Conflit de devoirs

par Gérard Leclerc

jeudi 12 janvier 2017

L’un des défauts principaux de la polémique, c’est de diviser le monde en deux avec un camp du bien et un camp du mal. Le choix est forcément binaire, et si vous ne vous ralliez pas à ce que Philippe Muray appelait l’empire du bien, vous êtes forcément ce qu’en terme aimable Sartre appelait un salaud. La polémique sur le repli identitaire vous range ainsi facilement dans la catégorie des cathos crispés, rigides ou à l’inverse dans celle des cathos à tout vent, à la doctrine liquide. Sans doute, faut-il parfois prendre le temps de s’expliquer et cela peut se faire assez durement. La discussion un peu âpre peut être utile, à condition de respecter une certaine déontologie et de prendre le temps d’instruire à fond – au sens judiciaire – un dossier pour en mesurer pleinement les données et les difficultés. On opère alors son choix en pleine connaissance de cause et libre à chacun de développer ses arguments.

Mais il peut arriver qu’une telle étude débouche aussi sur, sinon l’indécision, du moins la perplexité. Les moralistes savent que souvent l’obligation ne tombe pas directement du Ciel, comme l’impératif catégorique d’Emmanuel Kant. Il peut y avoir des conflits de devoir, si bien que si déterminé que l’on soit dans ses convictions, on peut balancer entre des choix contraires. Prenons un exemple, qui n’est pas sans rapport avec la querelle de l’identité, telle qu’elle a éclaté dans le milieu catholique ces jours-ci. J’avoue que pour ma part je suis sensible aux arguments de ceux qui pensent qu’il y a un réel problème de l’intégration dans notre pays. Mais en même temps, il y a le problème immédiat des pauvres gens qui fuient la guerre et la misère. Et lorsque je vois que des frontaliers qui sont venus au secours de gens dans la détresse risquent d’être condamnés par les tribunaux, mon cœur se serre et j’ai envie de les défendre. Il faudrait sans doute faire une distinction nette entre le sauvetage des gens en péril et leur intégration durable chez nous. Jean Raspail, le terrible romancier du Camp des saints, adversaire impitoyable de l’invasion migratoire, affirme quand même qu’il est de l’honneur du marin de sauver les naufragés sur son chemin. Parfois, une certaine indifférence pour les malheureux me glace. Mais par ailleurs, je n’admets pas l’irresponsabilité de qui ne considère pas les enjeux du déséquilibre des continents.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 janvier 2017.

Messages

  • On peut faire le choix de secourir et en même temps celui de renvoyer ou non. Choix cruel mais cohérent. Cela suppose une coopération. La vérité , certes, n’est pas univoque, mais les décisions mûries si . A un moment il faut trancher, c’est vrai pour tous les régimes. L’indécision peut coûter très cher. On l ’a vu en 1936, on paie le prix aujourd’hui devant des menace précises négligées.

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