Du jeûne et de la prière

mercredi 24 février 2021

Église Saint-Bernard de Fontaine-lès-Dijon
© Arnaud 25 / CC by-sa

Intitulé "Paroles pour le 1er dimanche de Carême", cet article reprend des écrits de Saint Bernard. Il fut publié dans le numéro du 24 février 1950.

Puisque l’époque du jeune quadragésimal , que j’engage vos charités à pratiquer avec dévotion, est arrivée, je croix bon de vous exposer comment il faut jeûner, et les fruits qu’on doit retirer du jeûne. En premier lieu, en nous privant de l’usage des choses même permises, nous méritons le pardon des choses défendues que nous avons faites auparavant. Or qu’est-ce à dire, nous obtenons le pardon du mal que nous avons fait, sinon que, par un jeûne de courte durée, nous rachetons des jeûnes éternels ? En effet, nous avons mérité l’enfer. Or, il n’y a là ni aliment, ni consolation, ni fin. Le mauvais riche y demande une goutte d’eau, et ne peut l’obtenir. (Luc, XVI, 94).

C’est donc une chose bonne et salutaire que le jeûne, puisque par là on se rachète de jeûnes et de supplices éternel, en même temps qu’on se purifie de ses péchés. Non seulement, le jeûne efface nos péchés, mais il déracine nos vices ; non seulement il nous fait obtenir notre pardon, mais il nous fait acquérir des grâces ; non seulement, dis-je, il nous purifie de nos péchés passés, mais encore il éloigne ceux que nous pourrions commettre encore.

Je vais plus loin, et j’avance une chose que vous avez bien souvent éprouvés vous-même si je ne me trompe ; c’est que le jeûne nous fait prier avec plus de piété et de confiance.
Aussi, voyez comme le jeûne et la prière vont bien ensemble. C’est, pour parler avec l’Ecriture, « comme deux frères dont l’un vient en aide à l’autre, et qui se consolent mutuellement » (Prov. XVIII, 19). La prière obtient la force de jeûner, et le jeûne mérite la grâce de prier. Le jeûne fortifie la prière, et la prière sanctifie le jeûne, en même temps qu’elle l’offre à Dieu. A quoi nous servirait, en effet, notre jeûne, s’il restait sur la terre ? Dieu nous préserve qu’il en soit ainsi ! Il s’élève donc de terre sur l’aile de la prière. Mais ce n’est point assez d’une aile, il faut lui donner une seconde. L’Ecriture a dit : « La prière du juste pénètre les cieux  » (Eccl. XXXV, 20).

Que notre jeûne, s’il veut s’élever sans peine vers les cieux, s’appuie sur les deux ailes de la prière et de la justice. Or, qu’est-ce que la justice, sinon une vertu qui consiste à rendre à chacun ce qui lui appartient ? Cessez donc de ne faire attention qu’à Dieu. Vous avez des devoirs à remplir envers vos supérieurs et envers vos frères, et Dieu ne veut pas que vous ne teniez que peu de compte de ceux qu’il estime beaucoup lui-même. Ce n’est pas sans raison que l’Apôtre a dit : « Ayez soin de faire le bien, non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes » (Rom. XII, 1,7).

Peut-être vous direz-vous : « J’ai fait assez si Dieu est content de ce que je fais, qu’ai-je à me mettre peine de ce que pensent les hommes ? ». Or, soyez bien certains qu’il ne saurait avoir pour agréable tout ce que vous ferez au scandale de ses enfants, et contre la volonté de celui à qui vous deviez obéir comme à son représentant. Le Prophète a dit : « Ordonnez un jeune saint, et convoquez une assemblée » (Joël, II, 15). Or, que veulent dire ces mots : convoquez une assemblée ? N’est-ce point : Conservez l’union, chérissez la paix et aimez vos frères ?

L’orgueilleux pharisien observait bien le jeûne, il faisait un jeûne saint, il jeûnait même deux fois la semaine et rendait grâce à Dieu : mais il ne convoquait point d’assemblée, car il disait, au contraire : « Je ne suis point comme le reste des hommes  » (Luc, XVIII, 11). Aussi, son jeûne, ne s’appuyant que sur une aile, ne put monter jusqu’aux cieux. Pour vous mes frères, lavez donc vos mains dans le sang du pécheur ; et ayez bien soin que votre jeûne ait ses deux ailes, je veux dire la pureté et la paix, sans quoi nul ne saurait voir Dieu. « Sanctifiez votre jeûne », si vous voulez que la pureté d’intention et une prière pieuse le portent aux pieds de la majesté de Dieu. « Convoquez une assemblée », c’est-à-dire qu’il soit favorable à l’union. « Louez Dieu avec le tambour et la flûte » (Psal. C1, 4). C’est-à-dire que la mortification de la chair et la concorde marchent de front.

Saint Bernard

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