Cardinal Vlk : L’Église des héros et des saints

par Gérard Leclerc

lundi 20 mars 2017

Le décès (le 18 mars) du cardinal Miloslav Vlk, ancien archevêque de Prague, nous remet en mémoire toute une page de l’histoire de l’Église contemporaine, celle qui s’est achevée avec la chute du mur de Berlin et la révolution de Velours à Prague. Avant de devenir une des principales personnalités des Églises d’Europe centrale, le cardinal avait été, en effet, persécuté par le régime communiste. Vocation tardive, il avait été ordonné prêtre au moment du Printemps de Prague (1968), qui ne fut qu’un bref intermède de liberté, avant que ne retombe plus lourdement la chape de plomb totalitaire. Après une dizaine d’années où il avait continué à exercer un ministère en Bohême, dans des paroisses reculées de montagne, il avait été, tout simplement, interdit de sacerdoce. Laïc aux yeux de l’État, il exerça alors la profession de laveur de carreaux de 1978 à 1986, avant de retrouver une tâche professionnelle plus conforme à sa formation initiale. Il avait suivi, en effet, des études d’archiviste à l’université Charles de Prague. On l’autorisa à travailler aux archives de la banque d’État.

Cela ne l’empêchait pas de poursuivre clandestinement son ministère, auprès de petits groupes de laïcs. Avec la chute du régime et l’élection du président Vaclav Havel, il devait suivre au premier plan les bouleversements de la Tchécoslovaquie et de toute la région. Mais ce fut pour lui le début d’une prise de responsabilités qui devait le conduire rapidement aux plus hautes charges ecclésiales : évêque d’abord, puis archevêque de Prague où il succéda à son vénérable prédécesseur le cardinal Frantisek Tomasek, enfin cardinal lui-même, président de la Conférence épiscopale tchèque ainsi que du Conseil des conférences épiscopales d’Europe. Cette ascension fulgurante s’expliquait par ses éminentes qualités, spirituelles, intellectuelles et pastorales.

Dans le message qu’il a adressé au cardinal Dominik Duka, qui lui a succédé au siège de Prague, le pape François déclare : « Je me souviens avec admiration de sa tenace fidélité au Christ, malgré les privations et les persécutions contre l’Église, comme aussi de sa féconde et multiple activité apostolique animée par le désir de témoigner à tous la joie de l’Évangile… » Avec le cardinal Vlk c’est un beau témoin de la foi que nous pouvons saluer, en nous rappelant qu’en dépit de nos tristesses et de nos imperfections, l’Église continue à faire lever des héros et des saints.

Messages

  • Le décès du cardinal Vlk nous ramène à une triste constatation en cet anniversaire des 60 ans du traité de Rome.

    Oui, il y a eu une Eglise résistante à l’est. Avec d’autres, croyants d’autres Eglises (notamment en République démocratique allemande) ou agnostiques, comme l’admirable Vaclav Havel, elle est parvenue à faire s’écrouler le rideau de fer et l’empire soviétique.

    Heureusement qu’il n’y a pas eu que l’Eglise de l’Ostpolitik, qui s’imaginait pouvoir négocier avec les Soviets...Comme si on négocie avec le geôlier...

    Mais où sont les résistants à l’ouest ? Ou sont ceux qui, dans l’Eglise, et hors de l’Eglise, ont dénoncé la dérive d’une communauté européenne devenue union européenne. Une union qui, au lieu de servir le bien commun des nations qui la composent, a imposé à tout un continent son joug d’austérité et de dérégulation des moeurs et diffusé une idéologie sinon de haine de la nation du moins de dégoût de la nation regardée comme une chose périmée ?

    Qui a dénoncé le "nominalisme" idéologique européen, en vertu duquel on a appelé "parlement européen" une assemblée qui n’a rien d’un parlement faute de peuple européen ou de société politique européenne, une commission qui n’a rien d’un exécutif, une cour de justice qui n’est pas une cour suprême, toutes ces institutions n’étant en fait que les organes d’une gouvernance subsidiaire ?

    Qu’ont fait les épiscopats européens sinon jouer les insignifiants compagnons de route d’une Europe qui a trahi son héritage depuis le funeste traité de Maastricht, en dépit des mises en garde puissantes émises notamment par Benoît XVI ? Sinon cautionner ce que les peuples tels que le nôtre ont rejeté : le projet de constitution européenne de 2005 ? Que dit d’important l’actuel pape sur la crise de l’Europe, quant à lui : vraiment pas grand chose. Connait-il ce continent, d’ailleurs ? S’y intéresse-t-il ?

    Il est bien temps de s’inquiéter de la montée des populismes. Le populisme, c’est la colère des peuples qui se sentent incompris et abandonnés, privés de projet et de sécurité. Qu’a-t-on fait pour répondre à cette impatience ? Rien. D’autres se chargent d’instrumentaliser ces frustrations. Que projette-t-on pour remettre l’Europe dans le bon chemin ? Rien de clair.

    Quand les peuples sont en colère et que les gouvernements et les élites ne sont plus à la hauteur de la tâche, et n’écoutent plus l’impatience qu’exprime le peuple, la situation peut devenir dangereuse et incontrôlable : c’est ce dont nous nous souvenons avec la commémoration d’un autre événement européen, tragique celui-ci, la révolution russe de 1917.

    Mais a-t-on retenu la leçon ?

    25 mars 1957-25 mars 2017

    • "25 mars 1957 et 25 mars 2017" oui, mille fois OUI, pour se souvenir que la fête de l’Annonciation, la fête du "Oui" de Marie, à l’accueil de Jésus pour le donner - ou le proposer - au monde. Alleluia !

      En ce jour béni, où Marie devient "accueil" et non "soumission d’esclave", on a envie de se mettre en face à face à l’événement, loin de toutes les phobies anti-soviétiques et autres anti-tout ce qu’on voudra. Il n’est nullement question d’"empêcher" qui que ce soit de s’exprimer, mais de se demander si, pour une fois et à cause de ce jour béni du "Oui" de Marie, il est légitime ou non de souhaiter une pause pour méditer sur cette événement qui a transfiguré l’Histoire...

      De plus, quand on est sur un site connu sous "France catholique".

      "Ecce ancilla Domini" : "Je suis la Servante du Seigneur"...

      Bonne, Heureuse et Joyeuse fête de l’Annonciation ! Un Sauveur nous est donné !

    • Vous faites bien de faire le rapprochement.

      L’Europe qu’on fête aujourd’hui à Rome a renié les fondements chrétiens de sa civilisation.

      Ses institutions ont contribué activement à faire passer dans les textes l’idéologie libertaire.

      La Cour européenne des droits de l’homme est devenue un des principaux foyers de propagation de cette dérégulation.

      Jamais l’homme européen n’a été aussi complètement et intensivement soumis aux lois du marché jusque dans sa vie personnelle.

      Europe, qu’as-tu fait de ton âme...?

      Hollande parle à Rome d’une Europe forte, mais elle est moralement minée. En aussi piteux état que Byzance à l’heure de tomber sous les coups de l’envahisseur musulman...Nous, nous avons Poutine à nos portes qui nous dit tout le mépris que cette Europe lui inspire et qui n’hésite pas à défier celle-ci par la force en violant allègrement ses principes fondateurs.

      Et pour tout recours, nous risquons de nous retrouver avec, à l’Elysée, un blanc-bec, issu d’une gauche socialiste en décomposition au terme du quinquennat le plus calamiteux de toute la 5ème république, et qui bénéficie du soutien appuyé des médias, allié à des MRPs au rancart qui sont pourtant directement responsables de cette débâcle...

      Oui, la seule bonne nouvelle de la journée est bien celle de l’Annonciation : pour une fois, je suis entièrement d’accord avec vous...

      Il vaut mieux se tenir aujourd’hui à Nazareth qu’à Jérusalem où le Temple ne vaut pas tellement mieux qu’ Hérode, sbire de l’empire romain...

    • cf. : 25 mars 15:24

      Faux ! Aucun "rapprochement" n’a été fait, il y a seulement RAPPEL que ce 25 mars est la fête de l’Annonciation.

      Méditer... Et pour méditer il faut commencer par faire silence. Se taire...

      Bonne fête !

    • La vie de Mgr Miloslav Vik à travers son parcours, ses souffrances, son action soutenue par son "profil" humain et spirituel, cette vie bousculée et palpitante évoquée avec sobriété invite au recueillement. Ce n’est que dans la sérénité, la paix intérieure, que les événements les plus sombres peuvent être évalués et compris à leur juste valeur.
      "... cette ascension fulgurante s’expliquait par ses éminentes qualités spirituelles, intellectuelles et pastorales" sinon, et en allant plus loin, de telles souffrances et épreuves ne pourraient avoir d’issue que dans la violence du désespoir.

      Ce billet, riche et sobre à la fois, communique la sérénité sans laquelle rien de vraiment positif ne peut être entrepris. Parce que comment pourrait-on, dans le désordre et le bruit, apprécier le fait qu’"en dépit de nos tristesses et de nos imperfections, l’Eglise continue à faire lever des héros et des saints"... Et serait-il faux de penser que "héros" et "saints" pourraient être perçus, quelque part, comme synonymes...

      En ces heures difficiles que traverse l’Eglise il n’est pas superflu de remercier Gérard Leclerc pour cet article qui arrive comme pour "tirer par la manche" et réveiller ou rappeler la confiance lorsque celle-ci a tout l’air de vaciller...

      Autant que les pécheurs - dont nous sommes - des héros et des saints continuent d’écrire l’histoire de l’Eglise. Et, contre vents et marées, il y en a qui croient fermement que ce n’est pas aujourd’hui que cette folle aventure de l’Amour de Christ s’arrêtera...

    • Vous êtes marrant, vous, avec vos préconisations d’amateur : lisez les "lettres à Olga" de Vaclav Havel et vous verrez si c’est facile de garder sa sérénité quand on a tout un régime répressif communiste sur le dos et qu’on est en taule pour ses idées tout en se faisant du souci pour ses proches.

      Revisionnez aussi le film de Costa-Gavras "L’aveu", avec Y. Montand, qui justement se situe en Tchécoslovaquie communiste. Pour comprendre comment on s’y prend pour démolir quelqu’un.

      Déjà que vous, vous perdez votre sérénité dès qu’on met en ligne un message qui ne vous revient pas ou qui a le malheur de critiquer un de vos "non-silences"...

    • Comme base au message du 26 mars 09:10 :

      "La dynamique entre parole et silence, qui marque la prière de Jésus pendant toute son existence terrestre touche aussi notre vie... L’accueil de la parole de Dieu : le silence intérieur et extérieur est nécessaire pour que cette parole puisse être entendue..." (Benoit XVI).

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