« Gardons notre calme. » Ce conseil d’un excellent éducateur, le Père Gaston Courtois, s’applique parfaitement à notre actualité fiévreuse… Déjà en son temps, Émile Zola dénonçait l’état d’agitation nerveuse dans lequel la presse maintenait le pays, par son « flot déchaîné de l’information à outrance ». Mais il était loin d’être le seul ! Peu après la grande fête de l’Assomption de 1876, il y a 150 ans, la Sainte Vierge reprochait à la jeune voyante de Pellevoisin, Estelle Faguette : « Tu t’es privée de ma visite, le 15 août, [car] tu n’avais pas assez de calme. » Un mois plus tard, le même conseil fut prodigué par la Mère de Dieu, à destination des communautés religieuses et dans l’Église… Nul doute qu’à l’heure des réseaux sociaux omniprésents, cet avis reste valable, y compris pour les jeunes recrues au sein des monastères ou dans les séminaires…
Quelques années plus tôt, à La Salette, Marie s’était faite plus précise encore, fournissant en quelque sorte par avance le moyen pour garder la paix intérieure. Elle insistait pour que l’on conserve le commandement biblique du repos dominical, jour consacré au Seigneur. Mais il ne s’agissait pas uniquement d’une recommandation à caractère social, pour le bien temporel des travailleurs – ce qui constituait déjà un progrès dans une époque où les ouvriers travaillaient sept jours sur sept. Le péril était également spirituel, pour les âmes, dans une société en voie de déchristianisation et bientôt menacée par le marxisme. Car soustraire un temps, si minime soit-il, à l’activité productrice, c’est prendre « un bain de jouvence surnaturel », remarquait le Père Courtois, ce qui permet de garder un équilibre au milieu des activités les plus absorbantes. Comme le Christ lui-même a gardé son calme devant les attaques du démon au désert, ou en apaisant la tempête déchaînée.
L’inquiétude, mal du siècle
Ce temps consacré à l’Unique nécessaire, le dimanche à la messe ou dans la prière personnelle, est également un bon antidote contre l’inquiétude, autre mal de notre siècle, en se plaçant du point de vue de l’éternité, et en s’efforçant de voir toutes choses avec le regard du Seigneur. « Garde-toi de t’attrister des événements contraires du siècle, assurait ainsi saint Jean de la Croix (cf. FC no 3954), car tu ne sais pas le bien que Dieu veut en tirer. »
Dans une belle page du Porche du mystère de la deuxième vertu, Charles Péguy oppose également le repos à l’inquiétude et au manque de confiance en Dieu : « Je n’aime pas celui qui ne dort pas, dit Dieu. (…) Le sommeil est peut-être ma plus belle création. Et moi-même je me suis reposé le septième jour. Celui qui a le cœur pur, dort. (…) C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant. »
En ce début d’été, voilà un excellent conseil à suivre !