L’Histoire a fait un beau compliment à la France en l’appelant la Nation-Femme. L’origine de cette dénomination vient peut-être de la formule utilisée par Clovis à la bataille de Tolbiac, quand, se voyant vaincu, il a ce célèbre cri : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai baptiser ! » L’Écriture avait employé jusque-là les mots de « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob » ou « le Dieu de nos pères », mais sans aucune résonance féminine. Et c’est la première fois que le nom d’une femme est associé à celui de la divinité. Or, cette femme est Reine, et elle est reine des Francs.
Féminité à résonance divine
Il n’est donc pas étonnant que trois jeunes filles incarnent à la perfection cette féminité à résonance divine : Jeanne d’Arc, Thérèse de l’Enfant-Jésus et Bernadette de Lourdes. Des trois, Bernadette est la plus petite et la plus effacée, et si elle a vécu plus longtemps que les autres, le temps de sa célébrité a été beaucoup plus court, puisque les apparitions durent à peine quelques semaines. Bernadette, comme Jeanne, n’a reçu aucune instruction, mais elle a une mémoire stupéfiante et beaucoup d’autorité, ce qui lui permet, comme Jeanne, de répondre aux pouvoirs civils, judiciaires ou ecclésiastiques, en refusant de se laisser piéger par des comptes rendus approximatifs et en corrigeant toutes les erreurs des procès-verbaux. On retrouve dans Bernadette la même spontanéité rieuse et décidée que celle de Jeanne à ses procès de Rouen, mais la grande originalité de la jeune fille Soubirous est d’avoir porté le message de Notre-Dame, qui s’était proclamée, en langue d’oc, L’Immaculée Conception : « Que soy era Immaculada Concepciou ».
Lors de cette révélation, un critique littéraire éminent de ce temps, Pierre Lasserre, écrivit que Notre-Dame avait employé, dans un parler de langue d’oc, une formule platonicienne. Il est vrai que la Belle Dame n’a pas dit qu’elle avait été conçue de manière immaculée comme si elle était une exception à la généralité du péché originel, mais elle a dit « Je suis l’Immaculée Conception » montrant par là que c’était Elle l’Ordre et que le péché originel, même s’il s’était répandu à toute l’humanité, était lui l’exception. La généralité, l’Essence, est dans le Bien, et même s’ils sont étendus de façon quasi universelle, le péché et le mal sont l’exception. Bernadette a donc été le témoin choisi pour annoncer le rétablissement de l’ordre et la véritable essence de Marie, nouvelle Ève, qui sera donc non pas comme la première, la mère de tous les vivants, mais la mère de Dieu.
La maladie, fruit du péché
Frédéric Mistral était resté ébloui par cette grâce que la Reine des Cieux avait faite à un humble parler local, en le choisissant pour proclamer cette vérité théologique qui domine les siècles et l’univers. Il est encore plus merveilleux de constater que la Reine des Cieux a choisi une humble petite jeune fille de condition très modeste pour proclamer cette vérité. Comme Marie rétablit l’ordre de la Création et que l’ordre c’est la santé et le Bien, il était logique que Lourdes fût un lieu de guérison car la maladie est le fruit vénéneux du péché, et l’eau de la source mariale est l’eau salvatrice. C’est aussi une grande grâce qui a été faite à la France de recevoir dans un modeste village de ses montagnes, la proclamation de cette immense vérité.
Bernadette, dans sa simplicité, a donné elle-même les limites de sa mission quand elle répondait à ses juges ou à ses enquêteurs : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire. » Elle définit ainsi, de façon extrêmement simple, l’étendue et la limite de la mission de l’apôtre ou du témoin et Bernadette l’a remplie à la perfection.
Quand elle arrive à Nevers, dans le couvent où elle passera son existence toute cachée, la supérieure en la voyant s’écrie étonnée : « C’est ça Bernadette ? ». Elle répond : « Eh oui, Bernadette, ce n’est que ça. »
Bernadette est l’une des figures qui incarnent le mieux la mission de la France dans l’Église et dans le monde. Elle est si humble et si petite qu’on peut ne pas la voir, mais si on la regarde, elle nourrit une contemplation sans limites.