Traduit par Isabelle

Contraception : A quand remonte l’enseignement de l’Eglise ?

par Randall Smith

dimanche 30 octobre 2016

Beaucoup de lecteurs de ce site doivent être déjà au courant du fait qu’un groupe de 141 universitaires catholiques, principalement originaires d’Europe et des Etats Unis, ont signé quelque chose qui s’appelle la Déclaration de Wijngaards, du nom de l’Institut de recherche catholique de Wijngaards (qui promeut « l’égalité des genres et la prise de décision partagée dans l’Eglise » depuis 1983).

Ils l’ont présentée aux Nations Unies pour - quoi ? Approbation ? Amusement ? Lecture de loisir ? Il semble qu’ils pensent que l’enseignement de l’Eglise catholique sur la contraception a besoin d’être réformé. Comme c’est avant-gardiste de leur part.

Heureusement, un autre groupe d’intellectuels catholiques a écrit en réponse son propre document. Ce second document, vous aurez plaisir à l’apprendre, a actuellement reçu plus de 500 signatures d’intellectuels pourvus de doctorats ou de diplômes équivalents en médecine, droit, philosophie et théologie.

Beaucoup de catholiques ont l’air de croire que cette controverse sur la contraception remonte à l’encyclique du pape Paul VI de 1968 Humanae vitae. Paul VI n’a fait, en grande partie, que réitérer avec ses propres mots un enseignement antérieur. Certains catholiques peuvent se souvenir (ou on le leur a enseigné), de l’encyclique de Pie XI en 1930 Casti Connubii. Celle-là aussi est importante, mais n’est pas la source originelle.

Alors, à quand remonte l’opposition de l’Eglise à la contraception ? 1920 ? 1900 ? 1880 ? La contraception est un phénomène relativement nouveau, n’est-ce pas ?

Apparemment pas. Si on prend le temps de parcourir les détails souvent macabres de l’enquête approfondie : Contraception : histoire de son appréhension par les théologiens et les canonistes catholiques de John T. Noonan – ce que je ne recommande pas, d’ailleurs pour de multiples raisons – on découvre que pendant très longtemps, les gens introduisaient d’infâmes substances dans le corps des femmes pour essayer de les empêcher d’avoir des bébés. Depuis quand ? D’après Noonan, « cinq différents papyrus, tous daté entre 1900 et 1100 avant J.C. (oui, avant !) nous donnent des recettes de préparations contraceptives à utiliser… » - eh bien, disons simplement d’une façon que je préfère ne pas décrire.

Voyons les ingrédients : excréments de crocodile pulvérisés dans du mucilage fermenté ? Du miel et du carbonate de sodium ? De telles concoctions pouvaient difficilement être saines pour les femmes de qui on exigeait cet effort (on l’ « exigeait » puisque cela se passait avant que les hommes soient capables de convaincre les femmes que la contraception est une puissante expression de l’autonomie féminine et non pas une conséquence évidente de la rapacité des désirs sexuels de l’homme.)

On pourrait trouver les mixtures dégoûtantes, mais après tout, était-ce vraiment tellement différent de la pratique moderne de stimulation ovarienne qui, par de puissantes hormones dans le corps de la femme, simule une grossesse ? Et tout cet œstrogène qu’on lui injecte, où croyez-vous qu’on le trouve ? Si vous allez sur le net et lisez que c’est un produit de synthèse, vous pourriez encore demander : synthétiser à partir de quoi ? Comment ? Quels produits chimiques ? Comment le développe-t-on ? De quels animaux est-il extrait ? Une fois qu’on a commencé à regarder tout cela de plus près, on pourrait bien trouver que « des excréments de crocodile pulvérisés dans du mucilage fermenté » ne sont pas si étranges. Mais quels que soient les ingrédients spécifiques, bien des civilisations anciennes semblent avoir eu des concoctions ou des méthodes dont elles pensaient qu’elles empêcheraient une femme d’être enceinte après un rapport sexuel. Et nous, bien sûr, nous avons les nôtres.

Quelle était la vision de l’Eglise primitive devant tout cela ? Face à la culture romaine qui ne se posait pas de problèmes en ce qui concerne la contraception ou l’avortement, pour autant qu’on le sache, le premiers chrétiens s’y opposaient. Dans un texte important du premier siècle chrétien, la Didachè ou L’enseignement des douze apôtres, l’auteur dont nous ignorons le nom distingue le Chemin de Vie et le Chemin de Mort.

Le Chemin de Mort, comme vous pouvez vous y attendre, était plein de péchés. L’un d’entre eux était d’utiliser des pharmakeia qui « tuent la descendance, corrompent le moule (plasma) de Dieu. » La référence semble faire allusion à des drogues abortives ou contraceptives. Le même enseignement apparaît dans l’Epitre de Barnabé du premier siècle. Nous trouvons aussi dans le Paedagogus de Clément d’Alexandrie l’avertissement moral : « A cause de son institution divine de la reproduction de l’homme, la semence ne doit pas être éjaculée en vain, ni être abîmée ou gaspillée ».

Au-delà de ces condamnations expresses, ce qui est plus révélateur est l’insistance répétée parmi les pères de l’Eglise primitive sur le fait que l’acte sexuel est indissociable de son dessein procréateur. C’est un souci constant et un thème répété de leur prédication et de leur enseignement. « Nous, chrétiens « dit l’apologiste primitif Justin le martyr, « ou on se marie pour avoir des enfants, ou, si on refuse de se marier, il faut demeurer absolument continent ». De même, au deuxième siècle, le patriarche Athénagoras déclare dans une lettre à l’empereur en 177 que les chrétiens ne se permettent pas le coït pour satisfaire leurs désirs ; mais plutôt « la procréation d’enfants est à la mesure de la satisfaction de nos appétits ».

Ceci est forcément un compte rendu bref et simplifié de ces textes. Chacun devrait être lu dans son contexte d’origine. Je n’ai également même pas fait allusion au sérieux développement de cet enseignement dans les œuvres de Pères de l’Eglise plus tardifs comme Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin, et bien d’autres à travers les siècles. Mais je pense qu’il est raisonnable de dire que l’enseignement que nous trouvons exprimé dans Humanae Vitae et dans le développement qu’en a fait Jean Paul II – la notion que la dimension d’union et de procréation de l’acte conjugal ne devraient pas être séparées – remonte, à l’entière histoire de l’Eglise et a été réaffirmée depuis de façon constante.

Mais vous savez comment cela se passe : Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin, les Pères de l’Eglise primitive, et 2000 ans d’enseignement presque unanime de la morale catholique d’un côté, et d’un autre côté 141 « intellectuels » principalement européens, là où l’Eglise est morte (une des signataires était une vraie baronne), qui offrent un document lors d’une séance des Nations Unies.

Oui, c’est à pile ou face. D’une manière ou d’une autre, difficile de tomber
juste.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/09/26/contraception-how-far-back-does-the-church-teaching-go/

Messages

  • L’enseignement remonte aux évangiles : En effet, suite à (Mt 19, 9) où Jésus répète son commandement sur l’interdiction d’épouser une femme répudiée, il fait suivre une allusion sur les eunuques. Que veut dire ce passage de l’Évangile ? « Tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux à qui cela a été donné. Car il y a des eunuques qui sont venus tels du sein de leur mère ; il y a aussi des eunuques qui le sont devenus par le fait des hommes ; et il y a des eunuques qui se castrent eux-mêmes à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre, comprenne » (Mt 19, 12) . « à cause de/ dans la proximité du royaume des cieux » indique le temps présent sur terre.

    Un eunuque dans la bible est un homme stérile mais capable de coït. Le passage suivant montre bibliquement qu’un eunuque est capable d’avoir une relation sexuelle : « Tel l’eunuque (spadonis) qui voudrait déflorer une petite fille, tel celui qui rend par la force une justice inique » (Sir 20, 4), il est dit explicitement qu’un eunuque est capable déflorer une petite fille.

    Alors quand Jésus dit que certains « se castrent eux-mêmes à cause du royaume des cieux.  », cela veut simplement dire qu’ils ont renoncé par leurs propres moyens à avoir des enfants, mais sans pour autant renoncer à des relations sexuelles. Et Jésus dit cette phrase en réponse à ses disciples pour les rassurer de la parole qu’il vient de dire sur l’adultère que commet celui qui épouse une femme après avoir répudié la première ; parole à laquelle les disciples avaient répondu « Si telle est la condition de l’homme avec sa femme, mieux vaut ne pas se marier. » (Mt 19, 10). Il semble donc clair que Jésus veuille protéger les enfants par un mariage uni, et permettre une relation sexuelle à ses disciples en leur permettant de se rendre eunuques par eux même. Mais comment se rendre eunuque par soi-même ? Si avec cette parole de Jésus, on prend aussi en compte (Dt 23, 1) « Un eunuque, aux testicules écrasés ou amputées et aux parties sexuelles tronquées, ne pénètrera pas dans l’église de Dieu.  », on peut conclure qu’une castration physique volontaire est exclue. Ce qui à contrario rend évangélique la « castration » sans mutilation physique, donc par certaines techniques de contraception uniquement. Une certaine contraception est donc évangélique comme le dis Jésus, tant qu’elle est pas mutilatrice comme le dit le Deutéronome ! Voila qui va encore contre les idées reçues. Notons tout de même que se « castrer » est possible « à cause du royaume des cieux », et non pas pour d’autres raisons.

    Au verset 11 (Mt 19, 11), Jésus prévient les apôtres au sujet de ce long passage « Mais il leur dit : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux à qui cela a été donné.  » ». Cette phrase veut dire qu’il ne faut pas s’arrêter à l’apparence, ne pas l’interpréter avec nos à priori culturels, que la vérité peut être surprenante. Surtout se faire volontairement eunuque, c’est-à-dire avoir possiblement des relations sexuelles sans enfanter, n’est pas possible avec les moyens dont disposent les contemporains de Jésus. La technique actuelle le permet, avec le préservatif. D’où peut-être la parole énigmatique de Jésus à ses apôtres, parole qui s’adresserait en fait aux générations futures, les hommes de sa génération ne disposant pas d’une technique suffisante pour se faire par eux-mêmes eunuques sans mutilation : d’où l’incompréhension des apôtres.

    En (2 R 20, 18), il existe une prédiction d’un roi de Juda, ancêtre de Jésus, au sujet des eunuques. Cette prédiction montre que cette histoire d’eunuques dite par Jésus n’est pas une anecdote : « Et Isaïe dit à Ezéchias : « Écoute la parole de Yahweh : Voici que des jours viendront où l’on emportera à Babylone tout ce qui est dans ta maison et ce que tes pères ont amassé jusqu’à ce jour ; il n’en restera rien, dit Yahweh. Et l’on prendra de tes fils, qui seront sortis de toi, que tu auras engendrés, pour en faire des eunuques dans le palais du roi de Babylone. » » (2 R 20, 16).
    Ici Ezéchias est un roi de Juda, un juste ancêtre de Jésus, la prédiction d’Isaïe au sujet des eunuques est donc flatteuse. Cette prédiction explique donc l’origine des eunuques qui servent hors de la maison de Juda. Or le roi de Babylone a été comparé à un être important et maléfique en Isaïe 14, il se peut que ce soit Satan ou Bélial ou Béelzéboul, ou un autre. De même, Jésus est dit « le Lion de Juda », son roi (Gn 49, 9-12). Or on ne trouve des eunuques dans la bible qu’au service du roi de Babylone et du roi de Juda ou d’Israël, et ceux de Babylone viennent ici de Juda, alors que ceux de Juda semblent venir d’Ethiopie (Jérémie 38, 7 : l’Ethiopie est traitée souvent comme l’Egypte dans la bible, pays qui a protégé le peuple d’Israël lors de famines, de même que Jésus et ses parent Joseph et Marie contre le massacre des enfants de Bethléem). Dans l’ancien testament, les eunuques sont donc des fils du roi de Juda, mais aussi des éthiopiens. Ces éthiopiens étaient aussi vraisemblablement des juifs de religion puisqu’il est aujourd’hui connu l’existence de juifs éthiopiens de race noire. Les eunuques dont Jésus parle, qui se sont fait eunuques pour le royaume, sont donc aussi des disciples ayant une mission particulière « dans le monde », c’est-à-dire dans les lieux où s’exerce le pouvoir de Satan, Bélial ou Béelzéboul…, où ils agissent toujours en étant proches des puissants de ce monde, sans être eux-mêmes, comme Jésus, des « rois » temporels. Comme dans les écritures, il seraient des proches des puissants (par exemple en (1 R 22, 9) ou (2 R 8, 6)), des fonctionnaires parfois de haut rang comme en (2 R 18, 17), des « gardiens » des femmes du roi dans son harem comme en (Esther 2, 3), des militaires ou policiers (Jér 52, 25) ou (Esther 2, 21). Si un eunuque est un homme qui renonce aux enfants, c’est certainement pour avoir le temps de s’occuper des affaires du royaume par une mission de Dieu sur terre pour contrer les forces du mal dans la société.

    Arnaud

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