« Les larmes de Marie à La Salette rappellent le prix de la Rédemption » - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Les larmes de Marie à La Salette rappellent le prix de la Rédemption »

Aujourd’hui comme hier, du travail le dimanche à l’euthanasie, le message exigeant de La Salette engage à remettre Dieu au centre. Anne Bernet est historienne et spécialiste des apparitions mariales.
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La Vierge de La Salette en pleurs, statue de l’église Saint-Pierre de Corps (Isère). © Tylwyth Eldar / CC by-sa

Quelle est la spécificité, l’élément le plus remarquable de l’apparition de La Salette ?

Anne Bernet : Probablement son aspect dramatique, eschatologique qui marque beaucoup, plus que Lourdes, les esprits des contemporains, du moins une certaine frange du catholicisme mais sera aussi une cause de rejet de l’événement, dès 1846 et bien davantage par la suite. La Vierge de La Salette est « Celle qui pleure sur la montagne », selon le mot de Bloy, Elle est la Douloureuse du Stabat Mater. Il faut garder en mémoire la date, 19 septembre 1846, samedi des Quatre Temps d’automne, période liturgique où l’on vient de célébrer la seconde fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Marie pleure et nous n’aimons pas cela, n’en déplaise à Jacopone da Todi qui ne pensait pas un cœur d’homme assez dur pour ne pas s’émouvoir devant les larmes de la Vierge. Nous n’aimons pas cela parce qu’elles nous font ressouvenir du prix que Son Fils et Elle ont payé notre rédemption. Comme disait Péguy, « l’homme a coûté le sang même d’un Dieu. L’homme rapporte peu pour ce qu’il a coûté. » Or, nous n’avons pas envie de le savoir. Son « affliction », rue du Bac, sa « tristesse » au-delà de ce monde à Pontmain en regardant le crucifix rouge sont tolérables si l’on manque d’imagination. Pas ces torrents de larmes dont nous ne comprenons pas, ou trop bien, qu’elles coulent pour nous purifier. Mais le voulons-nous ? Il faudrait remettre Dieu, sa loi, sa Croix au centre de nos vies et de nos sociétés, condition préalable pour éviter les malheurs de toutes sortes qui fondent sur le monde parce que l’on a renversé la Croix. Autre particularité, il est un point peu étudié dans le cycle marial : leur aspect social.

C’est-à-dire ?

Déjà rue du Bac en 1830, Notre-Dame indique comme remède au capitalisme et au marxisme à venir la dévotion à saint Joseph ouvrier et l’instauration de son mois. À La Salette, elle explique qu’il ne faut pas mettre le travail au-dessus de tout. Garder le repos dominical, la place de Dieu, ce n’est jamais s’appauvrir, au contraire et sauvegarder la société chrétienne. Enfin, elle donne une leçon dans le choix de ses confidents, que ce soient Mélanie et Maximin, jeunes paysans déchristianisés ou plus encore Bernadette à Lourdes, « la fille du voleur et de l’ivrognesse » comme l’appellent charitablement les bien-pensants de la ville.

La Vierge parle de « retenir le bras de [son] Fils »… Comment comprendre cette phrase ?

Nous avons évacué l’idée de justice de Dieu au profit de sa Miséricorde. C’est vrai, Dieu est bon mais Il n’est pas idiot et, comme tous les parents aimants, Il sait qu’il faut parfois punir. Le bras du Fils est si lourd que la Mère ne peut plus le retenir de frapper les pécheurs, non pour les anéantir mais pour les convertir. Pourtant, à Pontmain, en 1871, elle n’écrit pas dans le ciel que son Fils se « lasse », comme certains voudraient le lire, mais se « laisse » toucher. Au bout du compte, elle réussit encore à le désarmer, ce bras vengeur. Cependant, il est un châtiment qui devrait nous effrayer bien davantage que ceux dont nous sommes menacés à La Salette et à Fatima, encore d’ordre pédagogique. Le seul vrai châtiment, et nos sociétés l’expérimentent chaque jour, c’est d’être abandonnés à nos propres forces et nos propres lumières jusqu’au moment où nous comprendrions enfin ce que signifie vouloir se passer de Dieu. Notre-Dame met en garde contre un monde déshumanisé car en rupture avec Dieu. Quand elle dénonce le travail du dimanche, elle dénonce une société où l’amour du profit l’emporte sur tout. Le gain d’abord. L’euthanasie n’en est-elle pas l’aboutissement avec la suppression de ceux qui ne rapportent plus ?

Quelle place La Salette tient-elle dans les apparitions mariales ?

Le grand cycle des apparitions mariales nous met en garde au sujet de la rupture entre les sociétés de l’époque post-révolutionnaire et la loi de Dieu. Marie nous redit la cause de tous nos maux : nous avons voulu nous passer de son Fils pour lui préférer un maître qui est Satan. Il n’y a pas le choix, c’est l’un ou l’autre. Il faut choisir son camp. Nous n’éviterons pas l’affrontement final du Bien et du Mal mais il vaudra mieux être du bon côté et, comme s’y tenir n’aura rien de facile, Notre-Dame nous donne les grâces et les moyens nécessaires : prière, pénitence, sacrifice. L’ennui est que cela nous déplaît.

Comment expliquer que cette apparition soit relativement méconnue aujourd’hui ?

Cela me semble d’excellentes raisons pour la nier : elle nous dérange et elle a dérangé tout de suite, à commencer par les milieux satanistes, ce qui est plutôt bon signe, et un certain clergé qui ne voulait pas se mettre les pouvoirs publics à dos, encore moins être accusé de tiédeur, voire pis, dans le service de Dieu. Sans parler des « secrets » (voir encadré). On a préféré accuser Mélanie et Maximin d’affabulations, de troubles psychiques, etc. Pourtant, il n’y a pas de raisons d’être inquiet, car nous avons tous les remèdes nécessaires à portée de la main. Marie l’a dit à Cana : faites tout ce qu’Il vous dira. C’est, finalement, la seule chose que nous n’avons pas essayée !