Bioéthique : quel clonage ?

Numéro 2776 du 16 février 2001

jeudi 11 février 2021

Dans le numéro 2776 de France Catholique datant de 2001, le journaliste Paul Chassard revenait sur la question du clonage humain et de la modification d’embryons alors que certains projets de loi étaient en attente en France...

La loi du 29 juillet 1994 sur la bioéthique devait être révisée en 1999. Mais le débat entre experts se complique au fur et à mesure que de nouvelles possibilités médicales semblent offertes par les progrès de la science. Voici un rapide état de la question.

Il y a longtemps qu’on a développé des cultures de tissus humains pour sauver, par exemple, les grands brûlés. Aujourd’hui, les médecins veulent recréer de la moelle, du muscle, de l’os, des parties du cerveau. Des applications inespérées semblent s’offrir pour combattre les maladies génétiques. Les familles des malades d’Alzheimer et de Parkinson reprennent espoir…

Car tout le monde sait, depuis la naissance de la brebis Dolly, qu’à partir de la cellule souche on peut reproduire un être vivant à neuf. D’où la tentation de réclamer des clones humains plus ou moins aboutis, qui seront comme des réserves de « pièces détachées » parfaitement compatibles (pas de phénomène de rejet), pour « réparer » les malades dont ils seront issus. Ce qui était de la science fiction hier est devenu une éventualité technique dont seule la loi peut éventuellement freiner la mise en œuvre.

L’Angleterre s’est dotée, depuis le 23 janvier 2001, d’une loi qui ouvre la porte à la production d’embryons humains par clonage. Pour l’instant, on effectue des recherches fondamentales dont les implications pratiques sont encore douteuses. La loi anglaise a posé pour limite que les embryons produits à cette fin doivent être détruits avant le 14ème jour et en aucun cas plantés dans l’utérus d’une femme.

En France, un avant-projet de loi, rendu public par Lionel Jospin le 28 novembre dernier, et qui doit être présenté au Parlement en mars, a été soumis à la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui a rendu son avis le 5 février, et au Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui a parlé le 7 février.

Le projet de loi exclut le « clonage reproductif », c’est-à-dire la copie d’un être humain à partir de prélèvement de cellules, pour en faire un autre être humain à part entière. D’ailleurs, personne pour l’instant, à part un médecin en Italie, ne semble trouver normal de faire un enfant par ce procédé (qui satisferait les fantasmes des eugénistes les plus échevelés).

Reste donc le débat sur le clonage thérapeutique. la première commission a jugé qu’il était prématuré de l’autoriser, précisément parce que les techniques de base du clonage thérapeutique sont les mêmes que celles du clonage reproductif, et qu’une fois le premier lancé, on pourra difficilement éviter que le second ne se produise. La seconde commission d’experts, à une courte majorité, a donné un avis favorable, en considération du devoir de solidarité avec les personnes souffrant de maladies pour l’instant incurables, mais aussi pour des raisons économiques car, si la France ne suit pas les pays anglo-saxons, elle sera dépendante des recherches médicales menées ailleurs.

L’enjeu de cette réglementation est aujourd’hui la production de ces fameuses cellules souches, à partir desquelles on étudie les mécanismes de différenciation des cellules. On peut trouver ces précieuses cellules dans le corps adulte : le sang, le foie, la moelle osseuse en sont riches. On en trouve aussi dans le cordon ombilical du nouveau-né. Cela offre des perspectives que l’Église catholique encourage, car elles ne posent, à ce premier stade, pas de problème moral. Mais on en trouve ne grand nombre dans les embryons musique beaucoup de cellules de ces êtres vivants « en construction » n’ont pas encore trouvé leur emploi. D’où la tentation de produire des embryons à de pures fins scientifiques.

Si notre Parlement n’autorise pas le clonage humain avec la même facilité que le Parlement britannique, il autorisera certainement le prélèvement de cellules souches sur les embryons congelés qui sont le fruit embrassant des techniques de procréation artificielle. Aussi les recherches qui vont dans le sens d’une limitation du nombre de ces embryons dit « surnuméraires » - et sur le statut et le sort desquels la jurisprudence a bien du mal à trancher - seraient probablement freinées. Les laboratoires français n’auraient-ils pas au contraire intérêt à ce qu’un plus grand nombre d’embryons « hors projet parental » arrivent dans leurs congélateurs, pour concurrencer leurs collègues anglais qui auront, eux, autant d’embryons qui le souhaiteront à condition d’organiser une vaste collecte (commerciale ?) des ovules qui sont le deuxième élément nécessaire à un clonage. le débat ne fait que commencer. La loi en projet ne verra sûrement pas le jour avant 2003.

Paul Chassard

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