Traduit par Pierre

Dieu impénétrable, Unique en Trois Personnes.

par Francis J. Beckwith

jeudi 15 septembre 2016

Les Églises catholique et orthodoxe ainsi que la plupart des obédiences protestantes enseignent depuis des générations que "Dieu est indéchiffrable et ineffable". Ceci signifie que Dieu est tellement autre — incomparable avec ce que nous pouvons saisir en ce bas monde — que nous sommes incapables d’exprimer pleinement ou parfaitement ce qu’Il est par essence ou par nature.

Ainsi, quand nous reconnaissons à Dieu certaines qualités — sagesse, omniscience, toute-puissance, etc. — nous ne disons pas qu’Il les a de surcroît, comme on qualifierait de sage M. Untel (qui serait toujours M. Untel même s’il perdait la tête). Si Dieu était un être complexe comme M. Untel — sujet à des incidents distincts de sa nature — alors on ne pourrait dire de Dieu qu’Il est le Commencement puisque rien de ce qui a été créé ne peut l’avoir été sans cause initiale.

Comme le remarque Saint Thomas : « tout a une cause, car les objets ne peuvent se constituer d’eux-mêmes, sans intervention extérieure. » Ainsi donc, Dieu ne peut être qu’ "unique". Tout ce qu’on choisit d’attribuer à Dieu (sagesse, omniscience, toute-puissance, etc.) ne saurait être "composant" ou "incident" de Dieu. C’est pourquoi on peut dire que Dieu est tel que Ses attributs, et Ses attributs semblables les uns, les autres, entre eux (difficile à saisir, mais bien vrai).

Alors que l’unicité de Dieu peut être admise grâce à une réflexion philosophique, la doctrine de la Trinité nous est connue par révélation. Tandis que les Écritures nous enseignent qu’il n’y a, par nature, qu’un seul Dieu — la source originale de toute création (Actes, 17:24-28) — on nous apprend qu’Il est à la fois Père, Fils, et Esprit Saint. Alors, en l’unicité et l’unité de Dieu se trouvent trois personnes divines, différentes l’une de l’autre et chacune étant pleinement Dieu.

Le rôle de l’Église ne peut être d’expliquer "Dieu Trois en Un", ce qui est impossible. On peut plutôt en attendre qu’elle nous montre que la doctrine est "imaginable sans contradiction", comme le déclare Brian Davies, O.P. . En raison du gouffre ontologique séparant le Créateur de Sa création nous devons nous contenter d’analogies avec l’ordre des créatures.

Les Écritures nous apprennent que le Fils est le Verbe engendré (ou procréé) par Dieu (Jn, 3:16). Et cependant, le Verbe est Dieu (Jn,1:1-2) et il n’y a par nature qu’un seul Dieu. Comment se peut-il ? Faisons une comparaison. Une parole ou une pensée vous vient en tête. Ainsi, d’une certaine manière, vous êtes l’origine paternelle de votre pensée dans la mesure où vous la concevez. En définitive, votre pensée est vôtre dans le sens où vous l’avez conçue.

Mais une pensée ne jaillit pas hors de vous comme s’il s’agissait de l’action de quelqu’un engendrant un enfant ou rédigeant une pensée sur une feuille de papier. Ma relation avec cette pensée est une relation intime qui est propre à ma personne. Néanmoins il existe une vraie relation, une distinction, entre moi et l’idée que je m’en fais. Imaginez, par exemple, que l’idée que je considère soit un concept de moi-même. Alors que cette pensée est un "incident" qui m’est propre et ne participe pas à ma nature, elle est telle que je suis car c’est moi qu’elle concerne.

Voyons alors ce qui touche à la vie intime de Dieu. Dieu se voit tel qu’Il est. Puisqu’Il est éternel, unique, parfait, cette conception de Lui-même doit être perpétuelle, parfaite ; ce ne peut être un accident.. Par contre, ma conception de moi-même, bien que propre à mon esprit, se produit en son temps, imparfaite, accidentelle.

Ainsi, la pensée même de Dieu — le Verbe — doit exprimer la plénitude de la nature divine : éternité, unicité, perfection... Mais ceci signifie que le Verbe, conçu de toute éternité, n’est pas seulement partie de la nature de Dieu, Il est Dieu, tout comme le Père, Son concepteur en éternité est Dieu.

Comme l’a noté le célèbre Frank Sheed [Juriste, philosophe, théologien Australien -1897 - 1981] : « il y a une immense différence entre la pensée de Dieu et celle que quiconque peut concevoir. Sa pensée est un être vivant, la nôtre n’est qu’un objet. » Dieu étant éternel et unique, il ne peut y avoir qu’un Verbe (Jésus Christ), une seule action de Sa pensée d’où toute création reçoit sa place et sa nature. [Cf. Col, 1:16-17).

Les Écritures nous apprennent que l’Esprit Saint procède du Père ET du Fils (Jn 15:26 : « l’Esprit de vérité qui vient du Père »), et de ce fait l’Esprit Saint est Dieu. Admettons que la relation de Dieu à Sa création suit Sa propre relation intime, alors, l’Esprit Saint procède éternellement du Père et du Fils. Le Fils, comme on l’a vu, est la plus totale expression de la pensée divine. Et donc l’Esprit est la plus totale expression de la volonté divine.

L’Esprit, selon l’enseignement de l’Église, est cet amour mutuel, éternel et constant, du Père et du Fils. Mais de même que s’exerce la parfaite pensée de Dieu, celle-ci doit se perpétuer, expression de la volonté et de l’amour mutuel du Père et du Fils éternellement répandu en toute perfection.

Ce qui signifie que l’amour du Père et du Fils se répandant éternellement n’est pas seulement propre à la nature de Dieu, il est, comme le Verbe, un Ètre Divin, tout comme le Père est un Être Divin.

Aussi ardues que ces notions puissent paraître, la distinction entre les personnes de la Trinité est fondée sur les rapports internes réels au sein de Dieu, éternels et inchangés : le Père engendre le Fils, le Fils est engendré par le Père, et l’Esprit Saint procède du Père et du Fils.

De plus, puisqu’il n’y a qu’une nature divine, et que cette nature est unique, chacune des personnes de la Trinité doit avoir toute sa part de la nature divine. Une interpénétration mutuelle des personnes divines découle de leur divine unicité. Certes, il y a là un mystère bien au-delà de la faculté humaine de totale compréhension. Est-ce pour autant impensable ?

11 juillet 2016.

Illustration : La Trinité, par Ludovico Cardi (le Cigoli) - 1592. [Hall Campion, Université d’Oxford.]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/07/11/how-god-is-incomprehensible-simple-and-a-trinity/

Messages

  • Cet article un peu long (mais allez expliquer un Seul Dieu en Trois Personnes !), quelque part comme un peu compliqué, se lit une
    première fois avec une surprise à peine contenue, une deuxième
    fois en se disant : "Mais où donc ce Beckwith veut-il nous embarquer
    et, une troisième fois, comme avec un esprit un peu plus apaisé. En
    ajoutant, de vous à moi, mais chut ! avec un crayon, un Té et un compas entre les mains ... C’est surtout le compas qui fait le plus gros du travail avec des courbes, des traits tout droits, d’autres qui se croisent alors que les autres s’emberlificotent... Finalement on a sous le nez une feuille représentant, disons, les deux Ourses, la grande et la petite, comme superposées une dizaine de fois dans tous les sens !

    Quant on arrive à la conclusion : "Certes, il y a là un mystère bien au-delà de la faculté humaine de totale compréhension. Est-ce, pour autant, impensable ?" Comprendre... Pensée... Mais il a raison, ce
    Beckwith puisque entre compréhension et pensée et...

    Un article construit comme la maquette d’une multitude d’autoroutes surmontées d’autant d’échangeurs, de lacets et de bretelles... Confidence pour confidence : trajet vertigineux... mais susceptible d’être qualifier de ...praticable.

    Oui, ce Dieu "impénétrable", mystère. Mais n’y aurait-il pas dans l’embrouillamini quelques minces failles, comme les meurtrières dans les murs des châteaux-forts, par lesquelles l’impensable pourrait être entrevu d’un côté, ou sinon s’engouffrer, de l’autre ? A chacun de trouver sa réponse. Même en s’en sortant avec un torticolis.

    En tous cas, aucun risque de se perdre ! Comment ça ? Ben voyons : en raisonnant par l’absurde : avec autant de noeuds, cette probabilité est mince.

    L’essentiel c’est qu’il n’est pas impossible d’arriver à bon port .

    Bonne route !

  • Si je commence par dire que hors du monde terrestre, Dieu ne peut être qu’incorporel, tout devient plus compréhensible et la vérité de la Trinité devient évidente dans la lecture de cet article

    • Il est possible que la "Vérité de la Trinité" devienne "évidente" dans la lecture de cet article si on "commence par dire....Dieu ne peut être qu’incorporel".

      Tant mieux pour ceux à qui cette évidence est éclairée dans cette lecture.

      Comment avouer, sans quelque petite honte, n’avancer qu’à tâtons malgré tout. Avec, en plus, le sentiment que le chemin est encore long...

  • Parmi ses abondants ouvrages, une trentaine, le Père René Laurentin a écrit un “Traité sur la Trinité”, Principe, modèle et terme de tout amour (Le Sarment, 2000)

    La Trinité, mystère et lumière" (Fayard, 1999), 618 p., somme qui vient couronner trois ouvrages concernant les trois personnes de la Trinité, parus en préparation de la commémoration du bi-millénaire du Christ instituée par Jean-Paul II :

    “La Vie authentique de Jésus Christ” (2 vol., Fayard, 1996),
    “L’Esprit Saint, cet inconnu” et “L’Esprit Saint, source de vie” (Fayard, 1997 & 1998),
    “Dieu, notre Père” (Fayard, 1998).

    Quelques heures de lecture pour entrer un peu mieux dans le mystère de la Trinité...

    Une prière (*) peut aider grandement à la contemplation du mystère de la Trinité. Celle d’une grande contemplative, une grande mystique, cette carmélite qui sera (enfin !) prochainement canonisée (le 16 octobre 2016, à Rome) : Élisabeth de la Trinité (**).

    Indispensable, un joyau : “Œuvres complètes d’Élisabeth de la Trinité” (Cerf, 2002) 1112 p.

    * Ô mon Dieu, Trinité que j’adore,

    Aidez-moi à m’oublier entièrement
    pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité.
    Que rien ne puisse troubler ma paix,
    ni me faire sortir de vous, ô mon immuable,
    mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère.
    Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos.
    Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice.

    Ô mon Christ aimé, crucifié par amour,
    je voudrais être une épouse pour votre cœur,
    je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer. . . jusqu’à en mourir !
    Mais je sens mon impuissance
    et je vous demande de me « revêtir de vous-même »,
    d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme,
    de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi,
    afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre vie.
    Venez en moi comme adorateur, comme réparateur et comme sauveur.
    Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter,
    je veux me faire tout enseignable afin d’apprendre tout de vous.
    Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances,
    je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière ;
    ô mon astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

    Ô feu consumant, Esprit d’amour,
    survenez, en moi, afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe :
    que je lui sois une humanité de surcroît en laquelle il renouvelle tout son mystère.

    Et vous, Ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature,
    « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

    Ô mes trois, mon Tout, ma Béatitude,
    Solitude infinie, immensité où je me perds,
    je me livre à vous comme une proie.
    Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous,
    en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.

    Prière écrite au Carmel de Dijon, le 21 novembre 1904, jour de la fête de la Présentation de la Vierge Marie

    ** Le 28 octobre 1906, quelques jours avant sa mort, elle écrivait : « II me semble qu’au ciel, ma mission sera d’attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux, et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui-même. »

    http://www.elisabeth-dijon.org/vie.html

    http://voiemystique.free.fr/elisabeth_trinite_derniere_retraite.htm sa dernière retraite (du jeudi 16 au vendredi 31 août 1906)

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