Asia Bibi et les Béatitudes

par Gérard Leclerc

jeudi 1er novembre 2018

La veille de la Toussaint, la nouvelle de la libération d’Asia Bibi nous a réjouis, après tant d’années d’angoisse pour sa vie. Honneur à la Cour suprême du Pakistan qui a eu le courage de prendre une telle décision, en dépit des menaces qui planaient sur elle. Cependant, dans un communiqué, l’Aide à l’Église en détresse souligne qu’Asia Bibi et ses proches sont toujours en danger de mort, de simples allégations de blasphème suffisant à motiver des lynchages. Des manifestations ont déjà eu lieu dans plusieurs grandes villes pour fustiger la Cour suprême et réclamer la mort de celle qui se trouve innocentée. La seule solution pour elle, malheureusement, est celle de l’exil. Peut-être à Londres ou se trouve déjà son mari.

Avouons-le. Cette mentalité nous désarme. Il nous est presque impossible de reconnaître que les droits élémentaires de la personne ne soient pas reconnus, et en premier lieu la liberté de conscience, et de façon plus élémentaire le droit à la sécurité. Nous sommes tellement persuadés que notre conception de l’existence et des relations sociales a valeur universelle qu’il nous est incompréhensible que d’autres ne la partagent pas. Jean Birnbaum, qui est par ailleurs directeur du Monde des livres s’efforce d’en persuader ses amis de gauche. Non, il n’est pas vrai que l’humanité entière aspire à rejoindre la tradition des Lumières. Vous croyez que la cause de l’indépendance algérienne ne correspondait qu’à la revendication des peuples à disposer d’eux-mêmes et vous vous trompiez sur toute la ligne ! Le FLN ne brandissait que l’islam comme étendard et ses combattants étaient des moudjahidin, c’est-à-dire des combattants de la foi.

Nous appartenons à deux mondes différents. Nos ennemis, écrit Birnbaum dans son dernier essai [1] demandent la fin des mécréants, la fin de la perversion, la fin de l’histoire. Et cette fin coïncide avec le début radical, l’avènement du Royaume divin. Mais, dira-t-on, en cette fête de Toussaint, nous autres chrétiens sommes aussi dans l’attente du royaume eschatologique, et nous aussi avons à affronter une certaine haine du monde. Sans aucun doute, mais la charte de notre existence c’est celle des Béatitudes que nous entendons résonner dans nos esprits et nos cœurs durant cette liturgie de tous les saints qui nous introduit au Royaume.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 1er novembre 2018.


[1Jean Birnbaum, La religion des faibles, Seuil, 288 p., 19 €.

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