Histoire

Des commémorations fourre-tout

par Jean-Gabriel DELACOUR © Acip

lundi 12 novembre 2012

Pour son premier 11 novembre, François Hollande a tenu une fois de plus à se démarquer de son prédécesseur en ne prononçant aucune allocution. Il a anticipé le fait que cette date allait devenir «  la commémoration de tous les morts pour la France  », qu’il s’agisse des deux conflits mondiaux, des guerres d’Indochine et d’Algérie ou des 616 militaires tombés à l’étranger depuis 1962. Toutefois, s’il existe un consensus sur cette nouvelle célébration — annoncée il y a un an par Nicolas Sarkozy —, le gouvernement n’entend supprimer aucune des dix autres journées de commémorations honorant les victimes civiles et militaires liées aux divers conflits.

En revanche, il est question de mélanger en 2014 le centenaire du début de la Première Guerre mondiale et les 70 ans du débarquement de Normandie et de la Libération. On prépare une «  mission des anniversaires des deux guerres mondiales  ». Présidée par le ministre délégué aux Anciens combattants Kader Arif, elle entend «  concevoir, animer et coordonner les initiatives à caractère international ou national propres à rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont lutté pour la défense de la France pendant la Première Guerre mondiale et pour sa défense, sa libération et la victoire sur le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale  ». Mais des voix s’élèvent parmi les historiens et les politiques, y compris chez certains socialistes, pour refuser la confusion entre les événements majeurs de 1914 concernant l’Europe et le monde et ceux qui, au cours de la Deuxième Guerre mondiale, se rapportent essentiellement à la France et se situent, au niveau de l’histoire générale, comme des étapes de l’offensive alliée de reconquête du continent.

Il y a un risque de tout mêler dans la mémoire de ceux qui n’ont connu que par un lointain ouï-dire ces époques. Quand on sait le mal que les étudiants d’aujourd’hui éprouvent à maîtriser la chronologie, on ne peut que craindre les conséquences d’un tel rapprochement. Il leur sera difficile d’établir des relations de cause à effet entre les différents événements.

En outre, la même année, le printemps connaîtra en Champagne — c’est-à-dire pas très loin des champs de bataille de la Grande Guerre — des évocations de la campagne de France menée par Napoléon deux cents ans plus tôt. Il serait donc souhaitable que l’année 2014 ne soit pas encombrée par des commémorations se rapportant à plusieurs époques. Voilà pourquoi il apparaîtrait sage de célébrer l’année suivante ce qui se rapporte à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, en y associant, bien sûr, les épisodes typiquement français de 1944. On pourrait d’ailleurs en profiter pour rappeler d’autres moments de ce conflit où la France a été particulièrement engagée, par exemple le débarquement en Afrique du Nord, celui en Corse ou les combats auxquels ont participé la division Leclerc dès 1941 et l’armée d’Afrique à partir de 1943.

Messages

  • Tout cela est bien vrai ! je comprends que les historiens s’arrachent les cheveux à voir que ces commémorations ne servent en fait, aux mains des politiciens, qu’à justifier leurs attitudes actuelles, moyennant tous les amalgames.
    Et, à propos du débarquement de juin 1944, je bondis toujours en entendant que Ste Mère l’Eglise a été "le premier village français libéré" : c’est oublier un peu vite que la Corse est une Région française (à l’époque un département) et qu’elle a été libérée en 1943 ! podhivana

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