Christianisme en Chine : le livre qui change tout

lundi 6 octobre 2008

Voici un livre qui est d’abord un grand périple à travers le monde sur les traces de saint Thomas, avec une étrange impression de proximité des événements. Décidément, l’Histoire écrite par Dieu défie les lois du temps. Comme il est frappant de découvrir que pour le chercheur acharné, chevronné et bien introduit, une autre vérité est peut-être là, à portée de main. Peut-être cachée, en effet, dans les archives et les biblio­thèques, ignorée par des cercles de recherche qui restent coincés par des préjugés culturels. Ou bien cette vérité est-elle devant les yeux de tous, figée dans la pierre ! Mais encore indéchiffrable pour le non initié... Au fil des pages, tout semble si limpide, évident et lumineux ! On a envie de faire ses valises et de sauter dans le premier avion pour Nankin, de se précipiter pour toucher les traces du Verbe de Vie en Chine – douce contagion que cette incrédulité de l’apôtre Thomas qui veut voir pour croire, tellement c’est folie.

En effet, la thèse des auteurs est une bombe pour celui qui en mesure l’impact pour la Chine et l’Église universelle. Songez à chaque chrétien de Chine qui, par obéissance, récite fidèlement son « je crois en l’Église catholique et apostolique ». Pour nous, ce dernier qualificatif ne fait aucun doute, mais pour eux, cela prend enfin tout son sens dans une Église de Chine en pleine renaissance. Celle-ci est donc bel et bien dans la filiation apostolique grâce à l’apôtre Thomas, ce « dur à cuire » devenu saint, dont l’entêtement a prévalu aux obstacles de la Route de la soie. Qu’à cela ne tienne, il s’y prendra par deux fois et par la mer au final ! Au lendemain de la Résurrection, à Tibériade, le Christ envoie ses disciples « porter la bonne nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre ». Et nous qui pensions que la vision des hommes de ce temps se limitait au pourtour du bassin méditerranéen. Loin s’en faut ! Tandis que Jacques butait à l’ouest sur l’Atlantique, Thomas s’en fut vers l’est jusqu’au Pacifique. Le feu trinitaire aurait-il pu ignorer la deuxième plus grande civilisation de l’époque ?
L’histoire ancienne nous compte une origine nestorienne de l’Église de Chine échouant à Xian. Serait-elle donc de germe sectaire ? Si la venue du grand Matteo Ricci en 1500 semble apaiser nos esprits par la richesse spirituelle et intellectuelle de son héritage, la suite des compagnons de Jésus en Chine fut plus sombre, avec ses luttes intestines et le bannissement par Rome du culte des ancêtres qui se soldera par le renvoi de toutes les congrégations par l’Empereur.

Mais voilà que les au­teurs semblent avoir trouvé une clé pour un renouveau en profondeur : revenir à la source apostolique que la Chine a connue au temps de la fondation de l’Église universelle. C’est toute la philosophie chinoise, jusqu’à la théorie du « Grand Véhicule », qui en est imprégnée. Des siècles de savants qui ont scruté les religions et courants de pensées en Chine ont trouvé la clé de voûte : les étranges références à des préceptes christologiques parsemées dans les cultes et les textes des élites chinoises renoueraient ainsi avec leur source. Tout pourrait dorénavant être à nouveau transcendé, comme le fut l’ancienne Alliance : « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils Le reconnurent ». Que peut-on souhaiter de plus à la civilisation chinoise en quête de sens ?
Mais la portée de cette découverte est aussi immense pour l’Église par trop romaine. Déployant aujourd’hui tous ses efforts depuis Vatican II pour renouer avec ses racines orientales, n’accueille-t-elle pas dans son Europe qui se déchristianise prêtres et communautés africaines et sud-américaines ? Adage des évangélisateurs dorénavant évangélisés ! Heureux kérygme qui lui revient en boomerang, pour la plus grande gloire de Dieu.

L’Église de Chine n’a plus qu’à puiser dans le message de son fondateur gravé dans la pierre de Kong Wang Shan. Que nous révèle-t-il ? L’apôtre Thomas enseigne, son acolyte tient dans sa main les premiers rouleaux sur lesquels est consigné l’enseignement des apôtres réunis en cénacle à Jérusalem, Marie mère du Sauveur est là et nous désigne son fils, et enfin la croix et les premières inscriptions christiques, bien présentes. Il y a tant à dire de ce message ! Tous les fondamentaux de l’Église catholique y sont consignés. Le livre qui paraît aujourd’hui semble en avoir rassemblé l’essentiel, admirablement, permettant à chacun d’y puiser selon sa sensibilité : voyageur avide de découvertes, universitaire rigoureux, chercheur de Dieu, amoureux de l’Église. Après lecture, on aura bien du mal à nous faire douter que la découverte soit pro­bante, dans une rigueur académique alliée à la profondeur spirituelle ? Il semble bien que voilà un immense cadeau du Ciel pour la Chine et l’Église universelle. Ne prenons pas le risque de passer à côté.

Guillaume LESAGE

Pierre Perrier et Xavier Walter,
« Thomas fonde l’Église en Chine »,
Éditions du Jubilé, 320 pages, 22 e.

Messages

  • Connaissez-vous le livre de Sébastien de Courtois, Chrétiens d’Orient sur les routes de la soie, Dans les pas des Nestoriens, ed La Table Ronde 2007 ?
    Récit passionnant d’une recherche des traces subsistantes de l’évangélisation nestorienne. L’auteur est parti à pied en cinq mois du dernier Patriarcat Nestorien à Kotchanès (près de Hakkari en Turquie Kurde), jusque Xian et Pékin. Il est membre de la Société Nationale de Géographie et de la Société des Explorateurs Français, résidant à Paris et Istamboul. Un très beau film illustre la fin de ses conférences. Abbé Pierre Houzet. <pierrehouzet@orange.fr>

  • Le livre de Pierre Perrier ne cite malheureusement pas ses sources. L’auteur falsifie le texte ancien chinois (sur le songe de Mingdi) qui lui sert de référence. Bref, ce livre est vide de preuves.

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