Du Vrai, du Vécu sur Bernard Baray, ou le centenaire du peintre de L’Isle-Adam, des Cœurs Vaillants et des vies des saints

par Franz Le Guen

jeudi 25 août 2016

Les abonnés des Cœurs Vaillants ou les lecteurs d’Agnès Richomme et de l’abbé Norbert Marchand, ceux qu’ont passionnés Nanouk ou les récits de « Du vrai … du vécu…. » - « Tam-tam et palabres », « Moine et eskimo », « Apôtre et roulier », « Broussards au Paraguay » -, le reconnaîtront : Bernard Baray, de la « corporation des imagiers peintres et sculpteurs », comme il se définit pour une exposition de 1986, et qui s’est fait aussi historien, décorateur de théâtre, cinéaste, caricaturiste, et professeur, en somme un artiste aux multiples facettes, et qui aurait eu cent ans cette année.

Heureuse coïncidence, cet anniversaire est marqué par l’opuscule de 64 pages, documenté précisément et illustré généreusement, que lui consacre René Botto. C’est un numéro spécial des Cahiers de l’Histoire des Amis de L’Isle Adam intitulé : « Le peintre-imagier Bernard Baray (1916-2006), 55 ans de vie adamoise », paru en juin dernier et dédié en premier aux trois enfants de Bernard et Madeleine Baray, rencontrée au cœur de l’Occupation, en 1943 : Dominique, Marie-Claire et Marie-Thérèse, à laquelle va un très grand merci pour la documentation et l’iconographie.

René Botto cite cet article du 10 août 1965 qui salue en Bernard Baray un « admirateur de Renoir et de Rembrandt », un « peintre solitaire qui montre le chemin d’une éternelle réconciliation ». Son atelier se tenait dans une maison à pignons sculptés qu’un émule de Viollet-le-Duc avait conçu dans un style médiéval qui convenait à l’atelier de l’artiste, installé dans les combles. Il donnait sur la maison familiale d’où son épouse Madeleine pouvait l’appeler pour les repas. Parfois un enfant montait y jouer. Le journaliste adamois laisse éclater son admiration après sa visite à l’atelier de l’artiste : « Bernard Baray parle volontiers de peinture ; il parle peu de lui-même et c’est tout juste si nous avons pu apprendre qu’il était né à Rouen (précisément, à Sotteville-Lès-Rouen, en Seine Maritime, le 3 Octobre 1916, ndlr), patrie de Flaubert, où il s’inscrivit à l’école des beaux-arts, avant de collaborer à plusieurs hebdomadaires pour la jeunesse en qualité d’illustrateur. Peintre solitaire, il se garde de fréquenter les suiveurs et c’est dans le silence de son atelier de L’Isle-Adam, devant sa toile, qu’il médite longuement et crée pour le plaisir des yeux et pour celui du cœur une œuvre que le présent a déjà reconnu et que l’avenir reconnaîtra plus encore. »

Il aimait Don Quichotte et son fidèle Sancho – « L’étape » lui vaudra une « Palette d’or » de l’Artistique -, il aimait son église de L’Isle-Adam, les fleurs en bouquets et les arlequins illuminés d’or ou pâles et nostalgiques, les gens du voyage, les marines – aux flots tantôt tourmentés tantôt sereins -, les barques échouées ou les souches desséchées des arbustes des dunes, les falaises d’Etretat et le Mont Saint-Michel, la Bretagne sauvage et les villages du Val d’Oise, le château de Stors, les chevaliers et les belles dames de Chrétien de Troyes : dessins, encres de Chine, aquarelles, gouaches, huiles, vitraux, sculptures, BD… Mais lui qui dessinait partout, sans cesse - jusque dans ses derniers jours à l’hôpital -, il ne semble pas avoir laissé de souvenirs, de ses voyages à Rome ni du pèlerinage en Terre-Sainte qui l’ont pourtant enthousiasmé. Sauf peut-être ce fusain d’un beau Christ souffrant, aux yeux baissés, qui semble inspiré du Suaire de Turin.

Solitaire peut-être, mais pour transmettre son art, il enseignait au Club Arc-en-Ciel, et tel peintre se souvient aujourd’hui sur Facebook d’avoir fréquenté ses cours. Il aimait aussi transmettre sa foi : il s’est lancé dans des films pour la catéchèse en Afrique. Et il a contribué à la création de l’association Ciné-Photo-Club Amateurs de L’Isle-Adam qu’il présidera. Il réalisera des reportages ou de petits films humoristiques en 8 mm aujourd’hui disponibles en DVD grâce aux Amis de L’Isle-Adam. Une association dans laquelle il était engagé ainsi que dans l’aventure du musée Louis Senlecq : vingt ans de service !
Pour la mémoire de L’Isle Adam il s’est fait historien et il laisse quatre livres qu’il a écrits et illustrés (le dernier n’est pas publié, faute d’éditeur), et une série de cartes postales raffinées « au temps de… », du prince de Conti, de Balzac, de monsieur Dambry, maire. Il les a présentées au 12e salon de la carte postale du Val d’Oise en octobre 1992.

En quatrième de couverture de l’un de ses livres d’histoire - « Au fil des ans L’Isle Adam, Parmain. Derniers seigneurs et temps nouveaux 1527-1945 » - on peut lire que « par l’illustration autant que par le texte il s’est raconté et nous raconte la chronique des événements de L’Isle-Adam et de Parmain. De la Renaissance à la Libération de 1945, une multitude de personnages hauts en couleur habille son récit. Mais Bernard Baray se régale surtout à nous rendre proches de nos ancêtres ordinaires, simples gens de L’Isle-Adam et de l’Île-de-France dépeints à travers leurs métiers et leurs coutumes. Amoureux de sa ville, le peintre Bernard Baray s’est fait imagier ».

Il ne dédaignait pas non plus la caricature et les vignettes humoristiques. L’autodérision de certains portraits de l’artiste par lui-même trahit cet humour. Il restaurera des tableaux pour la mairie. Il s’est mis au service des organisateurs de spectacles religieux accompagnés à l’harmonium et au violon, faisant des décors pour le Cercle symphonique et lyrique. En 1956-1957, pour la représentation de « La Passion de Sagan » - les mystères de la vie du Christ des Noces de Cana aux Pèlerins d’Emmaüs -, il a dessiné les costumes et il a été embauché parmi les figurants. Le « mystère » avait été créé par les abbés Meurice et Lafforgue, en déportation, en mars 1941, dans le Stalag VII C de Sagan (Zagan), en Silésie.

Et puis il y a cette incroyable fécondité dans l’illustration, avec cette fascination documentée pour les terres lointaines : le Far West, les Vikings et les Eskimos, l’Afrique et l’Amazonie, le Paraguay ou le Rio Grande pour les « Petites Annales » des Oblats de Marie Immaculée (« Du vrai… du vécu… ») et qui inspireront aussi certaines de ses bandes dessinées. La sensibilité du lecteur a profondément évolué, notamment pour ce qui est du rapport avec les populations autochtones ou de la protection des espèces animales : l’histoire des Sioux racontée ainsi, la chasse à l’éléphant, au tigre ou à l’ours blanc ne nous passionnent plus, voire nous répugnent. Mais que les éléphants, les tigres, les ours et les Sioux de Bernard Baray sont beaux !

Son imaginaire était nourri aussi de sa formation au petit séminaire – ses deux « Histoire sainte » en témoignent – et des récits des missionnaires qui étaient reçus chez lui, des paroles bibliques de la messe dominicale dont il a laissé 150 panneaux aux initiales enluminées, pour soutenir la méditation de la paroisse : une Parole qu’il aimait à proclamer devant l’assemblée. Un panneau porte cette citation du Psaume 121 en lettres gothiques : « Nous irons dans la joie vers la Maison du Seigneur ».

A sa « naissance au Ciel », le 13 mars 2006, on aime à penser que Bernard Baray a eu la joie rencontrer les saints et les chevaliers qu’il avait fait découvrir et aimer à la jeunesse et à ses concitoyens, de Jehan de Villiers, Seigneur de l’Isle Adam, maréchal de France et chevalier de la toison d’or, à saint François-Xavier (1506-1552) missionnaire au Japon, de la jeune Kateri Tekakwitha (1656-1680), le lys des Mohawks – les Agniers -, béatifiée par saint Jean-Paul II en 1980 et canonisée en 2012 par Benoît XVI, aux 22 Martyrs de l’Ouganda (1885-1887) : d’une certaine façon, en cette vie déjà, ils habitaient son quotidien. 

Le musée d’art et d’histoire Louis Senlecq de L’Isle Adam conserve précieusement, à côté de plusieurs dizaines d’œuvres de Bernard Baray, un symbole de ce talent si fécond : sa palette !

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