Deux nouvelles questions à Gérard Leclerc à propos de son Abécédaire

par Grégoire Coustenoble

mardi 24 mai 2011

Ce livre a été constitué à partir de chroniques faites de façon quasi quotidienne sur Radio Notre Dame. L’exercice était-il nouveau ?

Cette formule est sans doute plutôt nouvelle pour moi. Comme journaliste, j’ai eu l’habitude de longs articles où j’avais le loisir de développer ma pensée, notamment avec mon travail de critique des idées. Dans le cadre d’un édito du matin, il s’agit d’être bref, et même percutant. Cependant, je ne vois pas de véritable rupture, parce que ma façon de traiter des événements est largement tributaire de ma culture et de tout ce que j’ai pu engranger au long des années. D’où, je le reconnais aisément, une prédominance des thématiques culturelles. Par exemple, lorsque je parle de la Russie ou de la Pologne, ce sont mes réminiscences littéraires qui remontent à la surface. J’oppose Dostoïevski à Tolstoï pour rendre compte des contradictions de l’âme russe.

Et puisque les événements religieux se trouvent au premier plan de mes préoccupations, c’est dans ma mémoire théologique que je puise les éléments susceptibles d’éclairer mes auditeurs et mes lecteurs. Le fait d’avoir déjà vécu toute une vie me rend tributaire d’une expérience qui plonge jusqu’aux années d’après guerre. Avoir assisté au retour du général de Gaulle en 1958 et à l’avènement de la Ve République rend sensible à l’évolution politique de la France et à ses structures institutionnelles. Avoir assisté au déroulement et à la conclusion de la guerre d’Algérie donne quelques points de repères sur le devenir du monde arabe et les relations que l’Europe entretient avec lui. Faut-il revenir sur Mai 68 ? Non, puisque j’en ai déjà largement parlé. C’est le point de départ de ma relation avec la société en devenir, qui, depuis plus de quarante ans, ne parvient pas à sortir de ses contradictions. J’appartiens, d’une certaine façon, à ce que l’universitaire québécois François Ricard appelle “la génération lyrique”, bien que je n’aie jamais partagé ses illusions. Je suis au moins à même de la comprendre dans ses rêves et dans ses échecs.


Dans votre introduction, vous insistez sur votre fidélité à l’Église et votre manque absolu de complexe à la défendre contre toutes les attaques dont elle est l’objet.

Oui, j’admets que je ne fais pas partie de ceux qui se sentent mal dans l’Église. Certes, j’en connais les faiblesses, les carences. Je ne puis oublier que j’ai assisté au cours des quarante dernières années à un véritable effondrement de la pratique religieuse en France, consécutive à une crise spirituelle d’une gravité insondable et à la disparition de l’encadrement reconstitué au dix-neuvième siècle qui assurait l’existence d’un catholicisme de masse. Cela ne m’empêche pas de vivre très tranquillement de ma foi, dans une institution pérenne qui a gardé toute sa légitimité. Une légitimité -faut-il le rappeler ?- qu’elle ne tient pas d’elle-même.

Certains me reprocheront mes pointes polémiques dès lors que je défends l’Église contre les attaques dont elle est l’objet. Mais il est inutile d’insister sur la violence extrême des offensives successives dont le pape et l’institution ont été l’objet à plusieurs reprises. Je n’ai nullement envie de m’en prendre aux personnes. Même si, comme le disait le cher Péguy, tout tourne toujours en question de personnes. L’essentiel est de bien cerner les questions de fond, les convictions les plus enracinées. Tout ce qui nous rappelle que l’Église de Benoît XVI a toujours les promesses de la vie éternelle.

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