Commémorer la fête de La Fédération et contribuer au débat sur l’identité nationale

dimanche 10 janvier 2010

Ce n’est pas sans appréhension que trois associations (*) ont pris l’initiative de commémorer la fête de la Fédération tenue le 14 juillet 1790. Pourquoi un tel évènement est-il aussi ignoré alors que Marc Bloch écrivait « il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération" ?
A suivre ce critère bien peu de Français comprendraient leur histoire. Marc Bloch pointe ceux qui  »lisent sans émotion le récit de la fête de La Fédération ». Il s’agit moins de faire appel à une réflexion politique ou historique que de se laisser émouvoir par une fête. Une fête ? oui ! en ce 14 juillet 1790, on ne tue personne, on ne guillotine pas encore. On fait la fête sans doute pour commémorer la prise de la Bastille mais pour aussi célébrer la paix civile et une concorde retrouvée. La fête encore pour ce qui sera l’ultime tentative de concilier l’amour du Roi et celui des idées nouvelles. Le mot Fédération lui-même est riche de toutes les ambiguïtés de l’avenir. Est-ce la Fédération des forces vives du pays dans un élan qui préfigure paradoxalement le centralisme et même l’an II ou au contraire l’ultime chance donnée à la Monarchie de rénover sa vocation fédératrice ? Quelle perspective offre la fête de la Fédération ? celle du fédéralisme décentralisateur de Proudhon ou au contraire celui post jacobin des « Fédérés » de la commune ? Tocqueville tire dans un sens, Michelet dans l’autre. L’empreinte américaine sur la fête elle-même apporte l’ambivalence de son propre fédéralisme : affirmation de l’Etat fédéral ou celle des Etats fédérés ?

Le tryptique emblématique de la fête de La Fédération lui-même » La Nation - La Loi - Le Roi » mis en exergue à l’époque, circonscrit toute une politique : d’abord volonté de refonder l’idée nationale ; ensuite ouvrir une réflexion constitutionnelle ; enfin pérenniser un pouvoir à visage humain. Ces trois pôles du 14 juillet 1790 sont d’une grande actualité 220 ans plus tard : le premier volet - la nation - n’entre t-il pas en résonance avec la réflexion voulue par les Pouvoirs Publics sur l’identité nationale ? Le second - la loi - n’est-il pas de circonstance au moment où la Constitution est en mutation … ou en lambeaux ? le troisième enfin - le Roi - est lui aussi d’actualité à l’heure où le pouvoir élyséen est campé comme une caricature de monarchie. Caricature qui condamne ou fait regretter l’original ? Du fait de l’affadissement des idéologies et même des doctrines la réponse est pour une bonne part affaire de communication

Le 25 juin 2010, en commémorant la fête de La Fête de la Fédération nous serons donc de plein pied dans l’actualité sous la houlette d’historiens illustres avec Emmanuel Le Roy Ladurie qui traitera de « « L’infrastructure ethno linguistique des territoires représentés le 14 juillet 1790 à la fête de La Fédération » ou le professeur Georges Henri Soutou, professeur à la Sorbonne et Jean Philippe Lecat, ancien ministre de la Culture. Le Parrainage du ministère de la Culture et de la Communication marque un intérêt fort des Pouvoirs Publics. Celui du ministère de l’immigration, de l’identité nationale et du développement solidaire en marque un autre.
La fête de La Fédération est de ces moments où l’Histoire hésite. Cette fête est-elle déjà l’antichambre d’un inéluctable jacobinisme ? Ou anticipe-t-elle sur une Monarchie constitutionnelle qui verra le jour prochainement, en 1815 ? Avec la fête de La Fédération les grilles de lectures idéologiques se brouillent. La politique reprend ses droits.

Les historiens convoqués à cette relecture de l’évènement seront de plein pied dans l’actualité. Le débat sur l’identité nationale ne saurait se ramener à l’orchestration de réflexes xénophobes ou de dénonciations des vols à la tire. Le colloque du 25 juin 2010 montrera précisément que malgré ses ambiguïtés le 14 juillet 1790 avait pour la France, des ambitions plus nobles.

Pour Le comité d’organisation

Joël Broquet

* « La Fédération », Mouvement Fédéraliste Français ; le comité La Fayette et le Carrefour des Acteurs Sociaux.

Messages

  • Que la France Catholique puisse parler de façon laudative de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790 est tout de même étrange ! Une messe sacrilège célébrée par un Talleyrand cheville ouvrière de la Constitution Civile du Clergé, déjà apostat dans son coeur, et qui se moquait publiquement de la "mascarade" à laquelle il avait participé ...

  • En réponse à M. Foncin :
    Le texte n’engage que son auteur et non pas France Catholique. L’évènement "la Fête de la Fédération" se place tout de même sous la "présidence" du Roi. Certes les évènements vont donner tort à ceux qui rêvent d’une monarchie constitutionnelle et paisible. Mais elle refera surface en 1815 avec la Charte. Pour nous la question est simple : la fête de la Fédération est-elle ambivalente politiquement (ce que je crois) ou doit-on n’y voir QUE l’antichambre de la terreur anti religieuse ?
    Il ne s’agit d’ailleurs pas de célébrer cet évènement mais de s’interroger à son sujet.
    J. Broquet

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.