Manifestation « Marchons enfants ! »

Blessure symbolique

par Gérard Leclerc

lundi 7 octobre 2019

Manifestation du 6 octobre 2019 contre la PMA sans père et la GPA
© Michel Pourny

Dimanche 6 octobre, la mobilisation de la rue était à nouveau évidente, en dépit des pronostics pessimistes. C’est que l’enjeu des réformes en matière bioéthique est considérable. Retour à la présence et à l’absence de la figure paternelle…

Ceux qui s’interrogeaient sur la capacité à manifester des adversaires de la procréation médicalement assistée pour toutes ont eu hier leur réponse. Au-delà de l’habituelle querelle des chiffres, il apparait que la mobilisation était impressionnante avec des manifestants résolus. Qu’on le veuille ou pas, le sujet est d’importance civilisationnelle et il suscite ce que Le Parisien de dimanche appelait à la une « la discorde ». Non, ce n’est pas anodin de priver un enfant de la présence du père, même si cela arrive malheureusement du fait des accidents de la vie. Et il y a une différence capitale entre le statut d’orphelin et le statut de qui on a privé volontairement de la figure paternelle. Car c’est bien une blessure symbolique qui est infligée à celui ou à celle que l’on a inscrit délibérément dans un cadre unisexué ou monoparental.

Il ne s’agit pas de prétendre que l’absence de la figure paternelle provoque forcément des névroses. Il est toujours possible de se reconstruire en se forgeant un caractère. Mais la condition humaine marquée par la différence sexuelle fera toujours que l’absence même est facteur de reconstruction dans la mesure où l’enfant a toujours présent en lui-même l’absent. D’où d’ailleurs le recours aux origines cachées et la souffrance indélébile de qui poursuit vainement sa quête. Nul besoin d’ailleurs pour s’en persuader de recourir à on ne sait quelles enquêtes scientifiques. L’expérience d’un chacun y suffit. Nous connaissons tous plus ou moins dans notre entourage des personnes, voire des amis qui sont dans une telle situation. Pour ma part, je suis très proche d’une petite fille qui a perdu son papa au plus jeune âge et qui y pense souvent. Et ce n’est pas la présence de référents masculins autour d’elles qui peut suppléer, même symboliquement, celui dont elle dit qu’il est au ciel.

Mais c’est aussi se rendre aveugle que de prétendre que le rôle masculin, défini comme représentant de la loi et séparateur de la mère, est aisément remplaçable. Tirer argument du nombre de familles dites monoparentales pour affirmer que la structure familiale a complètement changé et a rendu caduque la fonction du père, c’est plus qu’abusif. C’est faire bon marché de la difficulté quotidienne de ces mères de familles livrées à la solitude, à la précarité, à l’impossibilité de se substituer au mari absent. Ériger la famille monoparentale en modèle d’un monde nouveau, d’un paradigme d’une nouvelle civilisation, c’est prendre une bien lourde responsabilité.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 7 octobre 2019.

Messages

  • La figure du père n’a pas disparu pour la plupart des familles, jusque même recomposées..
    La figure du père a changé de visage, et les visages de paternité sont pluriels désormais.
    A l’école où les familles recherchent l’établissement où l’on enseigne bien, on assure la sécurité des élèves, et le suivi de leur formation.
    Aux sports où les parents choisissent pour leur enfant un encadrement sportif et éducatif du mieux dans la spécialité.
    Dans les associations éducatives comme le scoutisme où les diverses affinités se partagent le choix des parents et celui des adolescents.

    Dans les rencontres jeunes/adultes où le copinage 68 et suivantes a laissé place à la quête d’une forme d’autorité acceptée et nécessaire.
    Nous revenons de loin sans doute dans nos propres canons de l’autorité depuis ce temps encore proche de la discussion et de l’auto discipline que nous connûmes dans les internats.

    La figure de la paternité est vivante dans les familles habituelles.
    Elle se recherche par défaut en celles qui en sont privées.
    Elle a changé au cours de ces dernières décennies sans disparaître toutefois.

    La comparaison entre les générations fait voir que la rigueur de papy et de mamy n’est pas abandonnée mais reléguée dans l’histoire.
    La mission des parents demeure difficile dans un espace public où les interférences et la mixité des règles éducatives a beaucoup influé sur les jeunes adolescents.

    Paternité oui, maternité aussi mais la conjugaison de leur conduite partagée reste un défi constant dans l’éducation de leurs enfants.

    Gardons le cap de la confiance.
    Tout autre comportement serait néfaste à l’image d’une conviction spirituelle et chrétienne acquise sans douleur pour les enfants et les parents.

    La paternité/maternité inséparables sont à redéfinir sans cesse à chaque génération !

  • Triste solitude d’un catho mal-pensant sans doute...(’je parle de moi...).
    Jusqu’a quand va durer cette stérile(si j’ose dire) opposition des choix et ou des modèles ?
    Personne n’empêche, par les différentes propositions de procréation assistée , un homme et une femme d’avoir un projet de vie et d’enfant ensemble.
    Et tout les mariages "hétéro" ne sont pas heureux et ne font pas que des enfants heureux.(s’il fallait le rappeler...).
    Alors par pitié ,respectez les différences et les choix et/ou les possibles que d’autres explorent pour eux mêmes afin que chaque enfant quand il naît soit accueilli dans une société bienveillante et ouverte.
    Pascal

  • La disparition d’un des 2 géniteurs est une rupture anthropologique qui conduit mécaniquement l’humanité à une destruction par désunion et refus de l’amour racine fondamentale d’union et de construction de la personne.

  • Encore une fois j’entends dans une émission TV que pour un enfant "tant qu’il y a de l’amour et un désir...".
    Est-ce à dire que l’Etat doit se préoccuper de mesurer l’amour et le désir d’enfant dans les familles ? Nous n’en sommes pas là et d’ailleurs, s’il est aussi question d’amour et de désir pour les conjoints, le code civil ne s’y trompe pas et fait plutôt état de solidarité, de fidélité et d’éducation des enfants qui ont aussi des besoins.
    Mon souci, c’est que quand il n’y a plus d’amour et de désir, cela peut conduire aux divorce des conjoints et que si l’analogie est valable peut-on s’attendre à des "divorces d’enfants" qui ne correspondrait plus au "projet parental" ?

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