Echéance 2024

par Dominique Decherf

vendredi 29 septembre 2017

Emmanuel macron se pense président pour sept ans comme si le septennat était toujours en vigueur. La date butoir de ses ambitions est 2024, année des Jeux olympiques à Paris. La France doit s’être transformée d’ici là. Que dis-je la France ? L’Europe.

Le président français a prononcé au mois de septembre deux discours sur l’Europe, le 7 septembre à Athènes devant l’Acropole, le 26 septembre à Paris à la Sorbonne. Le premier définit les objectifs, le second les moyens. Si Emmanuel Macron n’a pas mentionné les échéances électorales françaises, en revanche il rythme le travail de l’Europe sur les élections au Parlement européen de 2019 et de 2024. Le premier scrutin, qui sera le prochain test populaire à venir d’Emmanuel Macron, sera celui de la «  refondation  », le second celui de la «  transformation  ».

« Le temps où la France propose est revenu.  » Bel et bien ! Mais la France propose et les 27 disposent ! Le problème de la France en Europe est qu’à diverses époques, elle fut la seule à proposer. Quel que soit son contenu, le gouvernement solitaire de l’Europe n’a jamais été du goût de nos partenaires. L’alternative est le couple franco-allemand qui certes restera dominant mais devrait encore atténuer la portée des propositions françaises – quel que soit le nouveau cabinet à Berlin. Une autre idée est l’élargissement de ce directoire à l’Italie évoqué par Emmanuel Macron qui a rencontré ses homologues à Lyon le 26 septembre. Autre idée encore : la réforme de la Commission, réduite de 28 à 15 membres. Ce fut une des idées évoquées dans ces colonnes lors des élections européennes de 2014. Mais Emmanuel Macron la dévie en excluant de cet exécutif les cinq plus grands pays membres. Les commissaires ne seraient issus que des petits pays ! N’est-ce pas reproduire une fois de plus le fossé entre petits et grands, entre Commission et Conseil ? La préférence en 2014 pour réduire le nombre de commissaires allait plutôt comme à la Banque mondiale à avoir des représentants délégués par plusieurs pays à la fois.

Admettons que l’on puisse resserrer la décision, celle-ci n’en serait pas plus démocratique pour autant. Emmanuel Macron évoque ouvertement l’échec du référendum de 2005 en France et aux Pays-Bas ainsi que l’échec grec et le Brexit pour bien montrer que l’Europe a bien des raisons de se méfier des peuples. Sa solution : faire naître au sein de chaque peuple une conscience européenne, ce qui est la logique de sa proposition d’élus transnationaux, à commencer par les 73 sièges britanniques qui retombent dans l’escarcelle commune : un député européen sur dix environ. à partir de conventions nationales, on pourrait ainsi dégager progressivement un «  peuple  » européen, qui n’existe pas aujourd’hui.

La souveraineté et la démocratie européennes ne sont pas à l’arrivée de décennies de construction européenne. On peut même estimer qu’on s’en éloigne. Les opinions publiques étaient plus «  européennes  » en 1948 qu’aujourd’hui. Elles l’étaient sans doute encore plus au temps évoqué par Emmanuel Macron de madame de Staël et de Benjamin Constant. Contrairement à son propos, l’époque ne parlait pas toutes les langues : tout le monde (cultivé) parlait français !

La liste d’une vingtaine de propositions aurait mérité d’être ordonnée non selon le domaine mais selon des priorités tant tactiques que fondamentales. Plusieurs ne sont que symboliques. Il faudra autre chose pour refonder l’Europe que de valoriser son patrimoine ou faire passer le pourcentage de bénéficiaires d’Erasmus de 4 % à 50 % en 2024 (même 20 % semblent pratiquement inatteignables). Que l’on commence par la culture, tout le monde l’a dit depuis Jean Monnet. Cela n’a jamais dépassé l’effet rhétorique.

Emmanuel Macron pourtant le sait : l’Europe n’a jamais avancé qu’en «  triomphant de ses guerres et de ses échecs  ». Il avait fallu l’alerte de Corée en 1950 pour accélérer l’Europe de la défense, la crise de Suez de 1956 pour le Marché commun. Si l’espoir reste permis c’est bien à cause des menaces : le terrorisme islamique, l’agressivité des géants – américains et chinois – du numérique (les GAFA) mais aussi les cyberattaques dont s’est préoccupé le sommet européen de Tallinn du 29 septembre. Quelles sont les solutions appropriées ? Créer une nouvelle agence ou détacher quelques militaires ou policiers de plus dans des forces spéciales n’est que du saupoudrage. On n’a pas encore trouvé l’idée qui apporterait une réponse aux défis. Celle-ci ne saurait naître des gestionnaires de l’existant, de «  l’Europe comme elle va  » comme dit Emmanuel Macron. Il faudra, comme en 1950, opérer un saut qualitatif, provoquer un sursaut, qui peut s’incarner dans un homme mais qui sera porté par un mouvement collectif. La seule chose sûre est qu’on ne peut le programmer à l’avance pour le relier à un événement prédéterminé comme les J. O. de 2024. Il sera le fruit de l’imprévu.

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