Traduit par Vincent de L.

Aucun pouvoir de redéfinir le mariage

par Fr. Gerald E. Murray

mardi 19 juillet 2016

Le cardinal Raymond Burke parlait à Rome le 7 mai sur l’enseignement catholique concernant le mariage. Il a dit :

« Il n’est pas possible que l’Église professe la foi en l’indissolubilité du mariage, en accord avec la loi de Dieu inscrite dans chaque cœur humain et annoncée par la parole du Christ, et en même temps, admette aux sacrements ceux qui vivent publiquement en violation de cette indissolubilité. »

Le cardinal Robert Sarah, s’adressant mardi au National Catholic Prayer Breakfast, relevait un point connexe :

« Aujourd’hui, nous assistons à l’étape suivante – et à la consommation – des efforts pour construire un utopique paradis sur Terre sans Dieu. C’est l’étape consistant à nier complètement le péché et la Chute. Mais la mort de Dieu a pour résultat l’enterrement du bon, du beau, de l’amour et de la vérité. Le bien devient le mal, la beauté est laide, l’amour devient la satisfaction des instincts sexuels primaires, et les vérités sont relatives. »

Ces deux déclarations sont utiles pour réfléchir à la très discutée note 351 d’Amoris Laetitia. La permission donnée dans l’exhortation apostolique d’administrer les sacrements « dans certains cas » à ceux qui vivent publiquement une deuxième union adultère est incompatible avec la compréhension que l’Église a de sa mission, de ses tâches et de la vérité. Autrement dit, elle établit une innovation dans la discipline sacramentelle qui sape tout l’ordre sacramentel de l’Église.

L’Église existe pour nous unir à Dieu. Cette union est un don de la grâce de Dieu et commence par le pardon des péchés dans le baptême. La prédication de l’Évangile a pour but de conduire les hommes à rechercher d’abord le baptême puis les autres sacrements. La loi de l’Église établit les règles de l’administration et de la réception des sacrements afin de garantir l’accès à la grâce sacramentelle.

Ces règles comprennent donc des dispositions pour mettre en garde contre la réception indigne des sacrements, qui ne fait aucun bien à l’âme. Si vous êtes en état de péché mortel à cause d’une relation adultère, recevoir l’Eucharistie ne vous communique pas les grâces du sacrement.

Le problème devient encore plus sérieux si vous avez contracté une deuxième union invalide lors d’une cérémonie civile ou religieuse non catholique. La réception de l’Eucharistie par des personnes dans de telles unions est un grave scandale car elle est susceptible d’en entraîner quelques-uns, peut-être même beaucoup, à en conclure à tort : soit que l’Église n’enseigne plus l’indissolubilité du mariage et donc, ne considère plus un deuxième « mariage » comme une union adultère qui ne peut en rien être considérée comme un vrai mariage ; soit que l’adultère n’est plus un péché mortel et que les personnes adultères ne sont plus jugées indignes de recevoir la Sainte Communion.

La réalité est que l’Église n’a aucun pouvoir de redéfinir la nature indissoluble du mariage ni la gravité de l’adultère. Un mariage ne disparaît pas lorsque l’on contracte une deuxième union invalide. De même, l’Église ne peut pas reclasser la conduite adultère en péché véniel et donc dire aux personnes adultères qu’elles peuvent librement recevoir la Communion. L’Église doit proclamer la vérité : l’adultère est une sérieuse violation de la loi de Dieu. Autrement, elle pourrait tomber dans les mêmes erreurs que la cardinal Sarah identifie dans le monde séculier d’aujourd’hui.

L’Église doit aussi proclamer que la réception indigne de la Sainte Eucharistie doit toujours être évitée. Dans les cas où cette indignité est publiquement connue, l’Église doit, en bon pasteur, empêcher les brebis errantes d’ajouter le péché de sacrilège au péché d’adultère, en refusant d’administrer les sacrements à ceux qui continuent de vivre dans le péché.

Faire tout cela au nom de la miséricorde envers les pécheurs est une approche fausse. La stigmatisation attachée à l’interdiction de recevoir la Sainte Communion est salutaire. Il faut que le pécheur soit conscient de son état, et pas faussement rassuré par le fait qu’il peut réclamer une exemption de l’interdiction de la Sainte Communion en faisant ressortir les divers facteurs atténuants qui feraient disparaître sa responsabilité personnelle pour avoir commis ce qui est toujours, objectivement, un péché mortel.

Dans le sacrement de pénitence, le prêtre qui entend une personne confesser qu’il est dans une relation adultérine continue, devrait doucement mais fermement, guider cette personne à renoncer à d’autres actes adultérins. Peu importe le genre de raisonnement confus que le pénitent peut avoir employé pour justifier les actes peccamineux précédents, la repentance ne peut jamais comprendre l’intention de continuer à commettre des actes adultérins. Le cardinal Burke en parle avec force dans une récente interview :

« Si quelqu’un va à la confession pour avouer le péché d’infidélité, s’il a l’intention de continuer à vivre dans cette situation, alors un élément essentiel de la repentance – la ferme résolution de s’amender – n’est pas présent et par conséquent, la personne ne peut être absoute et, évidemment, ne peut s’approcher de la Sainte Communion. »

La confusion qui peut avoir amené un pécheur à se méprendre sur la gravité de la conduite adultère dans le passé s’achève lorsque le confesseur l’informe de la manière dont il doit observer le sixième commandement, en l’encourageant à tout faire pour mettre sa vie en conformité avec l’Évangile.

Toute approche qui pourrait encore confondre le pécheur en lui disant que l’Église a maintenant décidé qu’il peut être absous et recevoir la Sainte Communion parce que, pour des motifs variés, il n’est plus considéré comme responsable d’un péché mortel pour de futurs actes d’adultère, est inacceptable et franchement mensongère.

La tâche du pasteur est de mener les brebis dans le bon pâturage de la vérité, là où la grâce de Dieu renforce la résolution du pécheur repentant à vivre selon la loi que Dieu nous a donnée. Un « formulaire d’autorisation » pour continuer de commettre l’adultère constitue une grave défaillance de charité pastorale du prêtre qui conseille quelqu’un qui vit dans le péché.

La permission accordée par la note 351 d’Amoris Laetitia pose un dilemme au confesseur qui connaît la discipline sacramentelle constante de l’Église, fondée sur son immuable doctrine. La solution pratique au dilemme est d’ignorer l’autorisation incertaine.

Pour l’Église, le plus grand problème est qu’une telle permission n’a jamais été accordée. Elle doit être retirée, pour le bien des âmes.

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L’abbé Gerald E. Murray, J.C.D. est curé de l’Église de la Sainte-Famille à New York, NY ; il est également juriste en droit canon.

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Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/05/19/no-power-to-redefine-marriage/

Illustration : La communion des Apôtres de Fra Angelico, v. 1441 [Couvent de Saint Marc, Florence]

Messages

  • Brève mise au point.

    Sujet débattu en long et en large dans cet espace d’où risque, à ce stade, de polémique stérile et indue, exactement la situation à éviter.

    Rappel :

    - 1er article du 06/07 traduit par Isabelle indiquant en bas de page :
    "Paroles et Silences" contrairement à la source "...thecatholicthing..." comme de coutume. Ce qu’il fallait pour retrouver l’original et découvrir, par hasard, l’article ci-dessus du 19 mai, alors lu en anglais avec toute l’attention requise.

    "Paroles et silences", entretien de Schönbörn à "La Croix", billet Civiltà Cattolica (Spadano) explications de J.M Garrigues (dates indiquées dans un précédent message) d’un intérêt certain. Seul le choix de l’article du 06/07 un peu surprenant, le billet ci-dessus, plus étoffé et complet, étant alors déjà disponible. Juste un point de vue.

    Lecture de cet article, en français cette fois, bien appréciée.

    MERCI.

    • Après réflexion il est préférable de revenir sur mon précédent billet car il n’y a pas de raison d’une part, de s’arrêter en chemin et, d’autre part, de voir le travail de traducteurs, bénévoles qui plus est, battu en brèche au moment où nous avons besoin de leurs compétences.

      D’abord, il ne faut pas perdre de vue que l’article ci-dessus est le fait d’un docteur en Droit Canon, donc apte à intervenir. Puis, ne pas considérer cette approche du Père Murray comme hostile à la personne du pape. Si des media, par exemple, excellent dans l’art de brouiller les pistes et semer la zizanie il est du devoir du chrétien de ne pas se laisser entrainer et, si possible, de ramener les faits à leur juste valeur. De plus, il semble évident que le contenu du billet référencé est bien pensé, bâti de façon cohérente et se fait un devoir de lire les situations à la lumière des règles de la doctrine de l’Eglise.

      L’entrée en matière où sont présentées les vues des cardinaux Burke et Sarah sur Amoris laetitia est bien choisie. Les explications du père G. Murray devraient être lues avec attention. (Une parenthèse pour demander au traducteur s’il était possible, sans dénaturer l’intention de Murray, de lire "possibilité" au lieu de "permission" concernant la clause 351, "indue" au lieu de "indigne" la réception de la Sainte Communion et, enfin, au lieu de "indignité" disons "injustifiée" l’approche de la Sainte Table), et ce pour des raisons que Vincent L. comprendra certainement.

      Considérant le fait que c’est bien le § 351 qui pose le plus problème à certains experts, et toujours suite à lecture approfondie de A.L. il serait opportun d’entrer dans la pensée de François à l’aide, par ex. du passage de la femme adultère (Jn 8, 1-11). N’étant pas un expert de la Bible il me suffit de m’y appuyer. Sans analyser en profondeur ce récit : Jésus sauve la pécheresse de la lapidation en confondant ses détracteurs. Et Il lui demande si quelqu’un l’a jugée, "Non, personne". "Moi non plus je ne te juge pas. Va et ne pèche plus". Il ne dit pas : "Va.", Il dit : "Va... et ne pèche plus"...

      Dans un tel contexte laisser au confesseur ou directeur de conscience la responsabilité ou le choix de décider si etc... D’autre part, ce que le père Murray nomme très sévèrement "formulaire d’autorisation" la phrase "dans certains cas" ajoutée en bas de page ("footnote") par le pape, n’aurait donc aucune valeur : "No power to redefine marriage", les textes sont là et François sait bien qu’il ne peut pas les changer. Il l’a dit. Et telle n’est d’ailleurs pas son intention. N’empêche, ce "dans certains cas" peut être multiplié par cent ou mille ou cent dix mille...
      Serait-ce donc "l’exception qui confirme la règle"... Un exemple illustrant mon propos : François a dit qu’il est catégoriquement opposé à la peine de mort. Point. Je ne l’ai pas entendu ajouter : "mais dans certains cas"... En conclusion, Murray émet l’idée que le noeud réside en ce que cette possibilité n’a jamais été accordée et que, même suggérée par le pape, elle n’a aucune de valeur. Aussi, le docteur en droit canonique ne demande pas son annulation, ou sa condamnation, mais son retrait pure et simple (ailleurs il écrit : ignore it).

      Que les divorcés-remariés soient considérés à l’aune de la miséricorde est admirable. Mais il est aussi des règles pour le mariage chrétien qui est, ne l’oublions pas, un sacrement. Est-il le fait de deux êtres qui se désirent seulement ou, aussi et surtout à travers leur amour, qui aspirent à grandir ensemble.

      Tout cela n’est guère facile. Aussi est-il demandé au Seigneur et en urgence "un sacré coup de pouce".

      MERCI.

    • PS

      Voilà que ce que j’ai oublié de mentionner avant de poster mon précédent message : si Vincent L ne trouvait pas adéquat les synonymes que j’ai employés pour "indignes", "indignité", "permission" ou autres, je ne sais plus, je ne verrais aucune objection à voir mon billet refusé de publication. Le dernier mot revient au traducteur, ce que je ne suis pas.

      MERCI.

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