Traduit par Bernadette Cosyn

Comment nous donnons sa chance à l’Enfer

par le père Jerry J. Pokorsky

dimanche 26 février 2017

Il est temps de repenser au Ciel et à l’Enfer. Beaucoup de gens croient que tout le monde ira au Ciel. Mais c’est peut-être parce qu’ils sous-estiment l’attraction de l’Enfer. Il semble qu’il y a bien trop d’anges harpistes flottant ici et là sur des nuages dans notre vision du Ciel. Et bien trop de feu et de soufre dans notre vision de l’Enfer. Dieu est pro-choix. Il nous laisse choisir librement entre le Ciel et l’Enfer. Pourquoi ne pas penser au Ciel et à l’Enfer comme à des endroits que nous choisissons en fonction de leurs mérites respectifs ?

Donnons sa chance à l’Enfer !

Pensez à tous les choix que nous avons en cette vie et ensuite pensez à ce que serait vivre éternellement avec ces choix. Cela donne seulement un petit aperçu de ce qu’est le Ciel. Saint Paul enseigne : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, qui n’a pas pénétré le cœur humain, ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment » (1 Corinthiens 2:9). Et comment aimons-nous Dieu ? « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » dit le Seigneur (Jean 14:15). Le Ciel mérite-t-il l’effort de suivre les enseignements difficiles du Christ alors que nous avons par nous-mêmes tant de rêves, de projets et d’ambitions ?

Nous sommes habitués à penser à l’Enfer en termes négatifs, comme étant la fournaise brûlante que Jésus décrit comme « les feux de la Géhenne ». la Géhenne était primitivement le lieu ou certains rois de Juda ont sacrifié leurs enfants par le feu pour satisfaire le démon Moloch. On récolte ce que l’on a semé. Se pourrait-il que les rois impénitents de Juda passent l’éternité à souffrir de la manière qu’ils ont choisi pour leurs enfants ?

Alors nous nous disons : du calme. L’Enfer ne peut pas être pour nous cette fournaise brûlante, à moins que nous ne sacrifions nos enfants aux démons. On est au 21e siècle. Pour ceux qui choisissent l’Enfer de nos jours, « les feux de la Géhenne » ne sont peut-être qu’une métaphore, comme l’enseignement « si ton œil t’entraîne à pécher, arrache-le ». L’Enfer est-il vraiment si mauvais que nous le pensons ?

Nous disons : pensons positivement. L’Enfer est plus qu’un lieu, c’est ce que nous choisissons. Envisagez tous les plaisirs du monde, et imaginez les posséder pour l’éternité. Comme le chocolat. Peut-être que l’Enfer est constitué des plaisirs terrestres que nous choisissons librement, de nos « absolus » personnels, ce que nous voulons, quand nous le voulons. Est-ce si faux ? Satan excelle dans les relations publiques. Il est là pour séduire.

Bien sûr, il n’y a pas de retour en arrière. La repentance gâche tout parce qu’elle révélerait que nous doutons de notre attachement aux choses et aux plaisirs. Donc il ne peut pas y avoir de ré-étalonnage de nos vies pour coïncider avec la difficile loi de Dieu. Ses chemins, après tout, ne concordent pas avec les sensibilités modernes (ni avec celles des Romains et Grecs de l’Antiquité, dans ce domaine). Suivez vos rêves. Laissez Dieu en dehors, et soyez certains que vous vivrez ces rêves – pour l’éternité.

Dans un épisode de « La quatrième dimension », intitulé « Un endroit agréable à visiter », Rod Serling et l’auteur Charles Beaumont ont eu une idée similaire. Après avoir cambriolé une boutique de prêteur sur gages, Henry « Rocky » Valentine est atteint par le tir d’un officier de police alors qu’il fuit. Il se réveille apparemment indemne. Un vieil homme cordial l’accueille. Il explique qu’il a pour instructions de guider Rocky et de lui donner tout ce qu’il désire. Tous deux se rendent dans un appartement luxueux. Tout est gratuit. Rocky en conclut qu’il est mort et croit être au Ciel (le vieil homme étant son ange gardien).

Rocky visite un casino, gagnant chaque fois qu’il mise, tandis que de jolies filles se rassemblent autour de lui. Mais personne, à l’exception de Rocky et de son « ange » n’est réel. A la longue, Rocky se lasse profondément de voir tous ses désirs terrestres instantanément satisfaits. Pas d’amis, pas de générosité, pas d’amour. Rien qu’une pleine satisfaction d’un instant. Il appelle le gentleman et lui dit qu’il est fatigué du Ciel et veut aller « à l’autre endroit » pour rejoindre ses amis. La réponse du gentleman est le trait final : « le Ciel ? Qu’est-ce qui vous a donné à penser que vous y étiez, monsieur Valentine ? Ceci est l’autre endroit ! »

Mais, dites-vous, nous sommes des gens bien. Tolérants. Acceptant les autres. Ne jugeant jamais. Jugeant si peu que nous sommes indifférents à la détresse des enfants à naître, aux politiques catholiques pro-choix, aux pauvres et à bien d’autres choses. Pourquoi s’impliquer ?

Ecoutez cet avertissement. Le chemin vers le Ciel n’est peut-être pas plaisant dans cette vie. Dans le projet de Dieu, après la chute, le chemin passe par la Croix de Jésus. Il est parfois difficile de garder ses commandements. Il est difficile d’être bon, fidèle, pur, honnête, courageux, humble, généreux et nous pardonnant mutuellement nos péchés. Il est difficile d’aimer « jusqu’à la souffrance » (selon les conseils de Mère Teresa). Nous devons accepter d’être dans les mains de Dieu, et non dans les nôtres, et nous devons désirer risquer de perdre les choses du monde et de nous perdre nous-mêmes au service des autres pour l’amour de Dieu. Voici les choix qui nous établissent dans la loi de l’amour du Christ.

Le ciel n’est pas une éternité de plaisirs terrestres, mais une éternité de joie glorieuse et de plaisir spirituel, d’extase devant la vision béatifique débordant sur la chair de nos corps glorifiés. Une option fascinante.

Les certitudes sont hors de portée de ce côté-ci de l’éternité. Mais nous pouvons compter sur ceci : « devant l’homme sont la vie et la mort, le bien et le mal, ce qu’il choisit lui sera donné » (Siracide 15:16). Nous sommes dignes de ce que nous choisissons et nous devenons ce que nous choisissons. Pour l’éternité.


Le père Jerry J. Pokorsky est prêtre du diocèse d’Arlington. Il est le curé de la paroisse Sainte Catherine de Sienne à Great Falls, en Virginie.

Illustration : une scène de l’aventure de Rocky dans « Un endroit agréable à visiter » avec les acteurs Larry Blyden et Sebastian Cabot (1960)

Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/02/25/how-we-give-hell-a-chance/

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