Traduit par Bernadette Cosyn

Dimas et ses contraires

par le père Paul D. Scalia

lundi 25 novembre 2019

« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. » Ces paroles de Saint Dismas, le Bon Larron, sauvé durant ses dernières heures sur une croix, résonnent comme une parfaite reconnaissance du Christ comme Roi. Leur puissance devient plus évidente par leur contraste avec les autres protagonistes de ce moment. Au Calvaire, il y a a trois autres réactions envers le Crucifié. Elles viennent des contraires de Dismas et révèlent les attitudes qui s’opposent toujours au Christ Roi.

Premièrement les législateurs. « [Ils] se moquaient de Jésus et disaient : ’il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même, s’il est l’élu, le Messie de Dieu’ ». Ce ne sont pas des païens ou des incroyants mais les propres chefs religieux d’Israël. Ce sont des hommes qui attendent leur Roi, prévoient Sa venue et désirent Sa loi. Mais, ainsi que cela se révèle, ils veulent cela selon leurs propres termes. Jésus de Nazareth ne remplit pas leurs exigences en fait de royauté. Il ne vient pas sur un cheval de guerre pour imposer un royaume, mais « humble et monté sur un âne » (Matthieu 21:5). Il ne vient pas pour juger mais « pour chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19:10), pour appeler, non les justes mais les pécheurs (Luc 5:32).

Deuxièmement, les soldats romains. « [Ils] le raillaient. Comme ils s’approchaient pour lui offrir du vin, ils l’interpellaient : ’si tu es le Roi des Juifs, sauve-toi toi-même’ » Le grand génie des Romains est qu’ils toléraient la religion de leurs sujets. Naturellement, cette tolérance était cynique et ne durait qu’aussi longtemps que les gens gardaient les dieux à leur juste place et leur religion pour eux-mêmes. La foi n’était tolérable que privée ou confinée à certains domaines et sphères de la vie. Elle devenait intolérable quand elle avait des exigences publiques. Pour que Jésus soit exécuté, il avait fallu qu’Il soit présenté comme une menace pour la loi romaine. La religion devait être maintenue à sa place.

Troisièmement, le mauvais larron : « un des criminels crucifié là injuriait Jésus, disant : ’n’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi, et nous avec’ ». Vous penseriez qu’il se serait tu, ne serait-ce que pour se dérober au jugement imminent. Mais il est impénitent. Au milieu de ses souffrances, il s’en prend à Dieu plutôt que reconnaître ses péchés et demander pardon. Même dans son agonie, il préfère sa propre volonté à celle du Christ-Roi.

Ces réactions ne font pas partie uniquement du passé. Nous les voyons tout au long de l’histoire – dans tout rejet de la révélation, persécution des croyants et refus de repentance. Plus précisément, elles se poursuivent en nous. Tout rejet du Christ-Roi peut être être trouvé en nous, à un moment ou un autre.

A certains moments, nous ressemblons aux chefs religieux d’Israël : nous voulons Dieu, mais selon nos propres termes. Nous désirons ardemment Sa venue et L’appelons à l’aide... mais ensuite nous sommes irrités de Son intrusion et des défis qu’Il dévoile. Nous voulons un roi, c’est certain. En fait, nous savons exactement comment il devrait se comporter.

A d’autres moments, nous agissons comme les Romains. Nous autorisons Dieu dans nos vies, comme partie de nos vies, mais nous ne lui permettons pas de gouverner nos vies. Nous traçons toujours une ligne qu’Il ne doit pas dépasser. Nous Lui interdisons tout mot à dire dans (choisissez un ou plusieurs thèmes) la politique, l’économie, la sexualité, les loisirs, etc. Nous Lui déclarons à tout jamais : « jusqu’ici et pas plus loin ! »

Comme société, nous avons confiné le Christ à la vie privée. Nous avons accepté l’idée erronée que la foi est affaire strictement privée. De peur de paraître différents ou dérangeants, nous Lui interdisons d’accéder à la totalité de notre vie. Quoi qu’il en soit, nous réclamons le droit d’être une chose dans la vie privée et une autre dans la vie publique. Naturellement, cela ne peut tenir. Inévitablement, nous privatisons tellement notre foi que nous finissons par ne plus croire.

En fait, cette Solennité du Christ-Roi est une fête établie pour combattre cette privatisation. La fête n’est pas, comme il pourrait être supposé raisonnablement, une survivance du Moyen-Age, quand la royauté était plus familière. Elle a été établie par Pie XI en 1925, précisément pour mettre l’accent sur le règne public du Christ-Roi et combattre la privatisation croissante de la religion.

Finalement, nous nous comportons parfois comme le voleur impénitent. Nous demandons que le Roi soit à nos ordres, qu’Il nous sauve sans repentance de notre part . Plutôt que nous conformer à la vérité, nous vitupérons contre Lui qui est la Vérité. Le plus souvent, c’est seulement acerbe et puéril. Mais à l’heure dernière, c’est tragique.

En violent contraste avec les ricaneurs, les railleurs, les conspueurs, il y a Dismas. Sa prière d’agonisant dit tout : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ».

Contrairement aux chefs religieux, il ne dicte pas les conditions de la royauté ; il n’est pas honteux d’avoir un Roi crucifié. C’est un effet salutaire de la souffrance : vous arrêtez de dicter les termes de votre propre salut.

Contrairement aux Romains, Dismas ne met pas de limite à l’autorité du Christ. Il voit que Jésus a non seulement un royaume mais également pouvoir sur la mort. Il le laisse libre de régner. C’est un autre bénéfice qu’apporte la souffrance : vous arrêtez de limiter la puissance de Dieu.

Le plus important, contrairement au voleur qui s’oppose à lui, Dismas se repent. Une telle repentance représente l’acceptation pleine et entière du Christ comme Roi, en Lui donnant autorité sur ce qui est le plus douloureux et le plus honteux.

Saint Dismas nous donne le premier exemple de dévotion au Christ-Roi. Elle consiste à Le recevoir tel qu’Il est et non comme nous souhaiterions qu’Il soit ; à Lui donner autorité sur toute chose et non sur une partie seulement et par-dessus tout, à Lui soumettre nos désirs, à Lui qui seul peut les parfaire.

Le père Paul est un prêtre du diocèse d’Arlington (Virginie) où il sert comme vicaire épiscopal pour le clergé.

Illustration : « L’âme du Bon Larron » par James J. Tissot, vers 1890 [Musée de Brooklyn]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/11/24/dismas-and-his-opposites/

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