propos recueillis par le P. Antonio Spadaro s.j.

« ÉGLISE DE PURS » OU « NASSE MÊLÉE » ?

Jean-Miguel Garrigues - Traduction publiée avec l’aimable autorisation de "La Civiltà Cattólica"

samedi 30 mai 2015

Dans le numéro d’aujourd’hui de La Civiltà Cattólica, revue de Jésuites de Rome, est paru un entretien où le P. Antonio Spadaro, directeur de la revue, me fait parler sur les orientations du pape François dans la perspective du synode des évêques sur la famille de l’automne prochain. Comme les médias se précipitent déjà pour donner des citations partielles et partiales de mes propos, je vous envoie une traduction en français que j’ai faite moi-même. Comme cela vous pourrez juger par vous-mêmes.

JMG

Version originale italienne parue dans La Civiltà Cattolica, 2015 II 493-510, n° 3959 (13 juin 2015).

Église de purs ou « nasse », c’est-à-dire filet contenant pêle-mêle de bons et de mauvais poissons, comme dit saint Augustin ? Telle est la question que j’ai dans l’esprit tandis qu’arrivent mes hôtes : le cardinal Christoph Schönborn et son frère dominicain Jean-Miguel Garrigues. Je les accueille dans mon bureau dans lequel domine le blanc, la couleur caractéristique des enfants de saint Dominique. Les Dominicains et les Jésuites ont été souvent dépeints ensemble, mais en conflit. L’histoire est impitoyable. Mais il est vrai aussi qu’il y a entre eux une profonde affinité, au point que plus d’un membre des deux ordres respectifs, à un certain moment de leur vécu vocationnel, se sont trouvés devant l’option de choisir la route d’Ignace ou celle de Dominique. Parmi eux, le Pape François lui-même.

Au cours de notre conversation sur l’Église, sur le moment que nous vivons, sur les difficultés et les défis à venir, prévaut un sentiment de réconfort et de confiance. Le cardinal et le professeur révèlent dans leur conversation le trait acéré de l’intellectuel et la passion de la sollicitude pastorale. Les deux, de manière différente, ont vécu pleinement ces deux dimensions. Le premier comme archevêque de Vienne, le second comme fondateur, avec d’autres frères, de fraternités monastiques paroissiales des diocèses d’Aix-en-Provence et de Lyon. Le cardinal Schönborn me présente à son frère, ami et condisciple, puis me laisse parler avec lui.

Le nom du P. Jean-Miguel Garrigues, uni à son italien parfait, laisse deviner une variété de racines culturelles et géographiques. Il est né à Istanbul en 1944 dans une famille de diplomates espagnols. Il entre chez les Dominicains français en 1963. Il étudie au Saulchoir en vue de la licence de Philosophie et de Théologie. Ordonné prêtre, il passe une année d’études à la Faculté de Théologie Orthodoxe de Thessalonique, puis il rejoint l’Institut Catholique de Paris, où il soutient une thèse de doctorat sur Maxime le Confesseur.

Professeur de théologie, il a assumé diverses charges. Rappelons qu’entre 1989 et 1992 il a secondé en qualité d’expert l’actuel cardinal Schönborn dans la rédaction du Catéchisme de l’Église Catholique.

De 2000 à 2014, il a participé, sous la direction des cardinaux dominicains Cottier et Schönborn, au dialogue entre des catholiques et un groupe de Juifs messianiques. Il enseigne actuellement la théologie patristique et dogmatique à l’Institut Supérieur Thomas d’Aquin, au Studium dominicain de Toulouse et au séminaire d’Ars. Il vit donc auprès du tombeau de saint Thomas et enseigne dans un lieu prestigieux d’études thomistes. Il a publié une douzaine de livres de dogmatique, de patristique, d’œcuménisme et de théologie du politique. Nombreux sont ses articles dans des revues comme La Revue Thomiste, La Nouvelle Revue Théologique, Nova et Vetera, Communio. Depuis 2005, il est membre correspondant de l’Académie Pontificale de Théologie de Rome.

Le P. Garrigues professe d’emblée sa sympathie pour la tradition des Jésuites : « J’ai une énorme dette envers de Lubac, dit-il. Je l’ai rencontré à Paris dans les années soixante-dix, grâce à son amitié avec le Dominicain qui dirigeait ma thèse de doctorat, le P. Le Guillou. Ce fut pour moi une immense joie d’avoir écrit récemment une longue introduction au volume de ses œuvres complètes contenant sa correspondance avec Jacques Maritain. J’avais également rencontré ce dernier, à Toulouse, dans la dernière année de sa vie. Pour moi, il a été un maître intellectuel et spirituel ».

Et les historiques divergences théologiques entre les Dominicains et les Jésuites ?

Ce conflit a été une manœuvre diabolique pour priver l’Église des fruits de la complémentarité entre nos charismes respectifs. Nous, nous prêchons, soucieux avant tout d’exposer avec précision la Parole de Dieu et sa Sacra Doctrina. Vous autres, les Jésuites, vous êtes des missionnaires et des éducateurs dans le sens le plus large du terme, désireux d’aider les âmes à recevoir cette Parole. Nos charismes respectifs sont l’un et l’autre à chaque extrémité de la même communication mystérieuse de la Parole de Dieu.

Vous connaissez donc la mystique des Jésuites et les Exercices spirituels ?

Ce fut la lecture de Maritain qui m’a introduit aux écrits mystiques de Lallemand, de Surin et de Caussade.

Mais ce sont précisément les auteurs préférés du pape François ! D’aucuns ont écrit qu’il est en train de faire faire des Exercices spirituels à l’Église d’aujourd’hui. Qu’en pensez-vous ?

Que peut nous donner de mieux un fils de saint Ignace de Loyola, l’auteur des Exercices Spirituels ? Vous avez raison : le Saint-Père est en train de remettre les croyants face aux exigences pratiques, c’est-à-dire évangéliques et théologales, de leur foi. Il est en train de nous faire faire des « exercices spirituels ». Il faut donc s’attendre à ce que cet exercice soit dérangeant pour un certain confort spirituel qui parfois marie gentiment, dans une plaisante mondanité, des opinions bien-pensantes et bien raides avec le contentement de soi et la complaisance à juger autrui. D’autres applaudissent très fort à ce discernement des esprits par le pape en espérant qu’il va ramener les catholiques au subjectivisme et au relativisme moral. Ils ne devraient pas toutefois se réjouir trop vite. Ces dérives avaient exigé à partir de la fin des années 1970 que saint Jean-Paul II et Benoît XVI assurent à nouveau les fondamentaux de la foi face à une interprétation de Vatican II en termes de rupture de Tradition. Si le pape François peut se référer aujourd’hui à la réforme évangélique de l’Église, c’est parce qu’ont été fermement rappelés ces fondamentaux qui étaient menacés par une fausse interprétation relativiste de cet esprit. Gardons présent à l’esprit que, parmi les amis de cœur du nouveau pape, il y a des chrétiens évangéliques, tels ces pasteurs qu’il aime aller visiter, qui ne sont certes pas soupçonnables de libéralisme biblique ou de laxisme moral, bien au contraire.

Donc le Pape François est un pontife de la tradition authentique ?

En se penchant avec compassion sur les blessés de la vie familiale, le pape me semble en revanche renouer de fait avec une vieille tradition romaine de miséricorde ecclésiale envers les pécheurs. L’Église de Rome, qui dès le IIe siècle avait inauguré la pratique de la pénitence pour les péchés commis après le baptême, au IIIe siècle faillit provoquer un schisme de la part de l’Église d’Afrique du Nord, conduite par saint Cyprien, parce que celle-ci n’acceptait pas qu’elle réconciliât les lapsi, c’est-à-dire les apostats des persécutions, qui étaient bien plus nombreux hélas que les martyrs. Face au rigorisme des donatistes aux IVe et Ve siècles, comme plus tard face à celui des calvinistes et des jansénistes aux XVIe et XVIIe siècles, elle a toujours refusé une « Église des purs » au profit du « reticulum mixtum », c’est-à-dire de la « nasse mêlée » de justes et de pécheurs, dont parle saint Augustin dans son Psalmus contra partem Donati.

Je trouve intéressante cette référence à la tradition ecclésiale conjointe à la tradition du charisme ignacien. Elle implique une vision de l’Église, vous ne pensez pas ?

François est Pape en étant Jésuite. C’est pourquoi il est le fruit mûr d’une grande tradition spirituelle qui a elle aussi défendu cela contre le rigorisme de la Réforme et l’élitisme spirituel des Jansénistes. La vision de l’Église qu’a François est celle d’une Eglise pour tous, puisque – n’en déplaise à Port-Royal – le Christ est mort pour tous les hommes sans exception et non pour quelques uns. L’Église n’est donc pas un club sélect et fermé : ni celui d’un milieu social catholique par tradition, ni même celui des gens capables d’héroïsme vertueux. Pour cette Église aux portes miséricordieusement ouvertes, vous autres Jésuites avez reconquis pendant trois siècles une grande partie de l’Europe, passée au protestantisme, par une pastorale de la miséricorde et du Cœur de Jésus s’exprimant à travers la « théodramatique » baroque et la pédagogie pastorale de la casuistique. Le but a toujours été d’« aider les âmes » dans la situation concrète où le Seigneur les appelle.

Miséricorde et vérité sachant que la vérité « est » miséricorde…

Dans un contexte ecclésial, où les principes doctrinaux et moraux ont été raffermis par les deux grands papes qui l’ont précédé, le pape François renoue d’instinct avec elle, ne voulant plus fermer les yeux devant les détresses de tant de ses enfants. En même temps, comme on a pu le constater lors du dernier synode romain des évêques, il fait confiance à la dynamique ecclésiale pour trouver, peu à peu et parfois laborieusement, l’articulation entre la vérité des fondamentaux de la foi et la miséricorde pastorale pour les personnes.

Ne croyez-vous pas que dans notre discours ecclésial nous avons souvent tendance à parler en termes idéaux ? C’est bon, car cela nous aide à avoir une vision de référence. Je crois cependant que nous aurons à trouver des paroles bonnes pour des situations qui ne correspondent pas à un tel idéal. Ce qui ne correspond pas à l’idéal ne doit pas être jugé toujours de manière négative, mais comme étape d’un chemin. Voici ma question : peut-on valoriser une forme quelconque de gradualité ? Le point n° 11 de la Relatio Synodi me semble avoir vu juste en ce sens. Il est le cœur vivant de la Relatio, là où elle dit qu’il « faut accueillir les personnes, avec leur existence concrète, savoir soutenir leur recherche, encourager leur désir de Dieu et leur volonté de faire pleinement partie de l’Église, même chez ceux qui ont connu un échec ou qui se trouvent dans les situations les plus disparates ». Qu’en pensez-vous ?

Je crois que perdre l’intelligence des fondements du couple et de la famille, ce serait prétendre avancer sans boussole, gouverné seulement par une compassion affective condamnée à verser dans un sentimentalisme irréaliste. Par exemple, c’est une vérité incontournable que tous les chrétiens vivent sous la loi du Christ et qu’à tous s’applique l’indissolubilité du mariage. Il n’y a donc pas de « gradualité de la loi », une finalité morale qui varierait selon les situations du sujet. Toutefois, ce n’est pas nier ou relativiser cette vérité que de demander à ceux qui n’arrivent pas à suivre ce commandement du Christ, de ne pas ajouter au péché d’infidélité celui d’injustice, par exemple en ne payant pas la pension alimentaire à la suite d’un divorce civil. Comme disait le roi Louis XV à un courtisan qui se moquait de lui parce qu’il continuait à faire maigre le vendredi alors qu’il avait une maîtresse : « Ce n’est pas parce qu’on fait un péché mortel qu’il faut en faire deux ». Voilà où se situe la « loi de gradualité » qui invite les personnes qui, de fait, ne sont pas capables de rompre d’un seul coup avec un péché, à sortir progressivement du mal en commençant par faire la part de bien (encore insuffisante mais réelle) dont elles sont capables.

Il y a là une casuistique qui porte sur l’exercice progressif du bien et qui ne contredit donc en rien le principe qui veut que spécifiquement la loi naturelle et la loi du Christ s’appliquent également à tous les chrétiens.

Il faut donc éviter une pastorale du « tout ou rien » ?

C’est cela. La pastorale du tout ou rien semble plus « sûre » aux théologiens « tutioristes » mais conduit inévitablement à une « Église des purs ». En valorisant avant tout la perfection formelle comme une fin en soi, on risque malheureusement de recouvrir dans les faits bien des comportements hypocrites et « pharisaïques ». Le discernement du pape des Exercices spirituels ne peut pas ne pas l’amener à mettre le doigt dans cette plaie. Comme un bon médecin, il préfère risquer de faire mal plutôt que laisser le mal de l’orgueil spirituel se cacher sous un bien formellement vertueux.

Nous sommes ici bien loin du relativisme. Alors que certains semblent aujourd’hui effrayés par des dérives relativistes.

Le discernement si pénétrant du pape sur la dynamique personnelle de nos actes humains ne peut pas être banalement confondu avec le relativisme. Il serait insensé de confondre la « loi de gradualité », qui vise un exercice progressif et toujours finalisé de l’acte libre vers la vertu, avec le relativisme subjectiviste d’une « gradualité de la loi ». L’encyclique Veritatis splendor de saint Jean-Paul II a fermé définitivement dans l’Église l’entrée de cette impasse. Mais elle a laissé ouvert le chantier de l’exercice prudentiel de l’acte libre d’un homme pécheur qui, sauf grâce exceptionnelle, ne se moralise pas d’un seul coup.

On comprend bien la préoccupation de ce Pape face au développement de l’individualisme et du subjectivisme en matière morale. Dans l’encyclique il y a des paroles qui exigent une lecture attentive et sage.

On en a un bon exemple au n°52, où nous pouvons lire : « Les préceptes négatifs de la loi naturelle sont universellement valables, ils obligent tous et chacun, toujours et en toutes circonstances. En effet, ils interdisent un acte déterminé semper et pro semper sans exception ». Saint Thomas, en effet, distingue les certitudes et les méthodes spéculatives, des méthodes et certitudes morales. Dans les choses spéculatives, la vérité ne souffre aucune exception, ni dans les cas particuliers, ni dans les principes généraux. La raison pratique, c’est-à-dire la morale, s’occupe cependant des réalités contingentes. Les principes généraux sont toujours universels, mais plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre d’exceptions. Toujours dans la Somme de Théologie, il affirme à la suite qu’il peut y avoir des modifications à la loi naturelle, dans tel cas particulier et à titre d’exception en raison de certaines causes spéciales.

La question que l’on se pose alors c’est : qui détermine les exceptions ? Nous avons besoin de mieux comprendre, nous avons besoin d’images plus claires qui nous parlent de notre cheminement.

Vous parlez d’images et j’en ai une à l’esprit qui me semble très efficace. Ne souriez pas, mais je fais allusion à un instrument cher aux automobilistes : le GPS, ou assistant de navigation. Quand nous devons nous rendre quelque part, nous introduisons une adresse dans le navigateur, n’est-ce pas ?

C’est bien cela. Mais que vient faire là le GPS ?

Laissez-moi vous le dire. La prémisse théorique pour l’usage de cette métaphore c’est que les principes moraux qui concernent des fins inhérentes à l’être humain ne sont pas des buts que chacun se choisit comme il veut. Ceux-ci expriment en fait des finalités de la vie humaine qui sont intermédiaires par rapport à la fin ultime qu’est Dieu lui-même. L’Église les discerne de manière progressive, homogène et irréversible dans le développement de sa doctrine morale. Mais cette finalité rejoint chaque homme, à la fois en nature et en grâce, en l’attirant vers Dieu dans sa liberté personnelle. Si nous répondions tous comme la Vierge Marie, notre vie correspondrait au premier itinéraire que le GPS nous indique pour aller à l’adresse indiquée.

Mon expérience, en effet, est que parfois je prends un mauvais chemin, car je ne comprends pas bien les indications du GPS, ou parce que je suis distrait, ou bien parce qu’il y a une route barrée.

C’est exactement ce que j’allais vous dire. Nous savons que « tous ont péché » (Rm 5, 12) et que, comme dit sainte Thérèse de Lisieux, « nous sommes tous capables de tout ». Nous sommes pécheurs et nous ne répondons donc certainement pas comme la Vierge Marie. Or, que fait le GPS quand nous dévions de l’itinéraire indiqué pour rejoindre l’adresse ? Il ne nous demande pas de revenir au point de départ pour reprendre le premier itinéraire qu’il nous a indiqué. Il nous propose aussitôt un itinéraire alternatif à partir de la situation où nous nous trouvons.

Mais certainement, je comprends maintenant…

Voilà : de manière analogue, chaque fois que nous dévions par notre péché, Dieu ne nous demande pas de revenir à notre point de départ, car la conversion biblique du cœur (métanoia) n’est pas un retour (epistrophè) platonicien au commencement, mais Il nous réoriente vers Lui-même en nous traçant un nouveau chemin vers lui. On remarquera que, pas plus que l’adresse ne change dans le GPS, les fins morales ne changent dans le gouvernement divin. Ce qui change (ô combien !) c’est la marche de chaque personne dans son libre cheminement vers la moralisation théologale et ultimement vers Dieu. Pensons au nombre d’itinéraires alternatifs que le GPS divin a dû indiquer au Bon Larron avant le raccourci ultime et suprêmement dramatique de la croix.

Je vous remercie pour cette image très efficace pour sa force d’explicitation. Michael Fuller, théologien et chimiste organique, a écrit que les théologiens peuvent observer utilement les évolutions technologiques pour découvrir quelles métaphores et quelles analogies peuvent nourrir la pensée théologique. Cette image que vous avez utilisée est l’une d’elles. Vous voyez donc ainsi la valeur et la signification véritable de la loi de gradualité comme dynamique de la conversion personnelle, qui trace à chaque fois un parcours personnel, lequel reste cependant toujours finalisé par les mêmes fins morales et théologales.

Vous le savez bien comme Jésuite. Car c’est la même chose qui se produit à partir du charisme ignacien pour « aider les âmes », comme disait saint Ignace. Ce charisme d’aide se manifeste dans le comportement et dans les paroles du Pape François. Il m’apparaît comme une coopération avec cette Providence divine qui nous rejoint à chaque fois dans le concret de notre situation personnelle, à la fois intérieure et extérieure. C’est pourquoi perdre de vue ce gouvernement miséricordieux de Dieu notre Père, c’est désincarner les fins morales en un corpus idéal de type platonicien qui ne nous saisit pas dans notre vie et que l’on risque donc de défendre surtout pour des motifs non évangéliques, comme s’auto-affirmer (soi-même et son milieu) en condamnant les faibles qui n’arrivent pas à l’appliquer. C’est oublier surtout que la morale qu’enseigne l’Église est une sagesse pratique qui fait vivre, non pas un « pharisaïsme » qui s’auto-justifie en jugeant les autres. C’est enfin risquer d’apparaître aux incroyants, même à ceux de bonne volonté, comme une secte aux convictions fanatiques.

Bien sûr, ce que vous dites a des conséquences et des reflets dans la vie chrétienne, sur la manière par exemple de comprendre le témoignage chrétien, même celui des mouvements d’Église, et la forme de la mission qui justement ne doit pas devenir du fanatisme.

Oui, partons d’une considération : le pape saint Jean-Paul II, de manière prophétique, et le pape Benoît XVI, de manière magistrale, ont l’un et l’autre suscité ce que l’on a appelé la « génération JMJ », la génération des Journées Mondiales de la Jeunesse. Celle-ci a été particulièrement significative et active par son rôle dynamique de minorité significative proposant un comportement moral alternatif au relativisme permissif des sociétés « postchrétiennes ». Toutefois, après le temps où les Papes ont encouragé la naissance et la première croissance de cette génération, vient le moment du discernement, exigé entre autres, et de manière parfois urgente, par des crises dans certains de ces mouvements et communautés. En effet, nés dans une société postchrétienne, ils ne sont pas sans porter certains traits de la situation à laquelle pourtant ils s’opposent dans la morale de la famille et de la vie : ne serait-ce que le souci d’efficacité et de visibilité qui peut conduire à des comportements de marketing spirituel, de recherche du spectaculaire et d’un jeunisme qui se pose en s’opposant à la génération précédente, celle du concile Vatican II, parfois au nom d’un traditionalisme d’ailleurs plus rêvé que réel. Le discernement ignacien du pape François n’a pas manqué de remarquer dans leur comportement ecclésial des traits à corriger pour que le prophétisme de leur témoignage, souvent admirable et parfois héroïque, ne soit pas parasité subrepticement par des motivations non évangéliques. La plus grave serait de se poser en parangon arrogant de vertu familiale pour les autres, en jugeant implicitement ceux qui n’arrivent pas à faire comme eux et en étant incapables de voir et d’accueillir la part de bien qu’il y a néanmoins dans la vie de ceux-ci, au lieu de les aider à porter leur fardeau comme le demande saint Paul (Ga 6, 2).

Je remarque cependant que certaines voix se disent inquiètes pour le respect de la doctrine. Je me réfère, par exemple, à la manière dont a été reçu le débat synodal. J’ai pris part au Synode et je peux attester que pas un instant la doctrine n’a été mise en question. Bien au contraire, un élément intéressant du Synode a été justement la liberté de discuter sans « mettre en question ». Par delà le débat correct et libre, je remarque cependant avec préoccupation que quelque personne et quelque groupe s’expriment avec des accents violents, agressifs, à grand éclat. Un des points qui a inquiété certains, par exemple, c’est qu’il ait été dit qu’il peut y avoir quelque bien humain même chez des personnes qui vivent des situations irrégulières.

Il est en effet significatif que l’un des points qui a suscité le plus de trouble, c’est l’affirmation qu’il peut y avoir du bien humain chez des personnes qui sont dans des unions de fait qui, soit ne sont pas assimilables au mariage comme les unions homosexuelles, soit ne réalisent qu’imparfaitement ses réquisits comme les unions civiles, unions comportant un ou deux divorcés remariés. On mesure là combien un certain jansénisme risque de se glisser chez les tenants d’une « Église de purs ».

Que dirait aujourd’hui saint Thomas d’Aquin ?

Pour saint Augustin, qui se dresse contre le pélagianisme, sans la grâce – que ce soit en pensée, en vouloir, en amour ou en action – les hommes ne font absolument aucun bien. Saint Thomas d’Aquin, lui, même s’il s’accorde avec saint Augustin sur l’impossibilité d’une vie moralement bonne sans la grâce, a une position bien plus nuancée en distinguant la moralité de l’existence personnelle de celle de tel ou tel des actes de la personne. Dans le traité de la foi de la Somme de théologie, il se pose la question de savoir si toute action des infidèles est un péché. Et il répond ceci en se fondant sur le cas du centurion Corneille en Ac 10, 31 : « Les actions des infidèles ne sont pas toutes des péchés, mais quelques unes sont bonnes ». Et il précise en disant que, puisque « le péché mortel ne gâte pas totalement le bien de la nature », « l’infidèle peut aussi faire une bonne action dans ce qu’il ne rapporte pas à l’infidélité comme à une fin ». Pour saint Thomas, même si sans la grâce nous ne pouvons pas faire « tout le bien » qui est dans notre nature, car elle est blessée en n’étant plus ordonnée à sa fin ultime, nous pouvons néanmoins poser des actes moralement bons dans tel ou tel domaine de notre vie, sans que celle-ci devienne pour autant moralement bonne dans sa finalité personnelle. Cela permet de comprendre par exemple le paradoxe de ces criminels qui peuvent se comporter parfois ponctuellement en bons pères de famille.

Nous parlons de ce que saint Thomas et la théologie classique appellent la « grâce opérante », par laquelle Dieu conduit le pécheur à la justification, mais que celui-ci peut aussi refuser. On pense à ce que dit le Concile de Trente dans son décret sur la justification.

Saint Thomas reconnaît que la justification n’est pas miraculeuse et que sa préparation peut demander du temps et une collaboration de l’homme qui, si elle n’est certes pas méritoire, constitue néanmoins une coopération avec la grâce opérante et sous sa motion pour disposer l’âme à la justification. Comme la grâce opérante prévient tout homme que Dieu veut sauver, cette préparation à la justification, pour peu que les pécheurs se laissent disposer, produit sans cesse, en s’appuyant sur ce qui dans leur humanité est moins abîmé, des actes bons qui, sans être méritoires puisque non encore mus par la charité, maintiennent par la miséricorde de Dieu des pans de bien naturel dans les personnes, les familles et les sociétés.

Vous retenez donc que c’est ainsi qu’il faut entendre et expliquer l’affirmation faite au Synode des évêques qui a inquiété les tenants du « tout ou rien ».

Exactement. La théologie de la préparation progressive à la justification et de ce que nous avons appelé le GPS divin permet de donner une interprétation de la loi de gradualité qui la met à l’abri d’être interprétée comme une gradualité de la loi dans une morale subjectiviste de situation que le Magistère a écartée. Elle permet aussi de comprendre que, la personne humaine n’étant pas déterminée dans son conditionnement, des hommes peuvent répondre à la grâce salvifique du Christ qui les attire vers la charité alors même qu’ils sont dans des structures mentales et sociales imparfaites par rapport à la vérité. Des hommes peuvent cheminer vers le salut du Christ en accomplissant une part non négligeable de bien moral dans une union imparfaitement matrimoniale, voire dans une union radicalement non matrimoniale. Si ces personnes ne sont pas sanctifiées par ces unions de fait, elles peuvent l’être dans ces unions par tout ce qui en elles dispose à la charité à travers l’entraide réciproque et l’amitié. Tous ceux qui ont côtoyé des divorcés remariés civilement et des couples homosexuels ont pu souvent constater ce dévouement parfois héroïque, par exemple en cas d’épreuves physiques ou morales. En quoi le fait de nier cela rendra-t-il plus forts nos certitudes et notre témoignage à la vérité ?

Le point le plus important dans ce que vous me dites c’est que, nous autres catholiques, nous devons trouver une manière positive d’affirmer nos certitudes morales, au lieu de nous arrêter au jugement, lequel glisse si facilement de l’acte à son auteur. Si nous croyons vraiment que le chemin que l’Église nous trace à la suite du Christ est un chemin de vie et de vrai bonheur, notre certitude n’a pas besoin de condamner et de repousser ceux qui ne la partagent pas ou n’arrivent pas à vivre en conformité avec elle.

En effet, on ne voit pas en quoi une pastorale plus miséricordieuse pour les « faibles » pourrait faire que les couples « forts » et parfois héroïques puissent se sentir moqués et méprisés. Si c’est le cas, c’est que leur vertu est trop fondée sur le contentement de soi et, en conséquence, est une « œuvre morte », car privée de charité. La charité s’exprime au contraire en miséricorde, en étant capable de rejoindre fraternellement celui qui avance à tâtons sur le chemin de sa vie, de reconnaître la part de bonté qui reste en lui et de porter avec lui un peu de son fardeau. N’est-ce pas à cela que nous appelle le pape François dans ces fameux exercices spirituels qu’en bon Jésuite il est en train de nous prêcher chaque jour ?

Dans le temps qui nous sépare du prochain synode, nous les croyants devons prier pour que l’Église trouve comment mieux témoigner de ses certitudes, avec rigueur vis-à-vis de la vérité du Christ, mais sans que celle-ci se traduise en raideur. Nous devons être attentifs à sauver ceux qui se perdent et n’être pas seulement préoccupés à ne pas perdre ceux qui se sauvent.

La raideur doctrinale et le rigorisme moral peuvent conduire, même les théologiens, à des positions extrémistes qui défient le sensus fidei des fidèles et même le simple bon sens. Une récente chronique journalistique cite avec éloge la lettre d’un théologien américain où celui-ci profère ces affirmations insensées sur la gravité respective de la contraception et de l’avortement : « Quel est, dans ce cas, le mal le plus grave ? Est-ce de prévenir la conception – et l’existence – d’un être humain doté d’une âme immortelle, voulu par Dieu et destiné au bonheur éternel ? Ou bien est-ce d’interrompre le développement d’un enfant dans le sein de sa mère ? Un tel avortement est certainement un mal grave et il est qualifié par Gaudium et spes de "crime abominable". Mais il existe quand même un enfant qui vivra éternellement. Tandis que, dans le premier cas, un enfant que Dieu voulait voir venir au monde n’existera jamais ». Avec un tel raisonnement on retient donc l’avortement comme plus acceptable que la contraception. Incroyable !

Oui, je partage votre jugement. J’ai lu moi aussi ces paroles et je suis resté bouleversé par leur caractère lucidement insensé.

Ce n’est pas par hasard si un tel raisonnement procède d’un représentant de la partie la plus dure du courant « tutioriste », opinion par ailleurs condamnée en 1690 par le Saint-Office, qui s’oppose à l’approche plus nuancée du pape François, lequel prend davantage en compte les cas particuliers. Je pense que ce même courant a demandé que l’on retire de la déclaration finale du synode sur la famille en octobre 2014 la référence à la « loi de gradualité », laquelle doit certes être expliquée comme gradualité de l’exercice du sujet et distinguée d’une « gradualité de la loi » dans sa spécification. Mais elle se trouvait déjà de manière significative dans l’exhortation apostolique post-synodale de saint Jean-Paul II Familiaris consortio (1981) et elle est appliquée en pratique par la plupart des confesseurs et directeurs spirituels qui veulent accompagner pastoralement ceux que saint Jean-Paul II appelait « les blessés de la vie ».

Et il me semble que ce raisonnement est semblable à celui de ceux qui s’étaient déjà scandalisés jadis quand des missionnaires, exposées dans certaines régions du monde en guerre au danger d’être violées, avaient été autorisées à prendre à l’avance la pilule contraceptive. D’après eux toute relation sexuelle, quelles qu’en soient les circonstances, même de viol, doit rester ouverte à la fécondité, car Dieu peut vouloir ainsi faire venir une nouvelle âme à la vie.

Oui, et ce sont les mêmes qui ont demandé que saint Jean-Paul II, dans son encyclique Veritatis splendor (1993), formule comme dogme que « tuer un innocent est toujours un crime quelle que soient les circonstances de l’acte ». Jean-Paul II ne l’a pas fait car, une formule dogmatique irréformable ne pouvant comporter de considérations ni d’exceptions, il aurait du même coup délégitimé la doctrine catholique de la légitime défense, laquelle peut comporter la mort d’innocents dans des actes à double effet dans des dégâts collatéraux. C’est toujours le même courant qui a critiqué plus récemment l’opinion personnelle de Benoît XVI dans son livre non-magistériel La Lumière du monde (2010) parce qu’il avait dit : « Dans certains cas, quand l’intention est de réduire le risque de contamination, l’utilisation du préservatif peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement. Il peut y avoir des cas individuels, comme quand un homme prostitué utilise un préservatif, où cela peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité permettant de prendre à nouveau conscience que tout n’est pas permis et que l’on ne peut pas faire tout ce que l’on veut ». Pour les contradicteurs du pape Benoît XVI, le préservatif est intrinsèquement mauvais indépendamment de toute considération des circonstances de son utilisation.

On remarque la même peur contre toute considération des circonstances des cas d’espèce, par peur "tutioriste" que cela puisse affaiblir l’obéissance à la bonne doctrine générale…

Il ne faut en aucun cas supprimer par « tutiorisme » la gradation entre diverses fautes morales sous prétexte qu’elles sont toutes des péchés mortels ; ni non plus, comme on l’a vu plus haut, déclarer plus grave le péché qui l’est moins sous prétexte qu’il est le plus répandu et qu’il peut donc socialement amener à accepter l’autre. C’est une forme de « conséquentialisme » social aussi détestable que le « conséquentialisme » individuel condamné par Veritatis splendor. Il conduit à professer une aberration manifeste. Non, ce n’est pas la position la plus raide et la moins miséricordieuse qui est moralement la plus sûre.

Mais alors, d’après vous, est-il vraisemblable que le Synode des évêques puisse en définitive menacer la doctrine catholique du mariage et de la famille confirmée par saint Jean-Paul II et par Benoît XVI ?

C’est totalement invraisemblable. Le Pape cherche de manière manifeste à ce que la justice s’accompagne d’une application plus équitable et que la fermeté sur les principes aille de pair avec la miséricorde pour les personnes dans leur cheminement particulier. Quand Saint Thomas, dans le traité de la justice de la Somme de théologie, parle de l’équité, qu’il appelle à la suite d’Aristote épieikeia, mot qui dans le Nouveau Testament a pris le sens de modération (cf. Ph 4, 5) et d’indulgence (1 P 2, 18), il la présente comme « la partie la plus éminente de la justice légale ». Il s’explique : « Parce que les actes humains pour lesquels on porte des lois consistent en des cas singuliers et contingents, variables à l’infini, il a toujours été impossible d’instituer une règle légale qui ne serait jamais en défaut. Or les législateurs, attentifs à ce qui se produit le plus souvent, ont porté des lois en ce sens. Cependant, en certains cas, les observer va contre l’égalité de la justice et contre le bien commun visé par la loi ». Dans ces cas, dit-il, « le bien consiste en négligeant la lettre de la loi, à obéir aux exigences de la justice et du bien public ». Il appartient au synode et au Saint Père de dire jusqu’où l’Église peut aller pour aider des cas particuliers de naufragés du mariage dans une ligne où l’équité devient plus nettement épieikeia c’est-à-dire, d’après le Nouveau Testament, indulgence.

Vous avez été prêtre en paroisse, vous avez cette expérience. Suggérez-vous de prendre en considération quelque cas concret et spécifique qui ne pourrait pas bénéficier de l’équité stricte dont nous venons juste de parler ?

Oui, je pense à un couple de fait dont l’un des membres a été précédemment marié, couple ayant des enfants et une vie chrétienne effective et reconnue. Imaginons que le partenaire précédemment marié ait soumis son mariage à un tribunal ecclésiastique lequel a conclu à l’impossibilité de prononcer la nullité faute de preuves suffisantes, alors que lui-même est convaincu du contraire sans avoir les moyens de le prouver. Sur la base de témoignages de leur bonne foi, de leur vie chrétienne et de leur attachement sincère à l’Église et au sacrement du mariage, en particulier par un prêtre accompagnateur éprouvé, l’évêque diocésain pourrait les admettre dans la discrétion à la pénitence et à l’eucharistie sans prononcer une nullité de mariage. Il étendrait ainsi à ces cas une dérogation ponctuelle au titre de la bonne foi que l’Église donne déjà aux couples de divorcés qui s’engagent à vivre dans la continence. Remarquons que dans ce dernier cas il s’agit déjà bien d’une épieikeia, car si la continence lève le péché d’adultère, elle ne supprime pas pour autant la contradiction objective entre rupture conjugale avec formation de nouveau couple – vivant donc dans des liens affectifs et de vie commune – et eucharistie.

Quel autre cas vouliez-vous me proposer ?

L’autre type de situation est incontestablement plus délicat. C’est celui d’un couple de fait où, après le divorce et le mariage civil, le ou les partenaires divorcés ont vécu une conversion à une vie chrétienne effective, dont peut témoigner entre autres un père spirituel. Ils croient néanmoins que leur mariage sacramentel en était vraiment un et, si c’était en leur pouvoir, ils essaieraient de réparer sa rupture, car ils ont une sincère repentance ; mais ils ont des enfants et par ailleurs ils ne se sentent pas la force de vivre dans la continence. Que faire dans ce cas ? Doit-on exiger d’eux une continence qui, dans leur cas, serait téméraire sans un charisme particulier de l’Esprit ?

Dans les deux cas de figure que vous avez examinés, il me semble qu’il ne s’agit pas de contourner l’indissolubilité du mariage. Au contraire, dans ces deux cas spécifiques, les personnes concernées reconnaissent et acceptent l’indissolubilité du mariage sacramentel et n’ont aucun mépris de la loi. Ils ne demandent pas à l’Église de reconnaître leur couple comme un mariage, mais de leur permettre de poursuivre de la meilleure manière leur vie chrétienne par une vie sacramentelle complète.

Pour l’Église il s’agirait donc d’une dérogation ponctuelle à une discipline traditionnelle, fondée certes sur la très haute convenance sacramentelle entre eucharistie et mariage, en raison soit d’un doute vraisemblable sur la validité du mariage sacramentel, soit d’un impossible retour, de facto mais non de désir, au statu quo matrimonial antérieur au divorce. Dans les deux cas, cette dérogation interviendrait en faveur d’une vie chrétienne solidement établie. Cette épieikeia d’indulgence irait dans le sens de l’oikonomia des Pères de l’Église entre le Ier et le Ve siècle avant que la pression mondaine des empereurs byzantins ne la fasse s’étendre en Orient (concile In trullo, VIIe siècle) jusqu’au remariage des divorcés. Ces cas sont douloureux, mais relativement rares. Nombreux sont en revanche les cas de couples très marginaux par rapport à la vie chrétienne et à la pratique religieuse qui réclament à grand tapage médiatique un changement de la discipline de l’Église à l’égard des divorcés remariés, avant tout pour que celle-ci donne une reconnaissance sociale à leur nouvelle union en acceptant d’une manière ou d’une autre le principe du remariage après divorce. Légiférer pour eux en risquant de compromettre le sens du mariage fidèle et indissoluble, que bien des couples chrétiens vivent non sans effort, serait encourager une autre forme de cette « mondanité spirituelle » que discerne à juste titre le Saint-Père. Je la définirais comme « mondanité religieuse ».

Quelle est donc l’attitude pastorale adéquate ? Comment la caractériseriez-vous ?

« Avoir l’esprit dur et le cœur tendre. » Cette parole bien connue de Jacques Maritain à Jean Cocteau, qui hantait l’héroïque Sophie Scholl en 1943 avant son exécution dans une prison nazie, me vient à l’esprit à propos du synode des évêques. À ce sujet, j’ai envie de filer la métaphore de Maritain et de dire à mon tour aux catholiques : n’ayons ni l’esprit dur avec un cœur sec, ni le cœur tendre avec un esprit mou. Car ce sont bien ces deux attitudes qui tendent aujourd’hui à s’affronter dans une dialectique stérile.

D’un autre côté, il semble que certains n’ont pas retenu comme nécessaire que le Synode rappelle de nouveau les fondamentaux, naturels et surnaturels, du mariage et de la famille, assumés et enseignés par le Magistère antérieur.

Peut-être les considèrent-ils suffisamment connus et même trop ressassés par le passé ; mais il apparaît en filigrane à travers leur discours qu’en fait ils les trouvent gênants et « trop théoriques », car ils craignent qu’ils n’entravent l’attitude compassionnelle et pédagogique de la démarche pastorale. De ce fait, ils sont à leur tour soupçonnés de faire le lit du relativisme moral par les tenants de la ligne doctrinale. Ceux-ci sont à leur tour victimes d’une autre peur : que l’Église puisse abandonner ces vérités fondamentales. Dans le contexte flou de nos sociétés occidentales, ces personnes peureuses ne veulent pas que le Magistère, occupé par la profusion de cas limites, risque d’affaiblir la certitude des principes dans l’âme des fidèles. Ils sont soupçonnés de leur côté par les autres de formalisme idéaliste et déconnecté de la vie et de la souffrance des hommes.

***

À la fin de notre échange, nous sommes pleinement d’accord sur le fait que le témoignage que les chrétiens sont appelés à donner est celui du Dieu de vérité, du Miséricordieux. « Il faut prier le bienheureux Paul VI », me dit Garrigues. « Que ce bienheureux pontife, poursuit-il, intercède pour que les catholiques sortent de cette dialectique stérile venue de leurs peurs opposées, pour aller vers une sagesse intégratrice et ordonnatrice où, comme dit le Psaume, "amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent" ».

Il me vient à l’esprit le feu de Pentecôte, l’effusion de l’Esprit qui nous fait revivre les origines de l’Église. « Par cette effusion les disciples ont été complètement transformés ; à la peur succède le courage, l’enfermement cède la place à l’annonce » a dit le Pape François après le Regina Caeli du 24 mai dernier. « À personne – a poursuivi le Pape – l’Église ne claque la porte au nez, à personne ! Pas même au plus pécheur, à personne ! Et cela par la force, par la grâce de l’Esprit Saint. La mère Église ouvre, toutes grandes, ses portes à tous, parce qu’elle est mère ».

Messages

  • Une réflexion lumineuse à étudier et à faire connaître.

    Il serait bon que FC lui donne la répercussion qu’elle mérite.

    Il s’agit d’un excellent antidote au pharisianisme qui menace toujours à l’intérieur de l’Eglise et, plus généralement, à la campagne insidieuse de diffamation qui continue d’être menée contre l’Eglise post-conciliaire y compris dans ce forum lorsqu’elle est accusée d’avoir abdiqué devant le relativisme...

    Ce texte permet de comprendre ce qui différencie le discours éthique de l’Eglise catholique du discours infiniment plus rigide de l’Eglise orthodoxe russe, lequel est susceptible d’entretenir un fanatisme chrétien, notamment contre les personnes homosexuelles.

    • Tout le monde se souvient, peut-être, de l’histoire du premier aviateur qui, ayant "crevé" le mur du son avec son nouvel aéronef, déclare fièrement à son retour sur le tarmac :"Je suis arrivé demain !"... Nous y voilà : immanquablement on se démène et on se déchaine à se dépêcher jusqu’à essoufflement pour être le premier à déposer son paquet de fines appréciations, après tout pourquoi pas, puisque c’est la preuve qu’on n’a apparemment rien d’autre à faire. Tant mieux pour les champions émérites de mach 2 qui sont ainsi toujours "arrivés demain". On pourrait même croire qu’ils ne s’extirpent jamais du cockpit.

      Pauvre de moi qui, après avoir pris connaissance de cet entretien tout d’abord en italien dans "Civiltà Cattolicà", me disposais, bien des heures plus tard, à lire avec la même patiente attention la version française ci-dessus ; j’ai eu comme l’impression d’arriver au bout de ce long parcours dans la limousine Dion de Bouton roulant à 30 à l’heure de mon grand-père. Et en me demandant comment un tel plat de résistance avait pu être englouti avant 10h07 du matin.

      J’aperçois un message, déjà ?!, et je commence à le lire.
      Voici que cet entretien est qualifié d’"excellent antidote au pharisaïsme qui menace toujours à l’intérieur de l’Eglise....y compris dans ce forum". Puis débarque comme d’habitude l’aimable comparaison-division entre les discours respectifs de "l’Eglise catholique et de l’Eglise orthodoxe russe", ce dernier discours qualifié de "susceptible d’entretenir un fanatisme chrétien.....".

      Conclusion : j’ai dû remettre à plus tard la lecture attentive, en français, de cet entretien d’une portée certaine. Et je termine donc ma contribution non sans avoir auparavant nettoyé l’écran de mon ordinateur entâché de projections de bile verdâtre nauséabonde.

      Que le Seigneur me pardonne, mais j’ai comme une honte à me reconnaitre ce que je suis : enfant de l’Eglise catholique, face à tout ce qui ressemble fort à un "pharisaïsme" insupportable de suffisance et à un non moins haïssable "fanatisme" chrétien romain.

      Quand donc ce forum de FC cessera-t-il d’être utilisé comme réceptacle de tant d’insinuations et d’injures qui n’ont rien de "lumineux". Moi aussi je formule le voeu que les appréciations du message ci-dessus auront la chance de bénéficier de la "répercussion qu’elles méritent" elles aussi. Il est évident que ce soir j’aurais beaucoup beaucoup de mal à prononcer toutes les phrases de cette belle prière qu’est le "Notre Père"...

    • 1. Gemayel, je constate que mes propos vous indisposent plus que les miasmes anti-conciliaires qui traînent sur ce forum. Vous avez l’épiderme trop fragile pour opérer sur un forum où les règles du débat sont différentes de celles que vous pouvez faire régner dans votre salon, et en revanche l’odorat trop peu sensibilisé à certaines odeurs...

      2. Le texte de Jean-Miguel permet de rappeler une vérité essentielle au débat sur la liberté : la "loi de gradualité" ne doit pas être confondue avec la "gradualité de la Loi" (relativisme éthique). L’Eglise catholique n’a pas plus abdiqué devant le relativisme éthique, comme d’aucuns l’insinuent sur ce forum, qu’elle ne se range dans le camp des "intransigeants de la Loi" comme d’autres voudraient qu’elle le fasse en une sorte de Sainte Alliance entre les intransigeants latins et les intransigeants orthodoxes. Ces intransigeants sont, d’ailleurs, souvent plus attachés à l’apparence de respect d’un ordre moral qu’à l’authenticité du comportement éthique des personnes.

      Il me semble que le Magistère catholique ne préconise pas une "éthique de la répression" ou une "éthique de l’exclusion" qui serait en fait une éthique de la régression vers un ordre moral chrétien prescriptif comme il peut encore y avoir un ordre moral islamique prescriptif et répressif. L’Eglise catholique préconise en revanche, à mon avis, une éducation à l’éthique et donc une éducation de la conscience, chacun devant être accompagné "là où il se trouve" (parce que le Christ attend chacun là où il en est de son cheminement personnel, aussi éloigné soit-il de la Vérité). Personne ne doit être exclu, chacun doit pouvoir être accueilli et accompagné. D’où l’importance de la question des personnes divorcées dans les débats du synode sur la famille en vue d’ouvrir nos paroisses à des personnes qui s’en tiennent éloignées souvent parce qu’elles s’estiment "pestiférées"...

      3.En outre, il y a à mes yeux une véritable continuité entre liberté personnelle et liberté politique. Une fausse conception de l’éthique et de la liberté personnelles ne peut pas produire une bonne éthique de la liberté politique au niveau du corps politique et réciproquement, la négation ou la répression de la liberté politique finit par faire dépérir la liberté individuelle et le sens de la conscience.

      C’est la raison pour laquelle, à mon avis, l’éthique catholique commande de rejeter tout aussi bien les dérives du relativisme éthique dont les personnes et la société politique sont percluses en occident, avec les résultats désastreux que l’on constate chez nous, que la résurgence d’un ordre pseudo-moral et pseudo-démocratique soit-disant fondé sur les valeurs chrétiennes dont la Russie de Poutine se fait le champion en Europe.

      Les deux voies sont en fait des impasses, car toutes deux méconnaissent la liberté authentique des personnes et des peuples, qui nécessitent que chacun, personne ou peuple, puisse progressivement et en toute liberté, mais une liberté éclairée par le débat éthique et donc un authentique débat intime ou démocratique associant toutes les famillles de pensée, s’orienter vers le bien et vers le juste.

      4. Comme on le voit en islam, une fausse conception de la liberté individuelle ne peut pas déboucher sur une saine conception de la liberté politique. Et comme on le voit en Russie, une fausse conception de la liberté politique, qui a des conséquences tragiques en Ukraine, ne peut pas favoriser une saine conception de la liberté individuelle, liberté qu’elle étouffe en réalité.

      Je maintiens que loin de se démarquer de cette spirale d’erreur, l’Eglise de Moscou l’entretient et la cautionne sinon par son adhésion officielle du moins par ses silences. Ce n’est pas la "diaboliser" mais relever ce qui manque à une Eglise qui n’a pas vécu du concile Vatican II, et qui ne vit pas de ce concile. On ne peut penser la liberté de la personne et la liberté politique qu’en partant de la dignité native et originaire, inaliénable, de la personne humaine : "L’homme n’est pas... un élément inerte de la société qu’il faut pousser de l’extérieur ou d’en haut à la foi et à une vie morale. Bien au contraire la personne humaine est le sujet de la vie en société, et qui détermine lui-même son but...L’homme est à ce point le but et la raison de la société, que la société humaine elle-même, ou l’Etat, doivent être organisés et dirigés d’une manière telle que la personne humaine puisse tendre librement à son accomplissment" - Commentaire du Cardinal König sur la déclaration sur la liberté religieuse "Dignitatis Humanae".

      Voilà pourquoi il me semble que le texte de Jean-Miguel Garrigues nous entraîne bien au-delà du sujet de l’entretien à la Civilta cattolica. C’est ce que j’ai voulu signaler par mon bref commentaire ci-dessus.

    • Monsieur, Pardonnez-moi de vous interpeller, en toute civilité d’ailleurs. Je lis depuis des mois vos interventions anti-Poutine et m’étonnant de l’acharnement sans faille mais bon. Chacun ses obsessions, quoique raisonner en s’inscrivant en sublime pourfendeur d’un éternel camp du mal, Est-ce encore raisonner ?

      Mais finalement c’est tout ce qui est russe, ou orthodoxe qui est selon vous digne d’être dénoncé. Un tel déni d’altérité sans la moindre reconnaissance, pour le moins de l’ambivalence des êtres, qu’ils soient personnels ou collectifs, c’est à dire historiques (et ceux-là insensibles à vos philippiques) devrait interroger votre inscription, dont je ne doute pas dans la pensée chrétienne.

      Ne pourriez-vous pas - ne serait-ce que comme exercice spirituel -, laisser les russes et l’immense et sainte orthodoxie en paix. Vous nous feriez plaisir et peut-être trouveriez, vous après cette ascèse, des propos susceptibles d’induire un si nécessaire rapprochement plutôt que de creuser cet absurde schisme de bientôt mille ans pour le plus grand profit contemporain du nihilisme mondialisé et des fanatismes antichrétiens.

    • On fait l’âne pour avoir du son. On m’utilise pour, par ce moyen détourné - veulerie - s’adresser à tout un chacun et se justifier devant tous, sans grand succès d’ailleurs.
      Que de fois, ici même, j’ai demandé à ce contradicteur systématique de ne plus m’adresser de messages personnels. Sans succès. Donc, puisqu’on est incapable de comprendre le vocabulaire courtois, je me vois dans l’obligation de m’exprimer différemment (la courtoisie étant toujours de mise) :

      il est à nouveau demandé au contradicteur systématique
      et arrogant qui n’a de cesse d’insulter et de diffamer sur ce forum FC de ne plus utiliser "Gemayel" pour essayer d’atteindre un plus large public.

      "Gemayel" interdit formellement - une fois de plus - au sieur Ph.P de passer par ce sigle pour imposer ses interventions qui ne semblent être ni plus ni moins que des agressions sur ce forum. Si ce Ph.P s’imagine que "Gemayel" va accepter de lui servir de tremplin (comme d’autres qu’il a qualifiés de "cobayes"), il doit finir par admettre qu’il se trompe.

      "Gemayel" refuse de recevoir le moindre petit message, ni mot, ni même syllabe de ce "contributeur". Il n’y a pas ici de place pour la lâcheté, quand on veut envoyer un message on l’envoie à son destinataire, sans passer par un "tremplin", vu ?

      Tout ce qu’avance Ph.P n’a aucune valeur pour "Gemayel". Même plus, tout ce qu’avance ce Ph.P continue de mettre en danger le bon esprit qui doit régner dans ce forum, et au delà, va jusqu’à déformer le sens des articles présentés et les contributions qui s’y réfèrent. Ph.P semblent être de la même trempe que ces perturbateurs de tous poils dont on n’a que faire.
      Ses répétitions obsessionnelles semblent être de nature à obstruer et empêcher des débats enrichissants, et ses "idées fixes" clouent au pilori toute marche vers le meilleur, et ce à tous les niveaux.

      Sans intention de prolonger, Ph.P est, encore une fois, instamment prié de ne plus s’adresser à "Gemayel" sous aucun prétexte, faute de quoi, il en sera quitte, comme déjà prévenu il y a quelques mois, de se voir refaire le portrait, mais pas sur ce forum.

      Merci.

    • Puisque vous m’interpellez, je vous réponds :

      1. "Laisser la Russie en paix" : mais n’inversons pas les rôles...Je vous ferai remarquer que si nous sommes tant occupés de Russie depuis de nombreux mois, c’est plutôt que la Russie de Poutine ne laisse pas l’Europe et plus précisément ne veut pas laisser l’Ukraine en paix...Au cas où vous vous y seriez déjà habitué (pas moi), il y a un pays européen, il y a des Européens, les Ukrainiens, qui vivent, à quelques heures d’avion de Paris et depuis des mois, une guerre pour l’instant sans issue qui a déjà fait 6 500 morts et des centaines de milliers de réfugiés...Ces gens-là sont "obsédés" par le devenir de leur pays...je comprends que cela vous importe peu si vous n’avez pas d’affinité avec ce pays...

      Souffrez pourtant qu’on continue de s’y intéresser de très près d’autant plus qu’on ne peut pas dire que les partisans de l’Ukraine libre se bousculent sur ce forum...

      2. Au cas où cela ne serait pas encore assez clair, il en résulte que la Russie est devenue ou redevenue un problème européen, comme l’Allemagne le fut longtemps. Peut-être même le principal problème européen aujourd’hui...S’y intéresser n’est pas de l’ordre de l’obsession mais de l’impérieuse nécessité...

      Il est impossible aujourd’hui d’essayer de réfléchir à l’Europe sans penser aussi la Russie et cela d’autant plus que la Russie se prétend une "contre-Europe" alors qu’à mon avis elle est plutôt en train de devenir un "contre-exemple" européen ou un "contre-témoignage" européen : ce qu’il ne faut pas faire pour introduire ce continent dans le 21ème siècle...Si vous préférez une image, Poutine est la "cata russe" comme Bush fut la "cata américaine" du début de ce siècle. Bush voulait importer la démocratie en Irak par la guerre, et Poutine veut restaurer l’empire russe par la guerre et l’épreuve de force. Dans les deux cas, l’erreur est totale. On ne démocratise pas un pays de force, et l’empire n’a plus sa place en Europe au 21ème siècle.

      3. Je pensais avoir été assez clair mais votre message m’incite à le redire : Poutine ne se confond pas avec la Russie, pas plus que la hiérarchie qui, à Moscou, contrôle l’orthodoxie russe, ne se confond avec toute l’orthodoxie. IL FAUT IMPERATIVEMENT CESSER DE PROCEDER A CES ASSIMILATIONS ABUSIVES ET TROMPEUSES.

      Je ne demande pas mieux qu’on laisse la Russie et les Russes en paix, mais il faudrait surtout que les vieux démons soviétiques et impérialistes de la Russie les laissent en paix, ce qui ne risque pas d’être le cas tant que Poutine sera au pouvoir...Il est clair qu’il faudra quelqu’un d’autre pour opérer l’exorcisme dont la Russie a besoin...

      4. Enfin, si je reviens régulièrement à la Russie, c’est parce qu’il faut appréhender la crise européenne dans toute son ampleur, de l’Atlantique à l’Oural.

      On parle beaucoup dans ce forum de la crise qui sévit chez nous : crise politique, crise de civilisation, crise religieuse. Mais on ne parle pas assez de la crise qui sévit aussi à l’est du continent. Or, la Russie traverse également une crise politique et culturelle très sérieuse qui tient essentiellement à ce qu’elle ne parvient pas à s’extraire d’ "habitus" soviétiques. Et elle traverse aussi une crise religieuse qui tient à ce que l’Eglise russe ne parvient pas à faire un "aggiornamiento" aussi nécessaire que le furent pour l’Eglise catholique les conciles Vatican I et Vatican II. Nous avons beaucoup à apprendre de l’Eglise russe qui est une sorte d’Eglise "tradi" restée en place après décongélation soviétique. C’est une sorte d’ "Eglise témoin" de ce que serait l’Eglise catholique si elle n’avait pas expérimenté les deux conciles Vatican I et Vatican II...

      Pour aller au fond de ma pensée, nous vivons une crise de l’Europe libérale alimentée notamment chez une partie des catholiques par une fascination pour la contestation anti-libérale russe ou plutôt poutinienne. La Russie est l’autre nom du "démon anti-libéral" qui continue de sévir dans le catholicisme français. La France anti-libérale revient dans ce forum avec un écho russe, si vous préférez...C’est pourquoi la Russie est aussi présente dans mes réflexions y compris à l’occasion d’un commentaire sur les déclarations du Père Garrigues.

      Je comprends que mes commentaires puissent vous agacer. Mais je n’oblige personne à me lire.

      J’espère vous avoir rassuré sur mes intentions...SUR L’UKRAINE, ON NE LACHE RIEN. C’est bien trop important pour l’avenir de l’Europe. Cela ne veut pas dire qu’il faut se départir d’un esprit critique aussi sur le gouvernement de Kiev et ses réalisations. Je n’idéalise nullement ce qui se passe en Ukraine et j’ai moi-même signalé le fléchissement très important du soutien de l’opinion au président Porochenko. D’ailleurs, les "groopies", c’est plutôt chez Poutine...Pouah...

      Je vous indique pour finir que la résistance finit par payer : les sbires des vrais fausses républiques de Donetsk et de Lugansk ont décidé de jeter l’éponge et d’abandonner le projet de "Nouvelle Russie" (extension de la sécession d’Odessa à Kharkhiv), probablement sur instruction de Moscou après la rencontre de Sotchi entre Poutine et le secrétaire d’Etat américain. C’est un fait que là où l’armée russe n’a pas décidé de faire sentir sa force par mercenaires interposés, la population ukrainienne ne rejoint pas la sécession de son plein gré. CQFD.

    • Je me contente de rebondir sur ce commentaire (1er juin 21:24) avec lequel je suis pleinement d’accord.

      Oui, on se demande, avec une intense perplexité, ce que peut bien venir faire une évocation - critique - de l’orthodoxie en réponse à un texte qui parle de tout autre chose.

      N’y a-t-il pas d’autres sujets d’urgence à traiter ou est-ce un amour (contrarié ?) de la salade russe qui pousse Pouzoulet à la mettre à toutes les sauces ?

      Pour aller dans le sens de Gemayel, on ne peut que conseiller une lecture approfondie des textes qui nous sont ici proposés. Cet entretien - d’une grande intensité - avec le P. Antonio Spadaro, reproduit en français par FC, mérite bien mieux qu’une lecture en diagonale à mach 2, laquelle entraîne forcément des commentaires décalés par les turbulences de la vitesse excessive.

      * La défense de la cause gay, de plus en plus souvent soulignée par Pouzoulet quand il s’agit de stigmatiser la Russie, n’était pas non plus un sujet - même en pointillé - abordé par l’article de La Civiltà Cattólica...

    • Coucy, une fois de plus c’est vous qui travestissez...

      Mon propos ne défend en rien la "cause gay". Si vous avez bien lu Garrigues, celui-ci préconise une tout autre approche des personnes homosexuelles qui ont aussi leur place dans l’Eglise.

      Dans le passé, Jean-Miguel Garrigues a personnellement mis en oeuvre ce qu’il préconise, en accompagnant des personnes homosexuelles dans l’application de la "loi de gradualité". Il le raconte dans son livre d’entretien "Par des sentiers resserrés" .

      Je me suis permis de parler des personnes homosexuelles dans mon commentaire car le propos de JM Garrigues ne vaut pas que pour les situations de divorce et parce que l’attitude envers ces personnes illustre la double erreur, et de l’occident libertaire et de la Russie poutinienne : d’un côté, l’institutionnalisation d’une situation fausse présentée comme un bien possible (le "mariage" homo), de l’autre la stigmatisation en Russie de l’homosexualité qui se traduit par une homophobie violente, laquelle n’hésite plus à se déchaîner, notamment dans les milieux hyper-nationalistes encouragés par Poutine.

      Entre les deux, il y a la seule posture tenable à mon avis : en Eglise, celle qui consiste en effet à tenir compte de la loi de gradualité sans admettre la gradualité de la loi, et dans la société politique, une approche libérale et non pas libertaire qui consisterait à tenir compte des unions de fait entre personnes homosexuelles (par exemple : droit au maintien dans le logement de celle des deux personnes homosexuelles vivant ensemble qui est le survivant) sans pour autant ouvrir à ces unions des droit maritaux et a fortiori un droit d’adoption comme le fait la loi taubira.

      S’il existe dans l’Eglise russe un discours comparable à celui que tient Jean-Miguel Garrigues, que Coucy nous le signale...

      Je maintiens que les jansénistes dont Jean-Miguel Garrigues se démarque (et s’est toujours démarqué) très clairement trouvent en ce moment du côté de la Russie du nouvel ordre politique et moral poutino-orthodoxe une énergie nouvelle pour repartir dans des combats dépassés. Et c’est ce qui m’autorise à élargir le débat.

    • PS. Il suffit de lire ce que vous écrivez sur l’IVG pour comprendre que votre réflexion éthique en est encore au stade du "brut de décoffrage"...

      Renvoi à votre blog :
      http://www.lavie.fr/blog/reginald-de-coucy/?rubrique=15

      Précisément votre approche brutale est ce dont JM Garrigues voudrait nous prémunir, que ce soit à propos des personnes divorcées, des personnes homosexuelles, ou du recours à l’IVG, puisqu’il s’est préoccupé de très près de toutes ces questions.

      Cela n’a strictement aucun sens d’écrire qu’aucune IVG n’a de justification (comme si un péché pouvait en avoir !), ce qui revient implicitement à condamner sans appel toute personne ayant eu recours à l’IVG. Le père Garrigues rappelle que Jean-Paul II s’était refusé à énoncer un tel dogme dans l’encyclique Veritatis splendor.

      Vous méconnaissez en effet complètement la distinction entre l’acte et la personne qui commet l’acte et que vous ignorez complètement (personne ne pouvant être réduite à l’acte commis) : on ne peut pas porter une condamnation sans appel contre les femmes qui ont recours à l’IVG sans tenir compte des conditions dans lesquelles elles ont pu ou n’ont pas pu discerner les implications éthiques de ce choix. De nombreuses femmes n’ont compris la gravité de l’IVG subie souvent à un très jeune âge qu’après coup : voir l’excellente émission d’Arte sur " la loi du silence" au cours de laquelle une Allemande raconte qu’elle a été littéralement poussée à l’IVG par sa famille : elle en pleure encore à 45 ans...Comment condamner cette femme ??

      C’est précisément tout l’objet de la pensée de JM Garrigues de nous introduire à la compréhension de la loi de gradualité qui permette de rejoindre de nombreuses femmes blessées par l’IVG au lieu de les accabler par un verdict sans appel comme vous le faites. Il s’agit en réalité de permettre que la miséricorde puisse se déployer et ouvre alors une possibilité de guérison morale et spirituelle. Je dirais même : guérison morale et spirituelle des femmes blessées par l’IVG et aussi de la société blessée par l’IVG.

      Je comprends que sa réflexion nous invite à une démarche similaire pour les personnes divorcées qui ont été mariées religieusement sans aucun discernement quand à la foi dans le sacrement et parfois même sans la maturité nécessaire. Toutes ne parviennent pas à faire annuler le mariage. Comment les accueillir ?

      Je ne suis pas spécialiste de théologie morale mais je tenais à apporter cette précision pour bien indiquer en quoi je me démarque de vos oukazes éthiques qui ne nous avancent pas d’un iota.Pas plus d’ailleurs que la préconisation du patriarche de Russie qui demande que l’IVG ne soit plus remboursée par la sécurité sociale : comme si c’était le moyen d’éviter les IVG et comme s’il appartenait à un chef d’Eglise de se prononcer sur cette question, en plus...! C’est à peine croyable qu’une Eglise chrétienne en soit encore là en 2015...

      Une nouvelle fois, je vous invite à suivre les conférences de l’académie de la vie proposés par Alliance Vita...

    • Une mise au point s’impose...

      1° je ne pense pas que les commentaires sur ce forum dépassent ce qu’autorise la liberté d’expression sur un lieu public tel qu’un forum et soit pénalement ou civilement répréhensibles...

      2° si les propos dépassaient le cadre de ce qu’autorise la déontologie de ce forum, la modération qui y est instituée suffirait à le "filtrer"...

      3° toute opinion émise sur un forum en toute liberté peut appeler une réaction tout aussi librement formulée sur le même forum : c’est le principe même des réseaux sociaux, de la communication publique, du débat d’idées, sous réserve du 1° et du 2° ci-dessus. Si chacun doit commencer par délivrer des autorisations préalables d’émission ou de réception, s’instituer "webmester", où va-t-on ? Il faut un visa comme pour la Russie ? Vous voulez choisir votre interlocuteur comme un dictateur choisit le journaliste chargé de lui poser la question qui lui plaît ? Vous voulez des faire-valoir, des approbateurs, des flagorneurs ?

      4° vous n’avez donc aucun droit de restreindre la liberté d’expression des intervenants. Vous pouvez en revanche vous interdire à vous-même de vous exprimer sur ce forum si ça vous chante : c’est votre droit le plus légitime de vous appliquer cette consigne...Nous respecterons entièrement votre cohérence anti-libérale et nous échangerons avec d’autres intervenants habitués au débat contradictoire qui est le propre de la politique...

    • cf. : 2 juin 20:17

      Une réponse s’invite à cette "mise au point qui S’IMPOSE"
      .
      - Loin de crier "’au loup !", je commence par souhaiter la bienvenue à cette mise au point tant et autant que ce n’est qu’elle seule qui s’impose.

      - "JE" "ne pense pas que les commentaires...liberté d’expression...lieu public...soit pénalement ou civilement
      répréhensible". a) ces quelques phrases sont explicites : elles démontrent une totale ignorance d’information sur la teneur de toutes les étapes de ce forum ; b) que vient donc faire ici le "pénal" et "civil" "répréhensibles" ? Ce ne sont que des expressions dignes, on dirait, de "juges dans leur toge, sous leur toque toquée (ou perruque, c’est selon)".

      - "Si les propos dépassaient....déontologie...la modération...suffirait à..."filtrer". Entièrement d’accord. Mais qui pourrait, ici, affirmer savoir comment, où et quand la modération agit (sauf le contributeur dont certains écrits auraient été "filtrés") ? Qui peut affirmer que la modération n’aurait pas filtré certains excès, entre autres et pour ne pas la citer "la face cachée de l’iceberg" ? Il conviendrait de faire preuve de réalisme, voyons. La liberté d’expression sur ce forum est rarement respectée ailleurs, et si la modération laisse passer toutes sortes d’épithètes malveillants, insultes, injures, termes plus que méprisants - mais si, mais si, il faudrait remonter l’historique lointain et tout proche de ce forum pour admirer le florilège coloré et odorant de ces logorrhées qui ponctuent ce forum - c’est qu’il est laissé à chaque intervenant le choix, pour ne pas dire le piège de tomber dans le sien propre. Sur ce point je défie quiconque, avec respect pourtant, de me contredire bien en face et les yeux dans les yeux.

      - "toute opinion émise sur un forum....c’est le principe même des réseaux sociaux de la communication...Où va-t-on ? Il faut un visa comme en RUSSIE ? Ou vous voulez choisir...comme un DICTATEUR choisit le journaliste...? Vous voulez des faire-valoir, des approbateurs, des flagorneurs ?". J’espère n’avoir rien oublié... a) merci de rappeler le "principe" des réseaux sociaux, une leçon sur le sujet a déjà été donnée par l’éminent et brillantissime contradicteur systématique de service. b) "Vous voulez des faire-valoir, des approbateurs, flagorneurs ?". Veuillez svp excuser mon manque de compréhension à ce sujet : serait-ce une question que vous me posez ? Ou bien est-ce une accusation dont vous m’honorez sous la forme à peine voilée, on dirait, d’une interrogation ? Au point où nous en sommes, je ne vais pas commencer à faire, comme on dit, des chichis. Je vais prendre vos termes comme étant une interrogation. Eh bien non, je ne cherche personne de tous ces gens pour la simple et bonne et double raison : j’éprouve une répulsion instinctive à ce genre d’individus, et aussi quand on m’attaque je sais toujours me défendre tout seul, comme un grand. Mais si, par ailleurs, c’était de votre part une accusation en mon endroit, je vous conseillerais d’en prendre la mesure et d’y réfléchir. Pour en finir avec les trois termes que vous avez laissé tomber dans votre "contribution" ci-dessus, il me semble que, finalement ce n’était pas une si mauvaise idée de les avoir proférés vu que, justement, il n’est pas du tout impossible, que sur ce forum évolue un personnage en manque, donc en recherche de telles dégradantes bouées de sauvetage. Ce personnage pouvant, en même temps, être de la même trempe des flagorneurs dont vous semblez bien apparemment en connaitre un morceau. c) sans m’octroyer "aucun droit de restreindre la liberté d’expression des intervenants..." croyez-vous que je sois capable de me laisser violer ma propre liberté et le respect qui m’est dû en laissant courir tous genres d’épithètes et d’insultes sans broncher ? Vous-même, laisseriez-vous la porte de votre maison ouverte à tous vents, et jusqu’à des djihadistes qui entreraient avec une arme à la main ? Si oui, cela ne regarde que vous, et vous seul, e) "Vous pouvez...vous interdire à vous-même de vous exprimer sur ce forum si ça vous chante, c’est votre droit le plus légitime....". "Si ça me chante", comme c’est gentil ! Tiens, bizarre : cela a déjà été écrit ici même, mais avec une formulation différente : en effet, "invitation" m’avait été faite d’aller prendre l’air dehors, ou la nature était verte etc... C’est quand même étrange de constater que de grands esprits peuvent se rencontrer...

      - "NOUS respecterons entièrement votre cohérence anti-libérale et nous échangerons avec d’autres intervenants habitués au débat CONTRADICTOIRE qui est le propre de la politique...". Chouette alors ! Rien d’autre n’est attendu avec autant d’impatience.

      Pour finir : 1) Il est des termes mis en majuscules, et la raison en est évidente. 2) L’intervenant ci-dessus commence son exposé par "ne pense pas que...et le termine par NOUS respecterons entièrement... Un "JE" qui se métamorphose en un "NOUS"... Cela donne à réfléchir. Vous ne trouvez pas ? MOI, SI.

      Réponse claire au message ci-dessus référencé. Mais avant de quitter cette honorable assemblée, je me permettrais une toute petite entorse à notre belle langue française - d’autres l’ayant commise avant moi - : rappeler à ou aux dénommé(s) Garou Garou, l’existence d’un mot anglais formé en fait de deux termes : "Side" et "kick" = "Sidekick"...

      Avec un sentiment légitime de penser et de l’exprimer (liberté d’expression oblige) qu’en fait de "sidekick"... n’est-ce pas, ça existe ce genre de, disons, bons samaritains.

      Merci.

    • On a beau scruter avec attention, la question de l’orthodoxie russe, pas plus que celle de Poutine, ne figurait dans le contenu de l’entretien avec le P. Garrigues.

      La question de l’avortement ne figurait, elle, nulle part dans mon commentaire pointant les dérives habituelles vers les obsessions orthodoxo-poutinophobiques.

      Il s’agit donc d’une manœuvre - quelque peu tordue - visant à discréditer ma position, en m’attribuant de surcroît des propos qui ne sont pas les miens (*).

      Pouzoulet, pour ce faire, a dû exhumer - après sûrement de longues recherches sur le Web - un vieil article (2010) paru sur un blog de La Vie en réponse à un rapport de l’IGAS (**).

      Quel est le lien entre cet article (dont je ne renie aucun iota) et mon commentaire @1er juin 23:33 ? Aucun, sinon une énième manœuvre de diversion.

      Mais puisque Pouzoulet aborde ce sujet, l’avortement, parlons-en (brièvement).

      Notre donneur de leçons (de morale, de politique, de religion, d’éthique, etc.) assène constamment sur la tête des contributeurs du forum “le Concile Vatican II”. Il semble pourtant qu’il aurait gagné lui-même à tenter d’en comprendre mieux les textes au lieu de s’en servir comme d’une massue polémique.

      Gaudium et spes est parfaitement lumineuse sur la question de l’avortement (articles 27 et 51)

      « Tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré ; tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, (...) toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu’elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s’y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du créateur. »

      « La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables  »

      Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (approuvé par Saint Jean-Paul II) est également sans ambiguïté (art. 270 et seq.)

      « L’avortement direct, c’est à dire voulu comme une fin ou comme un moyen, est gravement contraire à la loi morale. »
      « L’Eglise sanctionne d’une peine canonique d’excommunication ce délit contre la vie humaine. “Qui procure un avortement, si l’effet s’ensuit, encourt l’excommunication latæ sententiæ” »

      L’Eglise est claire en ce qui concerne les atteintes, toutes les atteintes, à la vie.

      Pouzoulet, lui, essaie de noyer le poisson en calomniant ses contradicteurs (où a-t-il vu que je « [condamnerais] sans appel toute personne ayant eu recours à l’IVG » ?) mais sa position moraliste, toute en surface, ne trompera personne.
      Il ne procède pas différemment en ce qui concerne la guerre civile en Ukraine ; il donne des leçons théoriques de démocratie à tout va et à tout le monde et, dans les faits, il soutient tout ce qu’il y a de plus anti-démocratique au monde : un régime inique de violence criminelle où sont alliés, pour le pire, des oligarques maffieux et sans scrupules, de pseudo-libéraux affairistes aguichés par le pouvoir et l’ultra-nationalisme bandériste bardé de symboles hitlériens et dégoulinant du sang des innocents versé en abondance !...

      * « Vous méconnaissez en effet complètement la distinction entre l’acte et la personne qui commet l’acte », accuse Pouzoulet. Accusation gratuite que le texte cité en lien dément parfaitement. Encore faudrait-il faire l’effort de lire autrement qu’entre les lignes et dans le marc de café (« ce qui revient implicitement à condamner sans appel toute personne », assure-t-il), ainsi qu’en se débarrassant des préjugés concernant l’auteur...
      à lire ici : http://www.lavie.fr/blog/reginald-de-coucy/?rubrique=15

      ** ... et à l’intervention de madame Bachelot-Narquin, pétulante ministre de la Santé en 2010, aujourd’hui chroniqueuse TV...
      http://www.sante.gouv.fr/discours-journee-internationale-de-la-femme-mesures-en-faveur-de-la-prevention-et-de-la-prise-en-charge-des-grossesses-non-desirees.html

      PS Cette manière de procéder (fouiner dans le web et Dieu sait où encore) est des plus inélégantes (pour rester dans une terminologie... élégante). Au lieu d’argumenter à partir des commentaires et de leur contenu, monsieur Pouzoulet s’acharne à vouloir recueillir des informations périphériques sur ses contradicteurs - et fulmine lorsque ceux-ci semblent ne pas vouloir s’épancher sur ce qui ressort du domaine personnel ou réservé - pour enfermer ces derniers dans des catégories verrouillées, tout comme il enfermerait des cornichons dans des bocaux dûment étiquetés, avant de les classer sur ses étagères !

      Les jugements de valeur, les attaques ad hominem et les processus de disqualification (et cette évocation d’un article de mon blog en sommeil en est un, insidieux) ne sauraient tenir lieu d’argumentation. Et pourtant, leur compilation est aujourd’hui colossale...

    • cf. : 4 juin 23:53

      En réfutant d’avance (maintenant on a l’habitude d’une certaine façon de procéder) toute tentative éventuelle de dénoncer, comme l’écrivait "qui on sait", une supposée collusion inventée sous la dénomination "kit" de Coucy-Gemayel, je souligne qu’il était, non seulement du droit, mais surtout et avant tout du devoir d’apporter les précisions ci-dessus. En effet, cette "mise au point" s’imposait (comme me l’avait adressée un certain "Garou Garou", n’est-ce pas...), ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle envers les lecteurs de ce forum de FC. J’ai écrit "précisions" car il s’agit uniquement de cela et nullement d’une quelconque justification, aussi légitime aurait-elle été. C’est du moins ainsi que je vois les choses en tant que membre de cet espace.

      Dès le début, j’avais exprimé mon regret de constater que l’entretien avec J.-M. Guarrigues ait été, à peine publié, pris en charge, si je peux dire, avec un tel empressement. J’avais évoqué le pilote et mach 2. Plus tard, il a fallu que je me garde bien de donner mon point de vue sur le lien "www.lavie" et je ne cache pas mon étonnement du fait qu’aucun écho n’ait été fait à ce sujet. Voilà qui est fait.

      Sans vouloir prolonger, mais puisqu’il est question de "liens" sur lesquels ont été mis des accents, je me permets de rappeler un message du 2 mai 08:40 incluant : "jacquesloew.blog..." contenant un document datant de 1963 ; plus bas la date : 17 septembre (ou novembre) 2012 coiffant une icône, sorte de camée entourant comme le profil d’une tête souligné par un prénom et un nom, et enfin un long discours ou traité que j’ai gratifié d’un aperçu en diagonale me devant de courir à plus important. Je m’abstiens bien entendu de tout commentaire sur de quelconques enrichissement et utilité d’une telle publication, en tous cas pour moi.

      Il est grand temps de passer à des initiatives sérieuses sans que rien ne vienne encore décourager d’éventuels
      contributeurs. Le temps du "tourner en rond" devrait céder la place à un nombre plus élargi d’intervenants et ainsi arrêter le processus de sclérose dont souffrent les thèmes à peine appréhendés, victimes qu’ils sont des mêmes phobies obsessionnelles ronronnantes anti ceci et anti cela. Il y va d’un minimum de justice envers les lecteurs et du respect qui leur est dû. Tout le monde à le droit de s’exprimer et à égalité.

      Pour ma part je considère ce forum comme un espace de liberté d’expression, et de liberté tout court, mis à la disposition de tous, et qu’il est quand même du devoir de chacun de ne pas en abuser comme d’une propriété privé. Cela a déjà été dit à maintes reprises, et nul n’est obligé de s’astreindre à des pertes de temps. Pas question de me redire de déguerpir "si je ne m’y plais pas". A chacun, et moi aussi, de prendre la mesure entre enrichissement mutuel et gâchis organisé.

      Il n’y a que la fraternité que je n’ai pas évoquée. Mais comme Diogène dans sa jarre et avec sa bougie ou sa lampe...Enfin, bref...

    • A qui vous savez...

      Vous êtes trop vindicatif. Cela nuit à la qualité de votre réflexion car vous n’êtes plus en état de capter les informations importantes.

      Si vous prenez la peine de lire la recension que j’ai faite du livre remarquable de J. Loew et de GM. Cottier, à la demande d’un ami prêtre membre de la Mission ouvrière Saint Pierre et Saint Paul fondée par J. Loew et qui a bien voulu la mettre en ligne (ceci n’est pas de mon initiative), vous pourriez réaliser combien cet ouvrage reste d’actualité et utile à nos débats.

      Je renvoie le lecteur aux commentaires que j’ai laissés sous l’article de Gérard Leclerc ("dans l’attente du synode") invitant d’ailleurs à la "décompression"...

      Je suis obligé de constater que c’est vous qui nuisez à la qualité des débats sur ce forum, y compris en adressant des menaces à peine voilées à certains intervenants que ces derniers préfèrent oublier par souci d’apaisement.

      Je sais bien que le thermomètre grimpe mais tout de même : ressaisissez-vous...

  • Cette réflexion a une portée plus grande que les remarques qui la rabaissent formulées en un commentaire ici, hier 31 mai à 10h07, et qui, encore et toujours, introduisent de la dialectique "politique", même s’agissant de l’Église. Par exemple, le mot ici utilisé de : diffamation, vient immédiatement donner le ton de flétrissure systématique que l’auteur du commentaire ne peut se défaire à cause de la névrose obsessionnelle qui semble le poursuivre et cela diminue hélas la qualité des échanges. D’autant plus que, sous réserve que j’aie suivi cette réflexion sans trop de manquements, les cas ici pris en exemple, sont spécifiques, sont examinés au cas par cas et ne constituent aucunement des généralités doctrinales, c’est ce que je crois avoir compris.

  • Il faut être très prudent : une certaine forme de compassion peut se voir par leurs auteurs comme l’exercice de la charité, et relever pourtant d’une satisfaction superlative de son propre ego... Ce n’est pas pour rien que l’adversaire est surnommé "père du mensonge", il est très subtil.

    Il est impératif de bien distinguer la faiblesse humaine, rachetée et susceptible de conversion, et le péché lui-même qui n’est pas, par nature, objet de miséricorde. Aucune image, aussi à la mode soit-elle, ne peut voiler cette réalité.

    Par exemple, un homme (une femme) peut vivre l’adultère, et être racheté, invité à remédier à ce comportement désordonné. Il peut avancer et rechuter, puis se reprendre, etc.
    MAIS l’adultère lui-même ne peut recevoir la bénédiction : ce serait une hérésie.

    La relation homosexuelle est de même nature : l’homme subit en général ses propres attirances - dans lesquelles sa responsabilité reste engagée, ne serait-ce que par imprudence. Le problème est ce qu’il en fait : de même qu’il n’est pas bon de céder à l’attirance exercée par une autre femme que la sienne, de même l’acte est objectivement désordonné ; perdre ce discernement, c’est tourner le dos à Rm 1, par exemple (et tous ses parallèles) et se laisser berner par les sirènes de l’air du temps. Et accessoirement enfermer le pécheur au lieu de l’inviter à s’ouvrir à une autre relation.

    De ce fait, une bénédiction, ou tout geste de reconnaissance de l’Eglise envers une relation homosexuelle est l’exact équivalent d’une hypothétique bénédiction de l’adultère. Elle pècherait gravement si elle sombrait dans ce piège, ou même simplement si elle laissait prise au scandale, qui lui-même égarerait ses propres enfants. Le schisme qui en résulterait ferait passer 1054 comme un aimable malentendu, et les guerres de religion comme une dispute de cour de récréation.

    Les principales églises protestantes de France se sont laissées piéger, au point de faire douter de leur dénomination de "chrétiennes". Les responsables de l’Eglise catholique veulent-ils prendre le même chemin ? Que répondraient-ils lorsqu’en se retrouvant devant leur Créateur, celui-ci leur dirait : "je t’ai confié mon Eglise, et tu as égaré mon peuple ; pourquoi as-tu eu l’orgueil de te fier à ta propre intelligence ? n’avais-tu pas ma Parole pour te guider, et mon Esprit pour te conseiller ?"

  • Je profite de ce thème pour poser une question qui m’intrigue.

    Le mariage est indissoluble : personne n’envisage ici de revenir sur ce point.
    Les voeux - monastiques, sacerdotaux... - sont définitifs, après probation.

    Le mariage est célébré après une préparation dont la durée et l’intensité sont très variables ; les voeux définitifs de célibat consacré imposent un long cheminement, un discernement de plusieurs années. Le célibat n’est pas indissoluble.

    N’y a-t-il pas comme un défaut dans le (défaut de) sérieux que l’Eglise pratique à l’égard du sacrement de mariage ? Peut-on en toute bonne foi affirmer que quelques réunions de préparation étalées sur quelques mois suffisent pour un consentement libre et éclairé ? Et comment l’Eglise accompagne-t-elle les familles lors de leurs crises inévitables ?

    Je ne plaide certainement pas pour le divorce, mais pour une implication plus charitable de l’Eglise catholique dans l’aide et l’accompagnement des familles. Et un peu moins de condescendance envers ces futurs parents dans leur préparation.

    • +
      pax

      Je trouve votre commentaire, cher Monsieur Fumey, très important.

      (1) D’abord, on pourrait vous répondre que le célibat consacré suppose que la personne catholique ENTRE à son Église dans un statut nouveau, c’est que donne à l’Eglise le droit d’exiger, et c’est que lui oblige d’accepter, ce "long cheminement, un discernement de plusieurs années".

      (2) Par contre, le mariage, même "le plus catholique", est le fruit d’un amour entre deux personne qui désirent se réunir pour la vie et qui désirent POUR CETTE RAISON d’être bénis par l’Église. Autre fois, on attendait cette bénédiction une, voire quelques années, aussi, pour préparer le mariage et pour être sûr que c’est une bonne décision. N’empêche, le statut ecclésial pratique du mariage était différent, voire plus faible que le statut du célibat consacré.

      (3) Cela provoquait souvent la vision dégradante du mariage ecclésial. Ainsi, un important théologien français pu écrire, il y a presque cent ans :

      "Deux grandes voies se trouvent ouvertes devant l’homme : le mariage et le célibat : sacerdoce et vie religieuse. ... La Vocation au mariage, dite Vocation commune, ne demande pas de signes positifs, mais se présume pour celui qui n’a pas de sérieux motifs de croire à une Vocation plus haute. Du fait qu’il n’est pas besoin d’indices spéciaux pour entrer dans le mariage, il n’y pas, à proprement parler, de Vocation au mariage" (Rouzic, 1926, pp.3-4).

      (4) Depuis, les visions du mariage du Vénérable Pie XII et, tout particulièrement, du Saint Jean-Paul II ont changé l’attitude de l’Église, mais le problème reste ouvert : avant toute "miséricorde supplémentaire" vers les divorcés ou homosexuels, comment adopter le bon mariage "orphelin" ?

    • Vous pouvez une question importante et redoutable.

      Je me permets de vous signaler une recension d’un ouvrage ancien de Jacques Loew et Georges Cottier mais toujours actuel où j’évoque la façon dont ils parlent des sacrements...

      http://forumjacquesloew.blogspot.fr/

      En voici un extrait :

      "L’un des passages les plus marquants du livre a trait aux sacrements. Les auteurs se penchent sans aucune « langue de buis » sur la manière dont trop souvent les sacrements sont donnés : non que leur réception ne soit pas « valide », mais bien plutôt que cette réception ne peut être « fructueuse ». L’Eglise baptise le petit enfant, mais dans de très nombreux cas, il ne peut plus être présumé qu’il sera élevé chrétiennement ; elle reçoit le consentement des époux, mais les époux veulent-ils réellement le mariage vrai et indissoluble alors qu’ils n’auront dans bien des cas ni le minimum de foi ni le recours à la prière pour faire face aux épreuves de la vie conjugale ? Ne faut-il pas constater que les mariés à l’Eglise sont souvent des « baptisés incroyants » voire des « pratiquants athées » venus recevoir une prestation ? Que dire encore des extrêmes-onctions administrées à des personnes dans le coma qui n’ont jamais pratiqué ? J. Loew et G.M.M Cottier ne dissimulent pas les conséquences extrêmement dommageables de cette situation pour les prêtres condamnés à une sorte de schizophrénie pastorale (le mot n’est pas employé, mais c’est bien ce qui s’en dégage), en donnant la parole à l’un d’entre eux : « Ce qui est grave, à travers ces faits multipliés, c’est que, pour nous, prêtres, nous sommes presque toujours obligés de faire les gestes sans pouvoir exiger les engagements de foi …Le geste sacramentel risque de ne plus être éducateur de la foi. On a tout fait : baptême, communion, mariage… sans s’engager vraiment … Dans ce contexte, les contours de l’Eglise ne sont plus nets : tous sont chrétiens…et bien peu le sont en actes …Il y a collectivement une dépréciation du ministère d’Eglise ». Chercher la cause de la crise des vocations…"

      Je pense qu’effectivement, la préparation au mariage, certes en voie d’amélioration, est encore insuffisante car on admet en réalité au mariage religieux des personnes qui, en fait, n’ont souvent la foi, ni l’une ni l’autre...La mariage religieux, dans ces conditions, ne peut donc pas être fructueux et aider le couple dans les épreuves...On génère ainsi des cohortes de futurs divorcés remariés qui vont ensuite reprocher à l’Eglise de ne pas savoir les accueillir alors que, justement, ils devraient lui reprocher de les avoir accueillis sans assez de discernement dans l’accès au mariage religieux pour lequel ils n’étaient pas prêts en réalité...

    • Merci pour l’indication du livre de Jacques Loew et Georges Cottier. Je l’ai trouvé et il est intéressant.

    • Bien d’accord avec vous sur cette question de la préparation au mariage. Dès lors que sont admis au sacrement des gens qui ne pratiquent pas (et ne pratiqueront pas plus après), comment ne pourrait-il pas y avoir des problèmes lorsque des craquements se font entendre dans le couple.

      Peut-on réellement parler de validité de l’engagement (au moins sur la notion de l’indissolubilité) lorsque l’un ou l’autre des époux - voire les deux - est seulement baptisé et en dehors de toute pratique sacramentelle, avec de surcroît une formation catéchétique inexistante (ou limitée aux incontournables “séances de dessin” en CM1-CM2 censées tenir lieu de catéchèse...) ?

      Le baptême des adultes n’est effectif qu’au bout d’un long processus de deux années de formation, de catéchèse et de réflexion. Nonobstant les exigences des intéressés et les diverses pressions, il devrait en être de même pour le mariage.

      L’indissolubilité ne doit pas rester un concept mystérieux. L’adhésion des futurs époux à cette indissolubilité doit être éclairée et largement discutée avec eux et non pas emballée dans un paquetage hétéroclite comprenant le choix des lectures et des chants, le choix de la robe de mariée, la liste des invités de la noce et le casse-tête des menus et ordonnancement des tables !

      Personne n’est plus aujourd’hui socialement obligé de se marier à l’Eglise. C’est donc le moment idéal pour redonner à ce sacrement toute sa valeur et de cesser de le distribuer comme ailleurs on distribue les légions d’honneur : à qui en fait la demande...

  • Cher FC,
    je vous remercie infiniment d’avoir publié, et en français, l’intégralité de cette interview du Père Jean-Marie Garrigues, évitant ainsi toute interprétation sélective et toute discussion mal fondée.
    Il me semble que sa position allie vérité ( scientifique et théologique), justice et miséricorde par rapport à la doctrine actuelle de l’Eglise qui est le fruit d’une longue évolution, comme il le fait savoir et comme on l’ignore trop souvent.

    Peut-être seriez-vous également intéressé pour creuser ce sujet de lire une contribution qui va dans le même sens, en montrant plus particulièrement que cette position doctrinale catholique pourrait permettre de revenir à une pastorale plus miséricordieuse, en échappant au risque subjectif ou laxiste, et en s’appuyant sur les paroles mêmes du Christ telles que l’Evangile nous les a transmises avec leur référence au plan de Dieu, Jésus donnant toute son ampleur à une loi plus exigeante certes pour bien des Juifs et les « païens », mais en l’assortissant, devant les fautes et les échecs du mariage « alliance », d’une pratique juste et humaine pour les hommes et les femmes, les victimes et les responsables, pratique qui s’avère toujours actuelle et source de vie.
    Il y a en effet eu une pratique chrétienne du mariage et du divorce au début de la période qui a suivi la mort du Christ, pratique qui correspondait au vécu de son message au sein de la société d’alors, avant que son message soit moins bien compris, - dans une intention souvent excellente et en toute bonne foi.
    La raison en fut une traduction et une compréhension défectueuses, qui s’expliquent pour diverses raisons ( voir le texte).
    C’est à partir de cette mécompréhension que se sont construites des positions doctrinales, qui, quoique proposant une théologie très élevée, semblent bien être allées au delà de ce que Jésus lui-même indiquait, au prix parfois d’incohérences, très dommageables, avec la teneur de son message évangélique et l’exemple de sa vie.

    Cette contribution est accessible entre autres sur lumen on line
    http://www.lumenonline.net/main/document/document.php?cidReq=lumen_NOUV&curdirpath=%2FEvangile%2C_mariage%2C_divorce
    Le collectif Agathe Dupont souhaite vos remarques et a un email auquel on peut le joindre !

    Très cordialement

    Pour le collectif Agathe Dupont

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