Débat hallucinant

par Gérard Leclerc

mardi 11 octobre 2016

Ce qui s’est passé, pour nous dans la nuit de dimanche à lundi, à Saint-Louis dans le Missouri, est proprement hallucinant. L’affrontement entre Hillary Clinton et Donald Trump a tourné au pugilat pur et simple, un jeu dans lequel le candidat du Parti républicain excelle. Il est vrai que ses adversaires démocrates, en l’attaquant deux jours auparavant sur son sexisme avec la diffusion d’une vidéo graveleuse, avaient quand même une responsabilité dans l’affaire. En concentrant l’attaque sur ce terrain des mœurs et de la grossièreté, ils s’exposaient à une réplique proportionnée de l’adversaire, qui s’en est pris au président Clinton, le vulnérable époux de la candidate. Il n’empêche qu’on reste confondu face à pareil déballage, alors qu’il s’agit de décider de l’avenir de la première puissance mondiale.

Comparés à ce scénario inqualifiable, nos fameux débats de second tour des présidentielles en France paraissent comme des exemples de parfaite courtoisie. Du débat de 1974 entre Giscard et Mitterrand, on n’a retenu que la repartie du premier : « M. Mitterrand, vous n’avez pas le monopole du cœur. » Ce n’était tout de même pas de la polémique très enflammée ! Il est vrai qu’en 1988 entre Mitterrand et Chirac, les choses avaient tourné un peu à l’aigre un moment, mais cela n’avait rien à voir avec la menace proférée par M. Trump à l’égard de Mme Clinton de la mettre en prison. Oui, on est en droit de déplorer le spectacle que nous donne la grande démocratie américaine et surtout de s’inquiéter pour l’avenir.

Mme Clinton semble garder l’avantage pour le moment, mais le résultat n’est pas encore acquis. Comment un personnage aussi fantasque et imprévisible que son adversaire pourrait gouverner les États-Unis d’Amérique et prendre les décisions gravissimes qui lui reviendraient ? Mais en même temps, le phénomène Donald Trump correspond à la réalité sociologique de l’Amérique d’aujourd’hui. Si le populisme, tout comme en Europe, modifie les paramètres habituels, c’est que la mondialisation a déstabilisé profondément la société, appauvrissant les classes moyennes et discréditant l’élite politique en général. Il faut analyser le phénomène de fond pour comprendre cette campagne présidentielle impossible.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 11 octobre 2016.

Messages

  • Bonsoir,
    Avez-vous écouté le débat en direct, ou vous fondez-vous sur la presse française, ou us ?
    Car des retours de personnes ayant écouté directement ne correspondent pas avec le vôtre...
    Par ailleurs, madame Clinton serait-elle d’un niveau supérieur en dignité, probité, compétence ?
    Les histoires relatives aux dons à sa fondation, pour sa campagne de pays "au-dessus de tout soupçon" tels l’Arabie Saoudite...aux courriels losqu’elle était ministre de la défense, sans compter les histoires que certains qualifient de "croustillantes" entre son mari, elles, d’autres femmes qui témoigent aussi de l’attitude méprisante d’Hillary, ou encore de ses propres frasques...
    Bref, rien de bien réjouissant...
    Pourtant ...
    Qui aurait mêlé la vie personnelle d’un John Kennedy, et ses choix politiques ?
    Qui aurait parié sur un Reagan ?

    Si les débats français dêjà anciens que vous évoquez étaient ceux de personnes qui, en outre, étaient cultivées, et bourgeoisement éduquées, ce qui n’empêchait pas d’ailleurs des conduites personnelles discutables, de nos jours les débats-ébats-mises en cause judiciaires des uns et des autres, en France, ne relèvent guère le niveau...

    comme l’affirmait le curé d’Ars, l’homme sans dieu ne va pas bien loin en attitude morale...
    Tout ceci le confirmerait ?

    • Le titre de l’article augure de son contenu. Le débat Clinton-Trump fait surtout l’objet d’une observation au sujet, comment dire, du vocabulaire, de l’expression orale. La question de la moralité et de l’intégrité de l’un et de l’autre n’est pas l’objet de ce billet.

      Un rappel de quelques mots échangés entre candidats Français d’il y a quelques décennies a toute sa place. On peut aussi ajouter que l’élégance du verbe a tendance à se perdre aussi chez nous en pareils cas, mais pas au point de concurrencer les "sorties" de l’"orateur" Trump. On est en droit d’attendre un peu plus de hauteur au niveau de la parole.

      Nulle part dans l’article n’est décelable un quelconque positionnement de l’auteur en faveur ou au détriment de la sensibilité politique de l’un ou de l’autre des candidats US. Même si la situation actuelle est décrite en quelques mots, il s’agit d’un bref compte-rendu non sur le fond mais sur la forme. Cependant, la conclusion du billet développe, à juste titre, quelques raisons qui transformeraient, de nos jours, la qualité des débats et on peut en être d’accord ou non.

      Ce qui n’empêche pas qui veut de "déplorer", avec Gérard Leclerc, "le spectacle que nous donne la grande démocratie américaine et surtout de s’inquiéter pour l’avenir".

    • PS

      Titre "hallucinant" de l’article d’un quotidien de chez nous (avec un ou deux détails "croustillants") : "La politique américaine se vautre dans le caniveau". Edifiant, en effet, ce débat surtout quand suivi "en direct". La voix nasillarde d’Hillary Clinton et la tête de Trump sur laquelle on ne distingue pas très bien si ce qui lui couvre presque tout le front c’est son cuir chevelu ou la visière d’une casquette, ajoutés à cela le bavardage inconséquent de madame et la vulgarité qui dépasse la fiction de monsieur, on est plus que largement servi.

      Quand on pense que depuis près de six ans tombent ici et là par milliers des victimes innocentes, par milliers aussi des migrants qui envahissent l’Europe, et les milliers de déplacés chez eux et aux alentours... Tout cela pour quoi ? pour qui ? Pour ça ?...

      On n’a même pas envie de pleurer. On a envie de... Bon. C’est tout.

  • Je ne sais pas ce que vaut Trump, mais je sais ce que vaut Hilary Clinton ; Elle est consternante, culture de mort à fond, en phase avec Obama , agressivité avec la Russie qui nous amenera encore plus qu’Obama au bord ou dans la guerre mondiale. Son élection serait une catastrophe de plus.
    D’autre part reprocher à Trump des propos privés peu ragoutants, livrés par un membre du clan Bush, qui eux nous ont fait la pire des politiques en Irak, mentant, affamant un peuple et le détruisant et créant finalement Daech comme conséquence, c’est du pharisaïsme pur .Et puis qui n’a pas tenu des propos sexistes plus que discutable. Qu’il lui jette la première pierre ? Les Clinton, qui sont sur ce sujet exemplaire ! c’est ahurissant.? De qui se moque-t-on ?

  • On assiste en Occident au convoi funèbre des "politiques" : un personnage comme Trump n’existerait pas s’il n’y avait une "Clinton", cette femme n’est que le symbole d’une caste suffisante et dangereuse.
    Clinton doit passer, comme hollande repassera sans doute en France, c’est ainsi, c’est écrit.. Cette caste mondialiste fera tout et est prête à tout pour se maintenir, elle est d’autant plus inquiétante qu’elle se sent menacée par la "canaille" rebaptisée "populiste".
    Le phénomène Trump n’est que le révélateur de la mort de la démocratie et des pantins qui nous mentent et dont le seul objectif est de survivre. Il a le mérite de taper dans la fourmilière..

    Oui, on aimerait que surgissent du néant des hommes d’état, des héros ou des saints : des noms viennent à notre esprit qui nous font pleurer du désespoir d’être dans un cimetière de "nains" et de médiocres petits bonshommes et bonnes femmes. Les peuples dont on a voulu ôter la mémoire, que l’on a bafoués rêveraient bien d’une jeanne d’arc ou d’un Richelieu avec les mousquetaires, ou d’un De gaulle et l’épopée de la France libre...mais nous n’avons plus que des fragments d’histoire car ces gens comme Clinton ont déchiré le grand livre. Les peuples amnésiques mais qui par moment retrouvent des pages de leur histoire mais sans arriver à les relier se tournent alors vers des représentants dits "populistes" car finalement ils expriment notre colère et notre honte d’avoir pu collaborer au naufrage collectif par notre passivité.

    Une partie du peuple américain, je suppose, exprime la même colère en se reconnaissant en Trump malgré sa "vulgarité" mais que dire du vernis de respectabilité des "républicains" et "démocrates" qui confisquent le pouvoir depuis des décennies et qui comme en France dans "un front républicain" se serrent les coudes, non pour la défense de la patrie mais uniquement pour que leurs privilèges perdurent.

    Oui tout sauf cette caste honnie, Trump aux EU avec sa vulgarité et son franc parler brut de décoffrage fait éclater la machinerie "polie" mais faite de carton pâte.

    • Tout comme Mister Trump et Docteure Clinton, certains l’aiment show.

      Et Lavrov...qui les pince sans rire :

      A la question de la journaliste de CNN, qui lui demandait son avis sur le débat des candidats Trump et Clinton, la réponse embarrassée donnée d’un air un peu malheureux par le ministre russe des AE : "Euh... l’anglais n’étant pas ma langue maternelle...euh... et en voulant rester décent, je trouve... euh... que dans ce débat pour la présidentielle... euh... il y a...euh.. des deux côtés, euh... beaucoup de ch’tt’s." !

      De quoi provoquer un fou rire chez la journaliste - et pas seulement - qui a dit ne pas s’attendre à ça ! Miaou...

      Face à la Russie - et au monde - les USA n’ont pas fini de se ridiculiser. Et l’UE dans tout ça se retrouve comme "La chatte sur un toit brûlant" !

      Gérard Leclerc a raison : ""Oui, on est en droit de déplorer le spectacle
      que nous donne la grande démocratie américaine et de s’inquiéter pour l’avenir".

    • De quoi être inquiet devant l’aggravation de la tension internationale.( Annulation de la visite de Poutine à Paris, et d’autres signes) A quel jeu jouent certains ?

    • Oui, "à quel jeu jouent certains ?". Pourquoi ne pas penser à une séquence précise du film où Charles Chaplin s’amuse avec le globe terrestre, tantôt à l’aide de ses mains, tantôt autrement... Justement, j’y pense.

      En vrac : la 2ème GM, le Japon, Pearl Harbour, Hiroshima et Nagasaki, la Corée, le Vietnam, la dislocation de la Yougoslavie et les Balkans, 1948, 1956, l’Afghanistan, la guerre contre l’Irak, 2003, et les "armes de destruction massive" introuvables, les "printemps arabes" pour asséner la démocratie... le Soudan, l’Ethiopie, l’Afrique, l’EIIL, EIL, enfin EI (ou Daesch) en Irak et en Syrie... et j’ai dû en oublier...

      Ne nous resterait-il qu’à prier pour que les puissants s’essoufflent - ENFIN - , s’assoient autour d’une table et discutent comme des humains civilisés... Ce sont les tigres et les loups affamés qui se battent jusqu’au sang pour un lambeau de gazelle !...

      Mais il y a peut-être une lueur d’espoir : après-demain, samedi, Kerry et Lavrov doivent se retrouver à Lausanne et reprendre probablement le dialogue, (la France n’y est pas invitée) ; Poutine viendra à Paris pour l’inauguration de l’espace religieux et culturel russe quand l’orage aura disparu du ciel de la capitale. Entretemps, les terroristes djihadistes auraient, qui sait, accepté de quitter Alep-Est "avec leurs armes et dans la dignité" accompagnés par Staffan de Mistura... Vers un endroit plus sûr (suivre mon regard) de façon à ne pas pouvoir s’éparpiller en Europe pour y continuer leur "bon boulot"...

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