Assemblée des évêques - Diversité et unité

Bienvenue à Pierre Manent

par Gérard Leclerc

mercredi 29 mars 2017

Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France a prononcé hier un discours d’introduction à l’Assemblée plénière de printemps qui se tient à Lourdes cette semaine. On lira ce texte avec intérêt, notamment sur le site de la Conférence. Les commentateurs politiques se saisiront de la partie qui concerne les échéances électorales. On y retrouvera certaines inflexions propres au pape François, notamment sur le pouvoir de l’argent et la pauvreté : « Le rapport à l’argent peut aveugler et empêcher de percevoir le drame profond que vivent ceux qui n’ont pas accès au travail, à un logement digne, à la culture. » Je note aussi un point important et peut-être inédit : «  Notre société apparaît bien divisée. Faut-il s’en accommoder ? C’est à cette réflexion que nous invitera M. Pierre Manent jeudi. Nous la poursuivrons en échangeant sur notre ministère de communion dans nos diocèses et au sein de nos presbyterium devenus de plus en plus divers. »

Personnellement, je me félicite de cette réflexion à propos de la diversité et de l’unité, ayant marqué plusieurs fois mon inquiétude à propos de l’éloignement d’une partie importante de la population par rapport aux positions de l’Église. Il s’agit notamment de ce qu’on appelle la France périphérique, celle qui est la plus éloignée des pôles de croissance en phase avec la mondialisation. Cette France périphérique correspond d’ailleurs aux zones où le maillage ecclésial s’est trouvé le plus affaibli. L’idée de recourir à l’expertise de Pierre Manent est vraiment excellente, car c’est un politologue de premier ordre, autant par la profondeur de sa culture que par le regard aigu qu’il projette sur l’évolution de nos sociétés. Catholique sans complexe, c’est aussi un esprit indépendant qui a le don de faire saisir la complexité d’une situation avec ses coordonnées inattendues. À ceux qui désireraient s’initier à sa pensée, je recommanderais la lecture de son article paru dans le dernier numéro de la revue Commentaire sous le titre « La tragédie de la République ». Attention, l’auteur ne veut pas répandre la peur, mais retrouver le sens des responsabilités et l’audace de la décision. Tout un programme.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 29 mars 2017.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Oui, bien sûr, c’est un texte positif, au-dessus de la polémique, mais en-deçà de ce qu’on est en droit d’attendre du collège épiscopal.

    Je prends l’exemple du passage sur l’Europe.

    Citation : "Regarder l’avenir de l’Europe avec confiance
    Ce samedi 25 mars dernier, se fêtait à Rome le soixantième anniversaire de la signature des traités de Rome, acte fondateur de l’Union européenne. La veille, le Pape François en a reçu les 27 chefs d’Etat. Dans un discours apprécié, il les a encouragés dans leurs responsabilités en rappelant ce qui a guidé les pères fondateurs « les piliers sur lesquels ils ont voulu édifier la communauté économique européenne et que j’ai déjà rappelés : la centralité de l’homme, une solidarité effective, l’ouverture au monde, la poursuite de la paix et du développement, l’ouverture à l’avenir…. L’Europe retrouve l’espérance dans la solidarité qui est aussi le plus efficace antidote contre les populismes modernes ». Beaucoup de voix s’expriment pour que l’Europe retrouve cet esprit solidaire qui a présidé à son histoire."

    Pas un mot sur les raisons pour lesquelles l’Europe, que les épiscopats ont pourtant continué de soutenir sans réserve alors qu’elle était en pleine dérive, est plongée dans une crise profonde et trahit bon nombre des principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Eglise...reniant ainsi ses propres fondements civilisationnels.

    D’où cette impression de déjà entendu, de toujours pareil...d’intemporel...On a l’impression que ça "n’embraye pas"...

    Non, les évêques ne font pas assez pour aider à la formation de la conscience politique des Français et des chrétiens en France aujourd’hui. Pas assez...

    Cela dit, c’est bien de faire appel à Pierre Manent : c’est autre chose que Sylvie Goulard...

  • PS. Cela vaut la peine de restituer le propos de Pierre Manent (publiés dans La Croix) qui reprend les réflexions déjà publiées dans "Situation de la France".

    Reste à savoir si l’épiscopat a les moyens d’exercer cette médiation que Pierre Manent appelle de ses voeux. Je pense que non. Il ne les a pas et ne se les donne pas. Il ne prend pas la direction de vouloir se les donner... Cela supposerait déjà qu’il se donne une direction capable d’impulser une telle dynamique et ce n’est pas le cas...

    Ce n’est pas faute de ressources : ainsi, au plan culturel, le collège des Bernardins. Mais, pour prendre cet exemple, cette institution est beaucoup trop confidentielle et élitiste. Elle est déjà ignorée de la plupart des chrétiens et les diocèses ne font rien de son miel parisien...C’est peut-être la meilleure illustration du fossé entre la France des élites et la France périphérique qui marque aussi le catholicisme français...


    Quelles réflexions avez-vous soumis aux évêques de France, lors de leur Assemblée plénière ?

    Pierre Manent : J’ai insisté auprès d’eux sur le fait que la religion chrétienne devient un acteur central de la question politique, aujourd’hui. Certes, la religion chrétienne occupe moins de place dans la société française qu’à d’autres époques. La déchristianisation est un fait, mais elle n’est pas un processus irrésistible.

    Par ailleurs, elle fait partie d’un processus plus large, qui affecte l’ensemble de la société. Les partis et les syndicats sont également décrédibilisés. Cela fait partie de la désocialisation de notre société. À tel point qu’il existe un risque réel de l’aggravation de la fragmentation du corps social.

    Face à ces phénomènes, je crois pourtant que la question religieuse est, de plus en plus, au centre de la question politique. Selon moi, le rôle politique de l’Église n’est pas d’abord fondé sur l’ancrage historique des catholiques en France, ****mais plutôt sur le fait qu’elle a une position spirituelle centrale. C’est pour cela que l’Église doit jouer un rôle de médiateur dans la société.****

    De quelle façon cette médiation peut-elle s’opérer ?

    P. M. : Depuis plusieurs années, l’Église catholique a approfondi sa relation avec les autres courants spirituels ou religieux, comme le judaïsme ou la philosophie des droits de l’homme. Désormais, elle est consciente des liens qu’elle a tissés avec différentes traditions spirituelles. C’est en cela qu’elle peut agir en tant que médiatrice.

    Pour cela, la voix des évêques dans le champ politique est légitime, car l’Église catholique se soucie du destin de la communauté nationale. Elle peut se dire responsable pour la totalité de la société, y compris pour ceux qui ne sont pas chrétiens. Je dirais même que les Français ont besoin d’entendre la voix de l’Église.

    En quel sens ?

    P. M. : L’Église peut avertir et encourager. D’une part, elle doit avertir la société : oui, il existe bien ****un risque de dissolution de la chose commune dans les choix individuels****. D’autre part, elle doit encourager : il est toujours possible de commencer et de recommencer. N’oublions pas cette parole de saint Paul : « Devenir l’homme nouveau ».

    Comment cette fragmentation de la société se répercute-t-elle au sein de la communauté catholique ?

    P. M. : Il y a quelques années, juste après le concile Vatican II, les catholiques ont voulu se fondre dans la vie du monde, devenir invisibles tout en étant présents. Aujourd’hui, le mouvement va dans le sens opposé. Face aux virulences des revendications individuelles, bon nombre de catholiques sont tentés par le communautarisme, comme s’ils avaient besoin de se retrancher dans une forteresse.

    (Ndr : je pense que Pierre Manent fait ici justice à la critique du christianisme "identitaire" selon le titre du livre d’E. Le Morhedec).

    Mais cette tentation n’est pas bonne. Les chrétiens ne peuvent pas tourner le dos au monde. Ils sont responsables pour la vie du monde, et non seulement pour leur propre vie. Ils sont chrétiens et citoyens. On ne peut nier qu’un certain ressentiment existe à l’encontre des catholiques, mais ****ils ne doivent pas pour autant répondre à l’hostilité par l’hostilité****.

    Recueilli par Loup Besmond de Senneville (à Lourdes)

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication