André Charlier, pédagogue hors-pair - France Catholique
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Le journal de la semaine

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André Charlier, pédagogue hors-pair

Si Henri Charlier est resté célèbre pour ses sculptures, l’œuvre éducative et les écrits de son frère André (1895-1971) lui ont valu un nom parmi les pédagogues de son temps.
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© Fr Henri

« Vous avez charge d’âme. Tel est le sens de votre responsabilité », « vous êtes sollicités de bien des manières ; ayez la volonté de répondre toujours à l’appel le plus haut »… André Charlier était particulièrement éloquent quand il s’adressait à ses capitaines de l’école des Roches. Dans cet internat normand, réputé pour sa formation exigeante, les élèves plus âgés – les « capitaines » – encadrent les plus jeunes. Charlier s’est fait le principal représentant de cette pédagogie originale et ses Lettres aux capitaines (éd. Sainte-Madeleine, rééd. 2019) , écrites au long de sa carrière d’enseignant ont traversé le temps. Les principes qui s’y déploient n’ont pas pris une ride.

Climat hostile à la religion

Ce frère bien-aimé du sculpteur Henri, auprès duquel il s’est converti au catholicisme à l’âge de 18 ans, n’était pourtant pas destiné à l’éducation, encore moins à cette profondeur spirituelle. Comme son frère et sa sœur, André grandit dans un climat hostile à la religion, et il cachera longtemps à son père, franc-maçon, sa conversion au catholicisme. Inscrit au lycée Louis-le-Grand à Paris, il y découvre avec bonheur le latin et le grec et les grands textes de la littérature classique. Mais il quitte bientôt ses livres pour la ferme de ses grands-parents, à Cheny, dans l’Yonne, dont il doit hériter. Dès qu’il quitte les champs, André se replonge dans ses lectures et retrouve les grands auteurs qui avaient fait son bonheur de lycéen.

Puis la Grande Guerre vient l’arracher définitivement à ses livres. Peu avant de partir au front, il se fait baptiser à Paris, puis confirmer avec son frère, Henri. Ce dernier aura largement contribué à sa conversion : c’est lui qui l’introduit chez les Bénédictines de l’abbaye Saint-Louis-du-Temple, rue Monsieur à Paris, où il est oblat et qui le présente à un prêtre pour recevoir ses premières leçons de catéchisme. 

« Une œuvre inspirée de Dieu »

À la fin de la guerre, après deux graves blessures et une captivité de dix-sept mois en Allemagne, il rejoint Cheny où il épouse, en juillet 1924, Alice Caquereau, la fille d’un maréchal-ferrant du village. Trois enfants naîtront de cette union. Déclaré invalide à 20 %, André ne peut plus désormais assurer les travaux des champs. Sa longue convalescence a réveillé en lui le désir de son adolescence, celui de réaliser «une grande œuvre, une œuvre inspirée de Dieu».

Après avoir renoncé à la musique, dont il avait pensé un temps faire son métier, il entre comme professeur à l’école des Roches, à Verneuil-sur-Avre, dans l’Eure. Le jeune homme commence là l’œuvre à laquelle il allait consacrer sa vie. Soucieux de l’éducation littéraire et artistique de ses élèves, il leur apprend la musique, les fait jouer au théâtre et fait venir à l’école des artistes prometteurs. Le professeur s’improvise metteur en scène et n’hésite pas à monter sur les planches pour accompagner ses jeunes acteurs.

En 1941, après une courte période de mobilisation, il prend la direction de l’école des Roches. André ne craint pas d’exiger beaucoup de ses élèves, et particulièrement de ses capitaines. Responsables de leurs camarades plus jeunes, ces derniers se voient confier de grandes responsabilités. C’est pour eux qu’André Charlier rédige ses nombreuses lettres. Au fil de sa correspondance, il les exhorte à s’illustrer avant tout par l’exemple et l’humilité, seuls moyens de gagner l’estime et la confiance des élèves qui leur sont confiés, et dont ils doivent faire des âmes libres et fortes.

Ce pédagogue hors pair, ce «maître idéal» comme le désignait Claudel, aura fait de l’école de Roches un haut lieu de l’intelligence. Ses « Journée de Malansac », du nom du lieu où s’était retirée l’école pendant l’Occupation, ont longtemps réuni les grandes figures catholiques du temps : Gustave Thibon, Jean Madiran, Henri Massis, Jean Guitton, Louis Saleron, où encore dom Gérard, fondateur de l’abbaye du Barroux, qui était aussi un ancien de l’école.