est encore peuplé d’officiers qu’il connaît bien.

À 15h30, il avise donc par téléphone le général Joffre qu’il veut donner au général Pétain (alors en route pour Bar-le-Duc) le commandement de l’ensemble de la Région fortifiée de Verdun et des troupes qui arrivent. Herr sera son adjoint et l’état-major de la RFV est fondu dans celui de la 2e armée. En même temps, il avise le général Pétain de venir directement à Souilly recevoir ses ordres.

À 16h50, Joffre approuve toutes les décisions prises par Castelnau. L’ordre est dactylographié et signé par Castelnau.

Prochaine étape : Verdun. Pour y voir le général Balfourier qui commande le 20e CA et qui téléphone à ses généraux en disant : «  Le général de Castelnau, qui est ici à côté de moi, donne l’ordre de tenir coûte que coûte sur les positions actuelles.  »

Dugny à nouveau, puis Souilly, QG replié de la Région fortifiée de Verdun, où Castelnau a convoqué Pétain. Celui-ci, au téléphone, a dit :

—  Bien, je viendrai demain !

Il s’est attiré cette réplique :

—  Non, vous viendrez ce soir à 8 heures !

Dès que Pétain arrive, il voit Castelnau qui l’informe qu’il lui donne l’ordre de prendre le commandement de toutes les forces des deux rives et donc de la RFV. Et cela à minuit, ce 25 février. Pétain voudrait attendre quelques heures, mais Castelnau lui réplique encore une fois : 

—  Non, à minuit !

Le général Pétain lui-même rapportera la circonstance : «  à 11 heures du soir, dès mon retour à Souilly, le général de Castelnau transcrivait mon ordre de mission sur une feuille de son calepin de poche, la détachait et me la passait "pour exécution immédiate". À 11 heures, je prenais donc la direction de la défense de Verdun, déjà responsable de tout et n’ayant encore aucun moyen d’action.  »

Témoignage du capitaine de Belussière, officier de liaison : «  Les Allemands avançaient avec une force irrésistible, nos troupes étaient en pleine retraite : le général de Castelnau est arrivé, les Allemands ont été arrêtés.  »

Autre témoignage, très émouvant : celui d’un jeune officier, Jean Tocaben. En 1920, il publie un livre de souvenirs intitulé Virilité, préfacé par André Tardieu, qui sera un jour président du Conseil. Cet ouvrage contient une page vécue qui démontre bien l’image dont bénéficiait le général de Castelnau dans la troupe, chez les soldats du front : «  Nous montions à Verdun. Nous pataugions dans les flaques de la route, lamentable troupeau. Une auto corne derrière nous, auto d’état-major, évidemment, limousine bien close où quelque officier fringant des bureaux va nous jeter à la face l’insulte des paquets de boue… Or il advint une chose insolite : la voiture, au lieu de rouler en trombe en nous éclaboussant, tardait à nous dépasser… Derrière moi, au lieu du piétinement mou de la horde, je percevais subitement comme l’ébauche d’une cadence. Qu’y avait-il donc ? Comme je tournais la tête, la voiture arrivait près de moi, roulant avec une lenteur inattendue, et, dans cette voiture, il y avait, debout, penché vers la portière ouverte, un général, la main au droit du képi à feuilles d’or, et surtout, la figure apitoyée, ses yeux portant sur nous un regard d’une tristesse infinie !… C’était le chef suprême après Joffre, Castelnau, le général aux trois fils morts, combattants comme nous, qui, de toute son âme, nous saluait… Je compris pourquoi mes hommes, d’eux-mêmes, rectifiaient l’allure et marquaient le pas.  »

L’auteur le dédicacera à Castelnau : «  Au général de Castelnau, hommage reconnaissant pour le "geste de légende" que j’ai tenté de conter au chapitre I de ce livre.  »

Retour à Bar-le-Duc, par un verglas terriblement glissant : 35 km en 3 heures ! Nuit à Marbeaumont, propriété de Madame Varin-Bernier, veuve du banquier lorrain (aujourd’hui médiathèque de la ville).

Le 26 février, nouveau passage à Verdun. Le fort de Douaumont a été pris par les Allemands. Castelnau ordonne de le reprendre. Pétain arrive. Il est maintenant le chef et donne les ordres en conséquence : «  Si nous arrivons à nous maintenir dans la situation actuelle pendant deux jours, Verdun est sauvé  », dit-il à Castelnau. Celui-ci s’occupe personnellement des transports, dans le plus grand désordre et qui sont d’autant plus indispensables dans une région où il y a peu de routes.

Le 29 février, Castelnau repart pour Chantilly en passant par Avize où il déjeune avec le colonel Jacquand et le général de Langle, ulcéré par ce qu’il estime être une injustice car il s’est senti écarté.
En fin de journée, Castelnau est de retour au GQG. Il a fait son devoir de chef, de grand chef.

Sans Castelnau, Verdun ne ferait pas partie de la légende glorieuse de Philippe Pétain, que ce dernier va malheureusement ternir pendant la Seconde Guerre mondiale. Castelnau, lui, restera inébranlable, indépendant et libre jusqu’à sa mort, en 1944, transmettant le flambeau à ses descendants, sans avoir jamais revu son subordonné.

Patrick de Gmeline


Pour en savoir plus sur le général de Caltelnau :

http://www.charles-herissey.fr/index.php/ouvrages-histoire/histoire/le-general-de-castelnau

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Messages

  • Au sujet de Pétain "que ce dernier va malheureusement ternir pendant la Seconde Guerre mondiale" écrit l’auteur (sic) > sur ce point j’aimerais qu’on arrive enfin à sortir de l’histoire officielle pour apporter un peu plus de nuances.
    Voir le colloque organisé le 14 janvier 2010 à l’École Militaire par la « Commission française d’Histoire Militaire » sur le thème "L’armistice de 1940, faute ou nécessité" qui a reconnu que l’armistice (point principal que De Gaulle reprochait à Pétain) était inévitable. L’armée de terre avait perdu 60% de ses capacités, il y avait 9 millions de réfugiés sur les routes....
    Voir aussi les ouvrages du général Jacques Le Groignec comme ici http://www.cncombattants.org/pdf/51/Falsifier_histoire.pdf ou le colonel Le Pargneux ici http://fr.calameo.com/books/000217024b7d1e1a2c6c1
    Voir aussi les propres aveux de De Gaulle qui dit à François Lehideux en 1950 : "Le Maréchal fut trop grand pour les Français. Ils ne le méritaient pas" (rapporté par Tournoux dans "Pétain et la France" p543)
    Donc que ce dernier va ternir ou qu’on a ternit volontairement ?

    • "Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur". et c’est ce qu’il a fait, tant qu’il a pu et autant qu’il a pu, allant jusqu’à accepter la déshonneur dont on l’a si injustement accablé !

    • Une formule qui a le don de hérisser le cheveu....

      Pétain, et son gouvernement vichyssois, n’est que le point d’orgue lamentable d’une troisième république entièrement responsable (ses milieux financiers, ses industriels, ses politiciens...) de la première guerre mondiale et du désastre humain qui s’en est suivi.

      Cette guerre a été voulue, elle était dans les tiroirs depuis quelques années.

      Pour autant, l’Etat_Major n’était pas préparé ! Il était déjà en retard d’un conflit et d’une stratégie.
      Pétain, héros de Verdun ? Quelle fumisterie !
      Les vrais héros c’étaient ces obscurs soldats, les Poilus, et leurs officiers qui ont été broyés par centaines de milliers dans une absurde boucherie (celle que des Genevois ou des Céline ont racontée sans cette complaisance malsaine des thuriféraires appointés du régime des partis et de la finance apatride).

      Pétain, ne l’oublions pas avait achevé sa carrière dès avant le premier conflit mondial (60 ans en 1916...).

      Bureaucrate banal, voire médiocre, il n’avait jamais brillé par ses états de service (contrairement à un Liautey depuis longtemps sur le terrain et infiniment plus brillant).
      Républicain (sa seule qualité reconnue par sa hiérarchie), il a été préféré à d’autres infiniment meilleurs que lui, uniquement pour sa fidélité indéfectible au régime.

      Ce n’est donc pas un hasard si, en 1940, la IIIe se livre à lui, échevelée, dans un ultime suicide collectif après avoir été incapable de gérer la crise avec l’Allemagne hitlérienne et avoir été incapable d’exploiter à sa réelle valeur le potentiel militaire français.

      Suivant le conseil fort juste de Deraim, il n’est surtout pas question de débattre de l’Armistice.

      Disons seulement que les conditions dans lesquelles celui-ci est advenu sont à l’image du personnage de Pétain, de sa décrépitude sénile et de celle du court régime qui allait suivre, digne rejeton de la IIIe et de ses tares.

      Déshonneur et Infidélité, telle pourrait être la devise posthume de celui qui a appelé à cesser les combats avant même toute signature...

  • Si Pétain a terni son image, ce n’est pas en signant l’armistice. Si c’était une mauvaise idée de le faire, il ne s’agit que d’une erreur stratégique, même si lourde de conséquence.

    Sa grande faute a été, pour complaire aux autorités allemandes, de tout mettre en œuvre pour poursuivre et arrêter les juifs, devançant les demandes qui lui étaient faites, proposant plus que ce qu’on s’apprêtait à lui demander. Peut-être l’affaiblissement dû à l’âge qui ne lui a pas montré, face aux persuasions de certains de ses conseillers, qu’il était honteux de "sauver" la France et les Français en sacrifiant des hommes, dont certains étaient Français d’ailleurs, et avaient versé leur sang pour la France. Et en sacrifiant des enfants dont le seul "crime" était d’être juif.

    • Merci de votre message : entièrement d’accord.

      Oui, l’armée française pouvait difficilement continuer le combat en 1940 et de toute manière, comme l’avait dit Raymond Aron, la France saignée à blanc en 14-18 n’avait plus les ressources, démographiques et morales, pour continuer un affrontement total avec l’Allemagne nazie.

      Mais il n’en demeure pas moins que Pétain a personnellement mis la main au statut des juifs. C’est là une faute indélébile. Et il a compromis des valeurs dont son régime prétendait se réclamer (patrie et christianisme).

      Comme l’a écrit récemment Pierre Manent, il n’est pas certain que la France se soit jamais remise de ce traumatisme, en dépit de De Gaulle qui l’a plus occulté que guéri en réalité.

      On aurait aussi pu envisager que les autorités françaises se déplacent en Afrique du Nord. En effet, il y a longtemps que la thèse du "bouclier" (Pétain protecteur de la France) a vécu. La France métropolitaine n’aurait été ni plus ni moins exploitée par l’occupant si elle avait été entièrement occupée dès 1940...

      Et on aurait épargné au pays une division tragique et l’opprobre d’une collaboration officielle entre l’Etat français et le Reich qui continue d’empoisonner les mémoires car trop de gens de bonne foi ont cru pouvoir faire confiance au "maréchal".

    • En relançant la question de l’Armistice et surtout de la personnalité de Pétain, vous relancez un débat inutile parce que tous les arguments censés ont déjà été utilisés dans tous les sens. On vous répondra par exemple que sans Zone libre, il y aurait eu infiniment plus de déportations de juifs et que la Résistance aurait eu beaucoup plus de mal à se constituer, et toutes autres argumentations mille fois rebattues, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient toujours fausses. Ce genre de débats, quand il n’est pas menés avec des historiens soucieux de la scientificité de leurs sources et de leurs conclusions, attire les ratiocinateurs de tous poils, les réacs obsessionnels, etc. Stop ! Stop ! L’article sur Castelnau était intéressant parce que novateur. Les avis des uns et des autres sur Pétain et de Gaulle nous font perdre notre temps. Il y a des choses plus intéressantes à dire et à lire.

      DERAIM

    • On comprend la réticence de @admin à laisser prospérer un débat qui tournera rapidement en rond, autour de la doxa installée sur le cas de Pétain 1940 – 1945. Ce serait compréhensible si rien de nouveau ne s’était produit. Or le Fig Histoire (6 numeros / an) de Mars-Avril, outre le très émouvant dossier sur Verdun où il est abondamment évoqué le rôle du Gal De Castelnau, ouvre cette parution sur la décision de l’État de donner accès à ce qui a été appelé à tort « Les archives de Vichy ». Et le Fig a eu l’excellente idée d’avoir fait appel à l’historien franco-israélien Alain MICHEL (juif lorrain) pour dévoiler ce que ces archives vont offrir : tout simplement les quatre années d’échanges entre Vichy et la commission d’armistice de Wiesbaden. Iconoclaste au sens propre, comme il l’avait déjà montré dans son travail impeccable de rigueur et de documentation, « Vichy et la shoah », où il détruit le mythe diffusé par le trio Paxton-Marrus-Klarsfeld, A. Michel cite les contenus de quelques cartons jamais exploités qui brisent la légende d’un Vichy vautré dans une collaboration servile. Son premier livre a été indignement boycotté, mise à l’index lancée d’abord par sa propre communauté, mais l’historien est patient. Nul doute que l’exploitation à venir des archives de Wiesbaden va réserver beaucoup de surprises. Aux esprits qui voudront bien restés ouverts à une incontestable documentation. Dernier point : à la lumière du livre d’A. Michel cité ci-dessus, ce que dit Bernadette Cosyn est largement faux, démenti aussi par le dernier livre de Marc Ferro « Pétain en vérité ». Cent ans après le suicide européen de la Grande Guerre nous en sommes encore à essayer de comprendre comment les peuples ont pu glisser dans cette folie. Il va en être de même pour revisiter cette période dramatique de l’occupation, loin du noir et blanc et d’une histoire figée.

    • Je me permets d’insister surtout sur un forum de catholiques car nous avons le devoir particulier de contribuer à l’épuration de la mémoire nationale.

      Ce que dit Mme Cosyn de Pétain est vraiment essentiel et j’ai tenu à le relever.

      Il faut maintenir ce qu’elle nous dit pour les générations qui nous suivent.

      Et il ne saurait être question de relativiser les crimes de Vichy.

      Castelnau ne tenait pas Pétain en haute estime : c’était prémonitoire...

    • Merci Jean Louis FAURE pour votre intéressante contribution. J’ai 45 ans et l’on m’a raconté comme à la plupart de nos concitoyens le roman national qui tourne autour de l’homme providentiel-De Gaulle et l’homme méprisable-Pétain. Jeune, j’ai même fait visiter la maison natale du général de Gaulle à Lille. Mais je découvre, en creusant les choses, que l’histoire de l’un est bien moins glorieuse qu’on le raconte et celle de l’autre bien moins honteuse que ce que laissent à penser les commentaires haineux de certains. Non seulement ce décalage entre les faits et la réalité m’a choquée, mais en plus je pense que, loin de devoir laisser ces débats derrière nous, la lumière doit être faite sur ces évènements car ils fabriquent des mythes de toutes pièces avec leurs lots d’anathèmes et de totems sacrés qui ne contribuent pas à l’équilibre de la société actuelle.... On manipule les gens à travers des clichés et c’est destructeur.
      J’ai lu l’ouvrage du colonel Alain Dumarcet "De Gaulle ou le plus grand commun diviseur français de tous les temps", les études du colonel Michel Lepargneux, le livre "Naissance du mythe gaulliste" d’Henri de FOUCAUCOURT etc. Tous ces ouvrages sont bourrés de FAITS et de témoignages précis, historiques, datés, sourcés. Que ceux qui sont dans y l’incantation aient le courage de s’y confronter.

    • Bernadette Cosyn avez vous confronté vos sources ? Est-ce trop vous demander ?

    • @ 9 mars 21:43

      Il ne manque plus que d’encenser Laval et réhabiliter la Milice !

      Certes, on sait que l’Histoire n’est pas manichéenne et qu’il y a des zones d’ombre dans la vie politique de De Gaulle. Mais il ne faudrait tout de même pas tomber dans des inversions caricaturales.

      Le bilan de Vichy est globalement négatif, les faits et les témoignages sont là, incontestables et impitoyables. Citer trois auteurs est insuffisant pour renverser les multitudes d’études (je ne parle pas d’hagiographies gaullistes ni d’ouvrages de propagande communistes) concernant cette période.

      Sans De Gaulle, un fait est certain, à la Libération, les USA auraient mis la main sur l’administration politique de la France. Ils étaient à deux doigts de réussir... (*)

      Le gouvernement de Vichy était un jouet entre les mains des Allemands. Son existence servait Hitler qui conservait les mains libres pendant que l’administration gérait les choses courantes (en particulier les lourdes dettes dues à l’occupant).

      Le pouvoir de Vichy était un pouvoir en trompe-l’œil, une fiction (tolérée par l’occupant, et non subie), une baudruche qui surestimait ses capacités de survie et d’autonomie (ce sont les Allemands qui ont exigé, et bien sûr obtenu, le retour de Laval...).

      Les Allemands n’étaient pas dupe des quelques actes de résistance au sein de l’administration de la France de Vichy. Lorsque les intérêts allemands vinrent en contradiction trop nette avec un régime fantoche devenu inutile, la zone “nono” fut rayée d’un trait et l’armée d’occupation s’y installa immédiatement, sans autre forme de procès.

      Les témoins directs de cette période se font rares et disparaissent, ce qui permet aux négationnistes de tout poil de réécrire - sans crainte d’être contredits et pris en flagrant délit de mensonge - une histoire fantasmatique et de réhabiliter des individus infréquentables (tel Laval ou les légionnaires de la LVF).

      C’est d’autant plus facile que les générations de quadras ont inauguré une scolarité sans Histoire ou avec une Histoire déstructurée, lacunaire et anecdotique.

      Le sens critique a besoin de références et de bases solides pour pouvoir s’exercer... On le voit quotidiennement avec les tonnes de contre-vérités (notamment sur les rôles respectifs de la Russie et de Washington et ses alliés dans les différents conflits ouverts ou larvés) que nos médias mainstream profèrent quotidiennement sans que cela ne soulève dans l’opinion un tollé de protestations indignées.

      * Au lieu de ça, la France est devenue - quelques années plus tard - un des membres du Conseil de Sécurité !

    • Mes sources, ce sont des proches (famille ou amis), dont beaucoup ont disparu au fil du temps, qui vivaient sous l’Occupation. Notamment en région parisienne, dans la métropole lilloise et dans le sud de la France.

    • A propos de "ne pas tomber dans des inversions caricaturales" :
      - où avez-vous vu qu’il s’agissait "d’encenser Laval et réhabiliter la Milice !" (sic)
      - Où avez vous vu qu’il ne s’agissait que de "trois auteurs" ? Je ne peux pas vous mettre la liste exhaustive dans mon commentaire mais déjà si vous vous référez à ces ouvrages vous en trouverez un paquet. voici, pour vous simplifier la vie, une petite note historique qui en est l’amorce http://fr.calameo.com/read/000217024b7d1e1a2c6c1
      Je peux aussi citer Annie Kriegel, historienne juive, dans "Ce que
      j’ai cru comprendre (éd. Robert Laffont, p. 172-173) et dans
      Valeurs-Actuellesdu 25 mars 1991, p. 59, rend hommage au
      maréchal Pétain, le professeur F-G Dreyfus, ou encore J-R Tournoux décoré de la Croix de guerre en 49 et rapportant cette déclaration du général De Gaulle en 1950 : "Le Maréchal était trop grand pour les Français qui ne le méritaient pas"... Etc.
      - "Le gouvernement de Vichy était un jouet entre les mains des Allemands" écrivez-vous > et la flotte ? Et l’Afrique du nord ? Des détails ? "Jouet entre les mains" est une simplification abusive qui n’est pas sérieuse.
      - Contrairement à ce que vous écrivez, il ne s’agit pas de "négationnisme" (sic !) : c’est typiquement ce genre d’anathèmes qui essait de sidérer intellectuellement l’interlocuteur et empêcher la discussion sereine.
      - "C’est d’autant plus facile que les générations de quadras ont inauguré une scolarité sans Histoire ou avec une Histoire déstructurée, lacunaire et anecdotique" terminez-vous.... Rt boum, me voici d’emblée étiquetée "incompétente" !
      Vraiment, votre commentaire n’était pas sérieux.

    • Le problème n’est pas hélas sur les personnes déportés. Nous avons tous dans nos familles ( eh oui !!) et j’ai connu un homme de lettre juif fils de diamantaires d’Anvers, qui a su fuir du train où il était emmené en Allemagne. et survivre. Ce sont des sources ponctuelles précieuses, mais le travail de l’historien est autre. .
      Apparemment vous escamotez le problème ou le débat sans lequel il n’est pas d’histoire avec vos proches et vous pourriez au moins citer les historiens qui vont dans votre sens, ce qui appellerait une discussion que vous jugez superflue. Pas moi.

    • Merci de cette mise au point.

      Bien sûr, il faut laisser les historiens exploiter les fonds d’archives. De Gaulle n’a pas besoin de piédestal pour être l’un des rares très grands hommes de notre 20ème siècle.

      Bien sûr, il y aura toujours des tentatives pour réhabiliter ce qui ne peut point l’être...

      Bien sûr, l’histoire de Vichy ne peut pas s’écrire uniquement en réquisitoire. Le temps des procès bâclés comme celui qu’on a fait à Pierre Laval est révolu depuis longtemps.

      J’attends toutefois celui qui pourra, sur pièces, démentir cette affirmation de Georges Bernanos (proclamée en 1945) rappelée par Henri Guillemin dans sa conférence télévisée sur l’ "affaire Pétain", qui mérite d’être écoutée :

      " Vichy, c’est le triomphe d’une minorité impopulaire qui depuis 20 ans cherchait en vain, électoralement, sa chance, et qui l’avait trouvée dans le désastre de la nation"...

    • Je ne comprends pas vraiment pourquoi vous parlez de déportés alors que je vous parle de personnes qui vivaient en France sous l’Occupation. Elles n’étaient plus des nourrissons, sinon elles n’auraient rien remarqué d’important, étant trop jeunes pour comprendre. Qu’y a-t-il d’étonnant si 60 ans plus tard elles ne sont plus, pour la majorité d’entre elles, encore en vie pour témoigner ?

    • @ 10 mars 14:11

      C’est un tout petit peu facile de faire dire aux gens ce qu’ils n’ont pas dit (à coup de citations tronquées de l’essentiel, par exemple) mais ce n’est pas très sérieux.

      Où avez-vous vu que je vous étiquetais "incompétente" ? Le passage incriminé était une considération générale (concernant des générations sacrifiées sur l’autel de la destruction délibérée de l’analyse historique) que vous seriez bien en peine de démentir.

      Vous faites également bon marché d’un « Il ne manque plus que... » qui n’est en rien une affirmation d’un fait.

      Quant à vos références bibliographiques, lorsque vous nous renvoyez (comme par exemple avec le lien que nous communiquez) à des gens qui ont toujours professé un anti-gaullisme affirmé, voire viscéral (*) (leurs raisons leur appartiennent, il ne s’agit pas ici d’en débattre), on peut difficilement s’en prévaloir comme références d’historiens. Tout au plus s’agit-il de témoignages personnels. Ce sont surtout des écrits polémiques et militants (**).

      Vous avez le droit de penser que Vichy n’était pas un jouet entre les mains des Allemands. Cependant vous devriez vous documenter auprès de vrais historiens (les études et les publications surabondent sur l’histoire des deux guerres mondiales) et des biographes et éviter de vous circonscrire à des cercles révisionnistes (non ce n’est pas un « anathème qui [essaie] de sidérer intellectuellement l’interlocuteur », c’est un simple qualificatif adapté à une situation) uniquement préoccupés de réhabiliter une période et des personnages fut-ce au prix de la négation (toujours pas un "anathème" !) de réalités objectives qui s’imposent à tous.

      Le gouvernement Pétain n’a subsisté que dans la mesure où il faisait l’affaire (et souvent le travail) des Allemands. Certes, cette fiction a permis parfois à la Résistance de jouer sur quelques maigres avantages accordés à la “zone nono”. Une fois encore, la réintégration de Laval a été imposée à un Vichy qui ne pouvait pas s’y soustraire mais qui n’a nullement songé à démissionner en bloc ni à s’enfuir en Afrique.

      Qu’a fait Vichy de sa flotte ? Rien contre les Allemands !

      Qu’est-ce qui peut justifier que le gouvernement maréchaliste a pu condamner à mort De Gaulle, de Hautecloque et quelques autres qu’on ne peut en aucun cas soupçonner de « haute trahison » ?

      Je me répète : le bilan de Vichy est globalement négatif !...

      * « (...) le plus grand commun diviseur français de tous les temps », rien que le titre exhale un parfum polémique moyennement compatible avec une analyse historique objective.

      ** que certains de ceux-là aient pu se prétendre royalistes et aient apporté un soutien inconditionnel (jusqu’à aujourd’hui) à un maréchal républicain des orteils au képi ne manque pas de sel, ni d’esprit de contradiction...

      In fine, je ne vois pas bien l’intérêt de préciser que Kriegel est "juive". Quel est le rapport avec mes propos de “10 mars 02:00” ?

  • J’ai la faiblesse de prendre ce train devenu fantôme, mais toujours en marche ! (en marche depuis 1945 !!). Il s’agit pourtant d’une époque révolue dont les enjeux, normalement ont disparu. Mais cette époque (1939-1945) est devenue depuis des décennies une sorte de capital politique servant les idéologues patentés, alors que l’époque présente tisse le futur et devrait nous inspirer. L’administrateur a raison de rappeler que tout (je dirais plutôt : tant et tant) a été dit et écrit sur Vichy, qu’il ne faut plus ressasser.

    J’en ai déjà parlé sur ce forum il y a peut-être un an et demi, l’on occulte systématiquement 1940 par 1945, comme si l’un n’avait rien à voir avec l’autre... Car c’est drôlement facile et gratifiant n’est-ce pas ? Dans le confort et la sécurité de notre monde contemporain (enfin disons du monde entre 1945 et plus ou moins 2001) beaucoup s’octroient le droit de distribuer les bons et les mauvais points, sans le moindre risque, pour plaire à la pensée dominante.
    Car c’est la 3ème République qui perdit cette guerre et le régime de Vichy en fut le résultat évidemment consternant. Un résultat consternant historiquement court si on ose dire, mais 4 ans quand-même. Ce ne fut pas comme pour les pays d’Europe de l’Est, 45 ans d’occupation communiste...
    Mais le régime de Vichy est allégoriquement préfiguré par l’épopée terrible du radeau de la Méduse au début du 19ème siècle. Vichy fut le produit d’un naufrage, un radeau mal ficelé dans la tempête. Un effet de la défaite et non une cause. J’ai beaucoup de témoignages familiaux (grands-parents, parents, oncles et tantes).
    La 3ème République sortie victorieuse de la 1ère guerre mondiale, mais, en bute à ses luttes intestines, gâcha et trahit la victoire de 1918. Cette République était déjà dépassée par les forces mondialistes et mondialisées qui venaient de détruire pas moins de 4 empires ! (allemand, russe, austro-hongrois et ottoman).
    Aujourd’hui la France subit encore plus le ressac de ces mêmes forces mondialistes maintenant décuplées.
    Le régime de Vichy a sur les mains le sang de plus ou moins 4500 à 5000 Juifs qu’il fit déporter sans injonction des nazis. Ces victimes l’ont été de par le régime de Vichy et on ne peut l’excuser. Mais aussi, ces drames se sont passés dans une situation plus qu’anormale. Quand on est pris en otage, contrôlé dans le moindre détail, pour "exercer" un pseudo pouvoir, un pouvoir strictement fantoche, avec des centaines de milliers d’otages en Allemagne qu’étaient les prisonniers de guerre français, ce sont là des conditions où on peut faire des bêtises fatales et des pires. Que ferais-je, que ferions-nous une fois pris en otage avec notre famille avec un pistolet braqué sur nous brandi par le preneur d’otages alors incontrôlable ? Chercher à amadouer le preneur d’otage ? Je ne sais pas, mais sûrement rien de lucide en tout cas ne pouvait sortir de cette situation !

    On peut noter que, rentrant d’Allemagne où il était en résidence forcée depuis quelques 8 mois après la Libération de la France, Pétain dut passer par la Suisse où les autorités Suisses étaient prêtes à lui accorder l’asile et où il aurait pu finir ses jours tranquillement. Mais Pétain ne demanda pas l’asile en Suisse, car il voulait absolument rentrer en France pour assumer son destin qu’il savait maintenant sombre. Tout le monde n’aurait sans doute pas eu la même attitude.

    Dans ces conditions actuelles stériles et assommantes de rabâchage sans fin des crimes d’autrui par ceux qui ne se regardent pas, il faudrait alors penser à faire un Nuremberg du communisme, non ? Un procès très médiatisé du communisme soviétique, est-européen, chinois, cambodgien, vietnamien, nord-coréen, cubain, etc., où tant de chefs communistes criminels contre l’humanité, leurs victimes par dizaines de millions ne se comptent plus, n’ont jamais été arrêtés ni jugés.
    Le Nuremberg du communisme n’a jamais eu lieu (1).

    Enfin, je pense que la France n’a jamais été nazie, et, que je sache, on peut noter au passage que les Juifs d’Afrique du Nord n’ont pas été inquiétés.

    En corollaire, si l’on veut des faits et des éléments documentés et un témoignage rare d’un acteur de cette époque, on peut lire le grand écrivain et philosophe Raymond Abellio (1907-1986) dans son ouvrage Sol Invictus (1939-1947) (Éd. Ramsay, 1980, qui est le 3ème tome de sa série ’Ma dernière mémoire’). Raymond Abellio (de son vrai nom Georges Soulès) toulousain, polytechnicien, homme politique de gauche, secrétaire d’État au commerce sous le Front populaire, il vécu les principaux linéaments de Vichy sous l’occupation. R. Abellio fut aux prises avec des membres de la Synarchie, cette organisation très discrète déjà mondialiste dirait-on aujourd’hui, où le haut patronat français favorable à l’ "Europe" (donc, en ces temps, à l’Allemagne fut-elle nazie) était impliqué ; la Synarchie infiltrait déjà les politiques de cette époque et ’œuvrait’ déjà - au dessus - des partis politiques de droite comme de gauche. L’ "Europe" dite "union européenne" est son rejeton, et ce, depuis les années 20. Interrompu en 1939 ou 1940, le "chantier" de l "Europe unie" fonctionna à nouveau à partir de 1957. Obligé de fuir la France à la Libération suite aux poursuites pour faits très graves commis par un homonyme durant l’occupation, Raymond Abellio fut blanchi lors de son procès, en particulier par les témoignages de deux généraux de la Résistance, car étant en poste sous Vichy, il renseignait la Résistance.

    (1) sauf un procès aux moyens plutôt dérisoires et peu médiatisé au Cambodge quelques 20 ou 25 ans après les faits où de très grands criminels communistes Khmers-rouges contre l’humanité sont cependant morts tranquillement. Il y eut aussi l’exécution du couple Ceausescu, mais seulement tout à la fin du communisme politique en Europe de l’Est en 1989.

    • Merci Renaud pour cette intéressante contribution. Si ce passé ne passe pas c’est qu’il y a encore des blessures à guérir et pour les panser il est plus sain d’en parler que de les laisser s’infecter, même si cela agite un petit peu les passions. D’ailleurs des tas d’historiens très sérieux le font. Par ailleurs je ne pense pas que toutes les archives historiques aient été mises à disposition ce qui laisse encore de belles années de recherche en perspective....

      J’ai lu avec grand intérêt votre commentaire et vous en remercie, je le trouve très équilibré. En ce qui concerne les juifs, c’est une question bien délicate en effet. Vous avez bien raison d’écrire que "ces drames se sont passés dans une situation plus qu’anormale. Quand on est pris en otage, contrôlé dans le moindre détail, pour "exercer" un pseudo pouvoir, un pouvoir strictement fantoche, avec des centaines de milliers d’otages en Allemagne qu’étaient les prisonniers de guerre français, ce sont là des conditions où on peut faire des bêtises fatales et des pires. Que ferais-je, que ferions-nous une fois pris en otage avec notre famille avec un pistolet braqué sur nous brandi par le preneur d’otages alors incontrôlable ?!"
      Toute la difficulté et là en effet. Et comme je l’ai lu dans les actes du colloque du 14 janvier 2010 à l’école militaire : "De Gaulle n’avait pas la responsabilité de l’Etat sur les épaules". Par ailleurs beaucoup à l’époque semblent ne pas avoir perçu le drame juif dans toute sa dimension. Voir à ce sujet le silence des alliés sur la question.
      Donc un sujet dramatique dans un contexte compliqué et dangereux. Pour donner à réfléchir je cite quelques personnalités avec les sources :

      Annie Kriegel, historienne juive, qui, dans Ce que j’ai cru comprendre (éd. Robert Laffont, p. 172-173) et dans Valeurs-Actuelles du 25 mars 1991, p. 59 : « Dussè-je me tenir moi-même pour
      insensée, je me demande parfois si, contrairement à l’idée commune, la part de sacrifice dans la politique et la conduite du maréchal Pétain n’ont pas eu des effets plus certains et positifs sur le salut des Juifs que sur le destin de la France... », affirmant également : « Jamais l’étoile jaune n’a été portée en zone Sud, pas plus qu’en Algérie.."

      La philosophe Simone Weil en novembre 1942 à New-York, écrit ceci : « ... je n’aime pas beaucoup entendre des gens parfaitement confortables ici, traiter de lâches et de traîtres ceux qui en France se débrouillent comme ils peuvent dans une situation terrible... Je crois que Pétain a fait tout ce que la situation générale et son propre état physique lui permettaient de faire pour limiter les dégâts."

      Raul Hilberg, juif spécialiste de la Shoah a écrit : « Dans ses réactions aux pressions allemandes le gouvernement de Vichy tenta de maintenir le processus de destruction à l’intérieur de certaines limites. Celles-ci eurent pour objet de retarder l’évolution du processus dans son ensemble. Les autorités françaises cherchèrent à éviter toute action radicale. Elles reculèrent devant l’adoption de mesures sans précédent dans l’histoire. Quand la pression allemande s’accentua en 1942, le gouvernement de Vichy se retrancha derrière une seconde ligne de défense. Les Juifs étrangers et les immigrants furent abandonnés à leur sort et l’on s’efforça de protéger les juifs nationaux. Dans une certaine mesure cette stratégie réussit. En renonçant à épargner une fraction, on sauva une grande partie de la totalité. » Avec ce chiffre de 90% des juifs résidant en France et en Afrique du Nord échappant à la solution finale.

      C’est toujours 10% de trop mais c’est à comparer au taux des autres pays d’Europe ce qu’a rappelé Eric Zemmour récemment.

      Bref il ne s’agit pas ici de déboulonner la statue de De Gaulle pour en édifier une à Pétain, il s’agit d’examiner notre histoire de façon dépassionnée et avec le seul soucis de recherche de la vérité, sans se préoccuper des statues....

    • @RENAUD
      Votre résumé est très appréciable, mais je m’en écarte sur deux questions désormais essentielles.
      Tout d’abord je regrette de ne pas avoir été assez clair dans ma réponse à @admin, sur la possibilité de clôturer le dossier, à la lumière de ce que vous dites : des mètres linéaires d’ouvrages, hélas surtout des thèses personnelles sans grand souci d’aller aux archives et aux documents. Sur les trente dernières années, surtout pour installer les violentes critiques contre la somme de Robert ARON, sous la conduite du trio que j’ai nommé, Paxton, Marrus, Klarsfeld. Sans grand rapport avec l’Histoire. Or le retour aux archives vient d’être relancé, incitant à une lecture vraiment différente. Je ne citerai que mes découvertes personnelles, à partir du travail universitaire de l’historienne mme Michèle Cointet (De Gaulle et Giraud, l’affrontement ; ouvrage que je me permets de conseiller à monsieur De Coucy pour le retenir de cracher un inutile venin contre le Gal Giraud …). On y découvre une de ses trouvailles, précieuse, les 13 procès verbaux du Comité de Guerre réunis du 7 Septembre 1939 au 25 Mai 1940 (« Gouvernement et haut commandement au déclin de la IIIe République : Edition critique des procès-verbaux du Comité de guerre, 1939-1940. septembre 2009 de Thierry Sarmant / Ségolène Garçon")
      Avec les exposés du Gal Weygand. Le Mal Pétain est cité 4 fois, et le colonel De Gaulle est inconnu. La médiocrité du personnel politique est flagrante.

      La seconde objection est pour contrer la légende qu’une communauté essaie de graver dans le marbre, hélas avec la complicité d’un président de la République, qui affirme que les autorités de Vichy qui obéissaient à l’occupant (et rien de plus …), avaient connaissance de la fin ultime du voyage dans la déportation. C’est évidemment stupide et ignoble, et ce qu’en disent des témoins directs lèvent toute ambiguïté (tels des Raymond ARON, Annie KRIEGEL, Léon POLIAKOV, Albert CHAMBON, André FROSSARD). La cruauté de la spoliation, du vol, de la maltraitance est une chose, la connaissance préalable d’une entreprise d’assassinat industriel de population dans les six camps d’extermination découverts à la fin de la guerre, en est une autre.
      Là encore, revenons aux sources ! Nous sommes loin de Verdun et de De Castelnau, mais ne laissons pas imprimer n’importe quelle ignominie contre la France, vaguement peinturlurée en histoire jusqu’à l’aveuglement …

    • Merci monsieur, je prends note des ouvrages dont vous recommandez la lecture. Ce que vous expliquez est intéressant et montre bien que malgré tout il est bon de ne pas clôturer le dossier pour que le travail de retour aux archives porte ses fruits. C’est mon seul point de divergence avec vous mais peut-être est-ce parce que vous pensez avoir fait le tour du sujet alors qu’en ce qui me concerne je l’explore encore avec intérêt et curiosité.
      Bien cordialement,
      Isabelle

  • @ 11 mars 11:01, par Jean Louis FAURE

    Si je ne me trompe, je crois comprendre le sens de votre allusion. J’ai peut-être été un peu vite en besogne en citant la déportation de 4500 à 5000 juifs sous Vichy. Cette quantité, bien évidemment de trop, serait un aperçu ou une estimation du nombre de personnes atteintes et ayant souffert d’une façon ou d’une autre (jusqu’à la mort pour un nombre que je ne connais pas précisément) pour "cause d’appartenance ethnique".
    Mais avec le recul, bien compris ce qui fut alors ’fatal’, la France (spécialement les Français) avec tous ses renoncements et manquements, quelques aient été ses gouvernements d’alors (sans oublier la proportion des "vengeances" et des assassinats iniques et "gratuits" à la Libération par les "libérateurs" de la toute dernière heure), la France, dis-je, surtout sur le plan social, n’a pas trop à rougir de son attitude dans de telles circonstances.
    Mais on constate bien que, dans un monde historiquement en constantes transformations dues aux révolutions industrielles, la Révolution française, malgré les apparences, fut le seuil au delà duquel la France ne fit que décliner. À ce jour, c’est irréfutable.

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