Asia Bibi : quand il est impossible de persuader

par Gérard Leclerc

jeudi 8 novembre 2018

On a appris la libération d’Asia Bibi de sa prison. Cependant elle n’a pas quitté le territoire pakistanais et son sort demeure incertain, avec un bras de fer engagé par les extrémistes qui n’admettent aucun compromis. Il est vrai qu’en Occident, l’émotion est considérable et que diverses initiatives ont été prises pour venir au secours de cette chrétienne en grand danger. Laurent Wauquiez et Anne Hidalgo ont demandé au président de la République de la faire venir en France de toute urgence. Par ailleurs, quarante personnalités viennent de publier un appel à sa libération. On y relève les noms de Daniel Salvatore Schiffer, Élisabeth et Robert Badinter, Luc Ferry, Pierre-André Taguieff… Fort bien !

Cependant, on peut s’interroger quant à l’effet du libellé d’un tel texte sur les dirigeants du Pakistan et plus généralement sur les extrémistes qui hurlent à la mort. Je cite. La libération d’Asia Bibi « outre une question d’humanisme, c’est un enjeu de civilisation. Conformément à ce que nous enseignèrent les esprits les plus cultivés et charitables du siècle des Lumières, nous nous honorons de prôner, quant à nous, la tolérance religieuse, la pluralité des idées et, osons le dire également en cette circonstance, l’égalité entre les sexes ». Une telle argumentation passe chez nous sans difficulté, parce qu’elle se rapporte à une certaine sensibilité liée aux principes du pluralisme et de la liberté de conscience. Mais elle n’a aucune chance de persuader des gens qui sont d’un autre monde et vomissent, au contraire, ces principes.

Il est difficile pour nous de l’admettre, voire insupportable, tellement nous sommes persuadés de la supériorité de ce qui chez nous fait consensus. Mais nous nous heurtons à un mur impossible à franchir. Alors que faire ? S’il est impossible de persuader, il ne reste qu’à jouer des moyens politiques et donc des rapports de force ou encore des pressions d’ordre économique. Celles qui peuvent toucher un pays vulnérable quant à ses intérêts et à sa dépendance à l’égard de l’étranger. La négociation la plus dure s’impose alors et elle peut venir en aide à ceux qui, même au Pakistan, voudraient aussi se libérer de l’emprise totalitaire.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 8 novembre 2018.

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