traduit par Pierre

Confiance dans le dialogue entre Foi et Science.

par Michael Baruzzini

dimanche 16 octobre 2016

J’éprouve sympathie — et compréhension — pour la méfiance inspirée à de nombreux jeunes catholiques et leurs parents envers la science. Après tout, l’histoire du jeune croyant qui perd la foi après des études scientifiques s’entend communément à notre époque.

Cependant l’antidote à ce genre d’accident se trouve vite dans le nouvel ouvrage, fort intéressant, de Stacy Trasancos, Particles of Faith [Particules de Foi] paru ces derniers jours. Bien qu’elle prenne soin de préciser qu’elle ne s’est jamais déclarée athée (se considérant plutôt comme "sans religion"), le Dr. Trasancos a connu la même histoire : « À la Fac. je brillais en biologie, et, pour la toute première fois, j’ai tout simplement rejeté la religion. »

Elle écrit que son livre est un appel à "une confiance inébranlable dans le Christ et Son Église quand on aborde le sujet de la science moderne". Et le maître-mot de cette phrase fondamentale est la confiance. Elle lance un appel à plus et non moins d’engagement dans la science, et à plus de confiance plutôt que plus d’angoisse. C’est peut-être le plus important, Mme le Dr. Trasancos souligne que cette sorte de confiance s’applique au magistère qui concerne la foi, et confiance envers les scientifiques pour ce qu’est la science.

L’importance de cette vertu est bien mise en valeur par le récit d’un célèbre incident cité par Mme le Dr. Trasancos : Georges Lemaître, était le prêtre catholique belge qui, le premier, présenta la première version de la théorie du "Big Bang". La théorie devenant confirmée par des observations, S.S. Pie XII adressa à l’Académie Pontificale des Sciences un document se gardant bien d’identifier le Big Bang avec la Création.

Le Père Lemaître fit rapidement part de son hostilité à une telle identification. Trasancos écrit que Lemaître insistait à juste titre sur le fait que "donner suite à des théories scientifiques doit être jugé sur leurs fondements scientifiques seuls et non utilisé pour soutenir des conclusions théologiques". Morale de cette histoire : même si la bonne science semble en tous cas, en tous points, confirmer une doctrine théologique, les Catholiques devraient se garder d’y adhérer trop fermement — de nouvelles découvertes scientifiques pourraient bien remettre en question les découvertes précédentes.

Et s’il en est ainsi d’une théorie scientifique solidement assise comme le Big Bang, combien plus à propos d’autres observations expérimentales et autres théories ?

Il peut sembler étrange de prendre cette histoire de retenue comme un vote de confiance, mais c’est précisément le cas : c’est un vote pour l’idée que, pour le croyant, science et Magistère doivent pouvoir s’exercer pleinement chacun en son domaine, et qu’il faut se garder de les mêler.

Il y a abondance d’exemples de ce genre d’erreur.

Dans le camp athée, on en trouve quand le non-croyant conclut faussement que, par exemple, la preuve de l’évolution ne peut que contredire la croyance religieuse en l’unicité de l’homme, ou que le Big Bang ayant pour cause une fluctuation quantique exclut la doctrine selon laquelle seul Dieu pourrait créer ex nihilo, à partir du néant.

Pour le croyant, on en trouve, par exemple, dans la conviction que la foi implique la croyance simpliste et abusivement littérale en ce récit de la création, histoire hautement irréaliste au vu des découvertes scientifiques.
La confiance est nécessaire car la nature polémique des discussions actuelles entre foi et science nous amène à croire qu’il faudrait un "vainqueur". Mais la totale compréhension montre qu’il ne peut y avoir de "vainqueur" au sens où la fonction de l’un pourrait se substituer à celle de l’autre. Chacun détient la vérité dans son domaine, aucun ne contredit l’autre.

On ne peut s’en apercevoir qu’en échappant aux faux dilemmes engendrés par l’anxiété. Les athées n’ont pas à imaginer que le rôle de la science consiste à saper la religion, et les croyants n’ont pas à imaginer que le rôle de la science consiste à prouver les croyances religieuses. Rappelons les fameuses paroles du Cardinal Baronio à l’époque des controverses de Galilée : « La Bible nous enseigne comment aller au ciel, pas comment va le ciel. » En définitive, l’étude de la nature nous révèle la gloire de Dieu, mais sa fonction essentielle est de décrire le monde tel qu’il est.

Les deux dernières parties du livre du Dr. Trasancos posent les vraies questions sur les controverses apparentes entre science et foi — le Big Bang, l’évolution, les origines de l’homme, etc. Alors que son ouvrage ne propose pas d’exploration exhaustive, approfondie, de ces questions, elle offre une solide introduction aux genres de difficultés particulières que rencontreront les Catholiques explorant en confiance science et foi en la présente époque de l’histoire de l’humanité.

À mon avis, le Dr. Trasancos offre les meilleures idées sur ces sujets, mais elle prend soin d’expliquer que ses réponses à nombre de questions ne sont pas définitives, mais plutôt des exemples de la sorte d’approche confiante qu’elle juge nécessaire dès à présent. Ce sont les arguments, je pense, qui entraineront le plus de discussions chez les lecteurs.

Ce qui devrait se produire puisque — S.S. Jean-Paul II le notait dans Fides et Ratio — le dialogue entre foi et raison est sans fin et doit être constamment renouvelé pour suivre les nouvelles découvertes et poser de nouvelles questions. Et en même temps « Il n’y a alors nul motif de compétition de quelque sorte entre raison et foi : chacune contient l’autre, chacune a son propre domaine d’action. »

« Respectez les véritables théologiens et exégètes », note le Dr. Trasancos, qui poursuit peu après : « Respectez les véritables scientifiques. » C’est la véritable, l’unique note de son ouvrage — la calme assurance avec laquelle elle avance son investigation de la rencontre entre croyance religieuse et connaissance scientifique, certaine qu’en définitive, bien que travaillant dans des vignes distinctes toutes deux sont dans la même recherche sincère de la vérité.

5 octobre 2016.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/10/05/confidence-in-the-dialog-between-faith-and-science/

Photo, le docteur Dr. Stacy Trasancos, auteur du livre Particles of Faith, qui vient de paraître aux Etats-Unis.

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