Commentaire du Père Michel Gitton

Croix Glorieuse

2006

Il arrive tous les sept ans en moyenne que, la Fête de la Croix Glorieuse tombant un dimanche, celle-ci prenne la place du dimanche (24e). La fête du 14 septembre nous remet dans le cadre de la Liturgie de Jérusalem où la relique de la Croix était fêtée au lendemain de la dédicace de la basilique de l’Anastasis, ce que nous appelons depuis les Croisés le Saint-Sépulcre. C’est la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, comme on disait jadis, en référence, notamment à sa reconquête et à son transfert triomphal à Jérusalem sous l’Empereur Héraclius (630).

La fête que nous célébrons s’attache à déployer toutes les conséquences de l’évènement de la Croix, elle n’est pas plus un doublet du Vendredi Saint que la Fête du Saint Sacrement ne répète le Jeudi Saint. L’instrument lui-même, cet horrible instrument de supplice que fut la croix, est pris en considération, dans sa matière (le bois qui rappelle d’autres bois, depuis le jardin d’Eden jusqu’à la verge de Moïse) et dans la forme (l’horizontale du monde articulée sur la verticale de l’axe qui relie Dieu à l’homme). Pour lors, les lectures s’attachent à nous montrer comment se nouent selon cet axe les relations dramatiques entre Dieu et sa créature de prédilection.

Dans le passage du livre des Nombres, on nous indique la vaine prétention de l’homme à se hausser lui-même en voulant donner des leçons à Dieu, l’homme se découvre en retour immensément vulnérable et sujet à la menace rampante du règne animal, le salut n’est pas alors à son niveau, mais bien dans un regard de confiance et d’imploration tourné vers en haut, vers ce serpent d’airain qui lui rappelle à la fois son péché et le remède trouvé par Dieu.

Saint Paul nous fait contempler le mouvement de la Rédemption comme une descente, et une descente à plusieurs paliers (incarnation, souffrance, mort) suivie d’une remontée vers la gloire. Le Christ balaye ainsi de son amour toute la distance qui sépare Dieu de l’homme, il la remplit de Dieu.

Jésus lui-même, dans l’évangile de saint Jean, nous montre que sa remontée, cette remontée qu’il opère en notre nom vers son Père, suppose d’abord une descente : seul le Fils bien aimé qui vit près du Père peut aller si loin chercher l’homme perdu et le faire monter vers Dieu. Et derechef on nous parle du serpent d’airain comme figure du Christ en Croix où se noue ce double mouvement : « élevé de terre », il montre la seule exaltation qui ne soit pas idolâtrique ; dans son corps blessé nous voyons à quoi mènent nos désirs trompeurs, mais aussi jusqu’où va la bienveillance du Père pour nous. Si nous ne détournons pas notre regard, il nous est donné d’entrer dans cette « condescendance » divine et d’avouer nos péchés pour en être délivrés.

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