Davos. La puissance et la fragilité.

par Gérard Leclerc

mercredi 24 janvier 2018

À dire vrai, je ne me sens guère armé pour parler du forum annuel de Davos en Suisse. Mais il est impossible de dédaigner ce rendez-vous mondial de la politique et de l’économie. Soixante-dix chefs d’État et de gouvernement réunis avec les responsables des plus importantes entreprises de la planète, c’est plus qu’impressionnant. Et cela m’impressionne. Les gens qui sont réunis à Davos ne sous-estiment pas leur valeur et le poids qu’ils pèsent. L’un des participants le reconnaît sans pudeur excessive : « Franchement, oui, nous changeons le monde. C’est notre passion. » Et à ce moment de l’histoire où une nouvelle révolution technologique change complètement les données de la production et des échanges, on ne peut que prendre très au sérieux ce genre déclaration.

Il m’est déjà arrivé sans doute de préciser que le nom même de Davos avait en moi une résonance particulière à cause de l’envoûtant roman de Thomas Mann, La montagne magique qui décrit pourtant un tout autre univers, celui d’un grand sanatorium sur lequel le romancier a jeté un regard intense, au point de le transfigurer. Mais les participants au Forum en ont-ils la moindre idée, en dépit du paysage grandiose qu’ils découvrent et dont la poésie ne saurait les distraire de leurs dossiers et de leurs ambitions. Le Davos de Thomas Mann était celui de la fragilité humaine, le Davos du Forum économique est celui d’une certaine volonté de puissance.

Dans ce climat-là, comment les participants ont-ils reçu le message du pape François, qu’ils ont eu l’amabilité d’inviter et qui a répondu à leur invitation par une lettre dont le ton tranche sur celui de leurs discussions. François réintroduit, en effet, à Davos, la fragilité humaine : « Nous ne pouvons pas rester silencieux face à la souffrance de millions de personnes dont la dignité est blessée, et nous ne pouvons pas continuer à avancer comme si la propagation de la pauvreté et de l’injustice n’avait pas de cause. » Le Pape revient aussi sur son souci constant à l’égard d’une « culture du jetable ». C’est, il est vrai, pour inciter le forum « à augmenter la qualité de la productivité, créer de nouveaux emplois et pratiquer le partage juste et équitable des profits ». Ce message résonnera-t-il au cœur des Alpes pour réconcilier la puissance et la fragilité ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 24 janvier 2018.

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