Dégager l’horizon

par Gérard Leclerc

lundi 24 juillet 2017

La période d’été n’est pas seulement propice au repos et à la détente pour les plus favorisés. Elle peut donner l’occasion de faire du loisir l’espace d’une réflexion de plus longue haleine. Pourquoi n’en pas profiter pour réfléchir à notre condition de chrétiens dans la conjoncture actuelle ? L’année qui s’achève a été presque totalement consacrée aux compétitions électorales. Une nouvelle fois, nous avons constaté la difficulté d’une insertion directe dans un domaine qui a ses lois de fonctionnement et où les rapports de force et certaines pesanteurs de l’opinion entravent la traduction directe des convictions. Jusqu’où peuvent aller les compromis, alors que le non-négociable s’y oppose et semble condamner à la marginalité ? Simone Veil, dans son discours sur la dépénalisation de l’avortement, avait cité une formule abrupte de Montesquieu : « La nature des lois humaines est d’être soumise à tous les accidents qui arrivent et de varier à mesure que les volontés des hommes changent. Au contraire, la nature des lois de la religion est de ne varier jamais. Les lois humaines statuent sur le bien, la religion sur le meilleur. »

On pourrait trouver aussi des citations de saint Thomas d’Aquin sur le caractère contingent des lois civiles. Mais l’adaptation au changement des mœurs peut-elle aller jusqu’à des transgressions morales graves ? Un Jean-Claude Michéa, pourtant étranger à toute culture théologique, a mis en évidence les dangers d’une conception du moindre mal possible, qui finit par tuer toute conviction et toute finalité supérieure. Dans une certaine conception du libéralisme, qui n’était ni celle de Tocqueville, ni celle de Raymond Aron, la logique exclusive du marché tend la main au libertarisme sociétal.

Si Emmanuel Macron et sa majorité s’engageaient, par exemple, dans la légalisation de la PMA pour les couples de femmes, en suivant l’avis récent du Comité consultatif d’éthique, ils ne feraient que prolonger une tendance qui n’a cessé de se renforcer ces dernières décennies. Impossible pour nous d’accepter cette prétendue fatalité. Il est nécessaire de promouvoir dans les mois qui viennent un nouveau mouvement massif de réveil des consciences. Ce n’est nullement impossible. Il y faudra du courage, de la détermination, de l’imagination. Fort heureusement, il n’y a pas qu’un certain courant dominant, habile à revendiquer l’exclusivité de la modernité et du progressisme. Il y a aussi des courants qui s’opposent de plus en plus aux conformismes idéologiques. C’est notamment avec eux qu’il s’agira de réfléchir et d’agir pour dégager l’horizon et inventer les médiations nécessaires d’un tout autre projet de civilisation. 

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