Traduit par Bernadette Cosyn

Conséquence de la déferlante pour le mariage gay

par Howard Kainz

samedi 21 juillet 2012

L’histoire très connue du jeune Hollandais bouchant avec le doigt un trou dans une digue pour éviter que les flots ne submergent sa ville est une fiction inventée par l’auteur américaine Mary Mapes Dodge (dans sa nouvelle parue en 1865 : Hans Brinker ou Les Patins d’argent) et n’a aucun point commun avec quelque légende hollandaise que ce soit. Mais comme les fables d’Esope, elle a une valeur durable par le message moral qu’elle véhicule, à savoir : même si vous n’êtes qu’un petit bonhomme, si vous voyez un problème surgir et que vous agissez promptement, vous pouvez prévenir le désastre qui ne manquerait pas d’arriver une fois le problème hors de contrôle.

A l’heure actuelle, certains États, essayant de contrer le soutien massif des médias, des politiques et de Hollywood à la réalisation du mariage gay, prennent des mesures pour endiguer l’inondation, comme le petit garçon hollandais. Une des plus importantes a été la promulgation d’amendements dans trente États, définissant le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme.

De façon significative, seuls six États et le district de Columbia accordent des licences de mariage aux couples de même sexe.

Mais ceux qui espèrent empêcher le programme gay de nous submerger devraient prendre garde à certains redoutables obstacles présents en chemin, qui pourraient mener à la défaite ou à des victoires de type "à la Pyrrhus". [1] Je ne me réfère pas seulement aux tentatives pour faire passer le mode de vie gay comme normal à travers l’endoctrinement scolaire, les films hollywoodiens, les séries télévisées mais également à quatre facteurs profondément incrustés dans la culture contemporaine.

1) La propagande a porté ses fruits : il y a une croyance générale, même chez les opposants au mariage gay, que les homosexuels sont "nés" ainsi. Il n’y a pas de fondement scientifique à cette croyance. De nombreux scientifiques ont essayé, durant ces trente dernières années, de prouver qu’il y avait une cause hormonale ou un "gène gay", ou une tendance génétique commune chez les vrais jumeaux. Toutes ces études, soumises aux critiques de leurs pairs, se sont montrées non concluantes. Pourtant, nombreux sont ceux qui croient à un déterminisme biologique. Et si réellement vous venez au monde homosexuel, l’homosexualité semble appartenir à la même catégorie que la race ou l’ethnie. S’il est discriminatoire d’interdire le mariage entre noirs et blancs, il semble également discriminatoire d’interdire le mariage entre deux personnes qui, de naissance, n’ont aucun contrôle sur leur attirance pour leur propre sexe.

2) Depuis 1973, par décision de l’Association des Psychiatres Américains, l’homosexualité n’est plus considérée comme une pathologie. Aucune personne homosexuelle n’est obligée de suivre un traitement, à moins qu’elle ne se sente mal à l’aise en raison de cette attirance, en dépit du fait que cela est maintenant admis comme quasi normal. Le docteur Robert Spitzer, qui était initialement le fer de lance du mouvement pour normaliser l’homosexualité, détermina plus tard que ce mouvement était irréfléchi, et que les homosexuels pouvaient souvent être guéris de leur attirance exclusive pour leur propre sexe. Spitzer publia les résultats positifs de sa thérapie réparatrice dans Archives of Sexual Behavior (archives du comportement sexuel). Mais Spitzer, maintenant octogénaire et parkinsonien - et émotionnellement marqué par les manifestations de haine des militants gays à son égard- a récemment annoncé que son interprétation des données était mauvaise et il a de nouveau changé d’avis.

Et donc la normalité clinique de l’homosexualité n’est plus menacée en raison de l’irrésolution de Spitzer. De fait, l’État de Californie vient justement de ratifier une loi interdisant l’usage de la thérapie réparatrice par les psychothérapeutes.

3) Presque tous les couples utilisent maintenant des contraceptifs, dans le but de séparer complètement le sexe de la procréation. Les homosexuels pratiquent par définition un sexe sans procréation. Par conséquent, les mariages hétérosexuels ou homosexuels ne seraient que deux formes différentes de sexualité non-procréative. Et il serait manifestement inepte pour des couples hétérosexuels utilisant la contraception de protester contre le mariage gay uniquement parce que les gays sont engagés dans une forme différente de sexualité non-procréative.

4) Hors du catholicisme et de l’orthodoxie, le mariage n’est pas considéré comme un sacrement, mais comme un contrat. Luther et les autres réformateurs protestants ont retiré le mariage de la catégorie des sacrements (qui comme le baptême, confèrent des grâces particulières à celui qui les reçoit) et l’ont réduit à un contrat civil conclu devant le ministre du culte.

Le mariage comme sacrement est une participation spirituelle au mystère du Christ, éternel époux de l’Eglise, et il est donc essentiel qu’il soit relié au modèle mâle-femelle (Genèse 1, Ephésiens 5:31-33) et toute tentative d’application au mariage gay serait artificiel et spirituellement choquant. Quoi qu’il en soit, le fait que la majorité des couples catholiques utilisent des contraceptifs, et ce faisant se privent des grâces découlant du volet sacramentel du mariage, ne nous laisse qu’une minorité de témoins de ce sacrement - ce qui en fait une très faible contre-attaque. Si le mariage n’est rien de plus qu’un contrat civil, les autorités civiles, d’un coup de baguette magique, peuvent le rendre accessible aux homosexuels.

Naturellement, si l’un de ces quatre facteurs sus-mentionnés venait à changer substantiellement, les perspectives s’amélioreraient. Des signes d’espoir existent, comme les psychothérapeutes qui continuent de proposer une thérapie réparatrice pour l’attirance vers les personnes de même sexe, l’écoute croissante des catholiques envers la position de l’Église sur la contraception, déclenchée en réaction aux "mandats" agressifs de l’administration Obama et les évangéliques qui réexaminent la position protestante sur la contraception, rejoignant les catholiques dans leur opposition au mandat HHS imposé aux institutions catholiques.

La situation actuelle semble désespérée, mais nous ne devons renoncer à aucun effort — même le plus petit en apparence. Nous échouerons peut-être à endiguer le flot, mais nous recommencerons et alors, avec l’aide de la providence divine, qui sait ?

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Howard Kainz est professeur émérite de philosophie à l’université de Marquette. Ses dernières publications sont : Natural Law : an Introduction and Reexamination (Loi naturelle : introduction et réexamen) en 2004, The Philosophy of Human Nature (La philosophie de la nature humaine) en 2008 et The Existence of God and the Faith-Instinct (L’existence de Dieu et la foi instinctive) en 2010.

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illustration : Le mariage est un sacrement


[1NDT : Phyrrhus 1er, roi d’Epire, remporta deux victoires contre l’armée romaine en 280 et 279 av JC mais sa propre armée fut presque anéantie au point qu’il se serait écrié : encore une victoire comme celles-là et nous sommes perdus.

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