Commentaire du Père Michel Gitton

Dimanche de la Trinité

2006

Les chrétiens ont senti de bonne heure le besoin de rassembler en une seule fête la considération des Trois qui sont Dieu, après leur apparition successive sur la scène de l’histoire du salut. Ce n’est pas un luxe, un raffinement d’intellectuel, c’est une nécessité, car il ne suffit pas de dire de Jésus qu’il est le Sauveur et de l’Esprit qu’il est le Sanctificateur, si l’on ne perçoit pas au départ le brasier d’amour d’où procède toute cette histoire et où elle nous emmène.

Et, curieusement, c’est l’Ancien Testament qui, ici, nous donne le premier aperçu sur le secret éternel de Dieu. La Sagesse, personnage littéraire, un peu comme on pourrait dire "la République" ou "la Patrie", devient ici une mystérieuse réalité au cœur de Dieu. Avant toute manifestation dans le monde, elle est "enfantée" dans le secret de Dieu. Non seulement elle est le "maître d’œuvre" de la création, mais elle est cet enfant qui "joue" devant Dieu, à la surface de ses œuvres. Nous devinons la connivence profonde entre Dieu et sa Sagesse, qui explique la parole divine en Genèse 1,26 : "Faisons l’homme à notre image". Dieu, l’Eternel, l’Unique, n’est pas sans vis-à-vis, sans relation, sans amour.

Jésus n’aura pas à nous expliquer cela, car il en vit si évidemment devant nous qu’il faut être bien aveugle pour ne pas le voir, lui qui "met ses délices avec les fils des hommes" (même si ce n’est pas sans larmes…). Par contre, il prendra son temps pour nous expliquer qu’en Dieu, il y a un Esprit qui vibre de toute éternité et qui nous est partagé. "Quand il viendra, Lui, l’Esprit de Vérité"… Lui, c’est quelqu’un, ce n’est pas une force anonyme, ou un nom divin qui exprimerait quelque attribut de la divinité, ni une émanation, c’est "Monsieur Saint Esprit" en personne. Certes, il a un nom curieux, qui n’est pas, comme ceux de "Père" et de "Fils", l’indication d’une relation. Saints, ils le sont tous les trois, et Esprit aussi ("Dieu est Esprit", Jean 4,24), mais en disant ce qu’il y a de commun dans l’action de Dieu dans le monde, il exprime leur collaboration, ce en quoi les deux autres se rejoignent dans une œuvre qui est l’œuvre de toute la Trinité. Il est comme ces artistes du Moyen Age qui ne signaient pas leurs œuvres, s’effaçant derrière la communauté des croyants.

Et c’est cet Esprit qui, nous dit saint Paul, a été "versé" ("répandu") dans nos cœurs, sous forme d’amour. Le divin Troisième, celui qui ne s’ouvre sur aucune autre personne divine et "boucle" ainsi la Trinité, est celui avec lequel nous allons avoir un rapport immédiat et qui sera le principe d’œuvres sans cesse renouvelées. La fécondité de l’Esprit est l’envers de son effacement. Jamais directement identifiable, toujours mêlé à la liberté créée, au psychisme, aux mille nuances du tempérament humain, il sera le maître d’œuvre d’une "nouvelle création" qui
prolonge et achève celle des origines.

O Adorable Trinité ! Venez encore, faites en nous votre demeure !

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