La Sagrada Família de Gaudí, catéchèse de pierre et de verre - France Catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

La Sagrada Família de Gaudí, catéchèse de pierre et de verre

Le pape Léon XIV célébrera la messe à Barcelone, le 10 juin à 19h30, dans l’une des plus célèbres basiliques du monde : la Sagrada Família – la Sainte Famille – dont il inaugurera la dernière tour.
Copier le lien

La Sagrada familia, le 26 avril 2026. © Adobe Stock / NURIA

C’est dans l’église désormais la plus haute du monde que le Saint-Père célèbrera la messe, à l’occasion du centenaire de la mort d’Antoni Gaudí (1852-1926), surnommé « l’architecte de Dieu » de la basilique, et déclaré « vénérable » en 2025, dans le cadre de son procès en béatification. Au cours de sa visite, le Saint-Père inaugurera la tour de Jésus-Christ, la dernière et la plus haute, située au centre du bâtiment. Il sera le deuxième pontife à célébrer une messe dans la Sagrada Família, après Benoît XVI venu la dédicacer, lors de sa visite en 2010, ouvrant enfin officiellement au culte le Temple expiatoire de la Sainte-Famille – son nom complet.

Couronnée en février d’une immense croix creuse (qui sera, à terme, visitable) de 17 mètres, la tour de Jésus-Christ culmine désormais à 172,5 mètres. L’achèvement de la tour centrale porte à près de 80% l’ensemble du bâtiment construit, dont la fin des travaux est estimée dans 10 ans environ. Avec cette tour, la basilique demeure ainsi juste en dessous du sommet naturel de la ville, la colline de Montjuïc, avec ses 177 mètres, selon le souhait de Gaudi de « ne pas dépasser l’œuvre de Dieu dans la nature » mais d’en évoquer la grandeur, car « les temples sont des ponts qui nous permettent d’atteindre la Gloire ». La croix est revêtue de verre et de céramique émaillée blanche, créant un effet brillant symbolisant la lumière du Christ de jour… comme de nuit, où ses illuminations projetteront un faisceau de lumière depuis chacun de ses bras vers le ciel de Barcelone. Le pinacle supportant la croix porte l’inscription Tu solus Sanctus, Tu solus Dominus, Tu solus Altissimus ( « Toi seul es le Saint, toi seul es le Seigneur, toi seul es le Très-Haut »).

« Atteindre la Gloire »

C’est toute l’œuvre et la vie d’Antoni Gaudí qui sont résumées dans cette louange. En effet, moins connu que ses constructions, il a laissé une réputation de sainteté à Barcelone, après une jeunesse pourtant assez mondaine. C’est en 1883, à l’âge de 31 ans, qu’il prend la direction des travaux du chantier, commencé un an plus tôt, à la demande de l’association des Dévots de Saint-Joseph, souhaitant bâtir un temple pour expier les péchés du peuple catalan, en pleines violences anticléricales à Barcelone. À ce titre, la Façade de la Gloire, qui est en cours de construction, sera la façade principale et la plus monumentale de la basilique. Elle représentera la destinée ultime de l’humanité : la mort, le Jugement Dernier, l’enfer et la gloire éternelle.

Gaudí désire faire de l’édifice une gigantesque catéchèse de pierre et de verre, évoquant la splendeur et la gloire de Dieu, au cœur de la ville infidèle. « Les inscriptions Sanctus, Sanctus, Sanctus, placées trois par trois hélicoïdalement sur les clochers, sont dédiées au Père, au Fils et au Saint-Esprit (…). Tous ceux qui les liront, même les incroyants, entonneront un hymne à la Sainte Trinité ; en suivant le ruban que forment les inscriptions afin de les déchiffrer, ils lèveront les yeux vers le ciel », écrit-il parmi ses innombrables recommandations pour expliquer son projet. En effet, pour Antoni Gaudí, « l’homme sans religion est un homme incomplet spirituellement, un homme mutilé », écrit-il. Et pour lui rappeler sa filiation divine avec le vrai Dieu, rien de tel que la beauté d’un temple sacré : « La beauté est la splendeur de la vérité: sans vérité, il n’y a pas d’art. La splendeur attire tout le monde, c’est pourquoi l’art est universel », affirme-t-il.

Progressivement, il abandonne ses autres activités d’architecture pour se consacrer exclusivement, à partir de 1910, à la Sagrada, l’œuvre de sa vie. Les 11 dernières années de sa vie, il vit désormais à temps plein dans l’édifice, dans une solitude totale, dormant dans une cellule aménagée au sein de son atelier. Levé à l’aube, il se rend, après son oraison, à la messe, avant de regagner le chantier, ne ressortant en fin de journée que pour une petite promenade et une fréquente confession. En effet, considérant que « la vie est une bataille », Gaudí sait bien que, pour ce combat, « il faut de la force et celle-ci est une vertu qui ne peut être préservée et augmentée que par le commerce spirituel, c’est-à-dire par la pratique religieuse ». Ses écrits évoquent aussi souvent la notion de « sacrifice », à laquelle il accorde une importance de premier plan : « La vie est amour et l’amour est sacrifice », rappelait-il. Un sacrifice qui passe, rappelait-il, par la mortification : « La mortification du corps requiert un travail incessant; c’est l’aide la plus puissante contre les tentations. »  Lui-même se nourrissait de manière très frugale.Consacré à son œuvre et célibataire par choix, il mène une vie chaste, témoignant qu’« un des bienfaits que Dieu a bien voulu (lui) accorder (était) celui de chasteté ». De fait, lui qui considère que « l’artiste doit être un moine » mène effectivement une vie monastique et sera surnommé le « moine architecte ».

La « cathédrale des pauvres »

Mais sa foi ne s’incarnera pas uniquement dans son art. Il s’occupe également généreusement des pauvres, très présents dans le quartier du chantier, organisant pour eux des distributions de nourriture et de vêtements, et faisant construire une école au sein du chantier, à destination des enfants délaissés. Sa générosité est de notoriété publique : sa basilique sera rapidement surnommée la « cathédrale des pauvres » et les ouvriers le surnomment affectueusement « le Père Gaudí ». Lui-même la considère comme « l’œuvre du peuple », car les travaux sont essentiellement financés par les dons des fidèles, qu’il va jusqu’à solliciter lui-même, en faisant la quête dans les rues pour bâtir le temple de Dieu. « C’est une œuvre qui repose entre les mains de Dieu et la volonté du peuple. L’architecte, vient au sein de son peuple, s’adresse à Dieu et accomplit sa tache. C’est la Providence qui dirige l’œuvre selon ses desseins », écrit-il.

Son amour de la pauvreté est tel que le jour de sa mort, le 10 juin 1926, renversé par un tramway en allant se confesser, il est habillé si pauvrement que les passants le prennent pour un mendiant et le transportent à l’hôpital des indigents. « Si j’ai l’apparence d’un pauvre, cela m’indiffère. Regardez Jésus Christ. Lui, oui, il se fit pauvre à cause de son amour pour nous », disait-il à ceux qui le poussaient à mieux s’habiller. Dame pauvreté l’épousera totalement dans la mort, puisqu’il sera enterré en bure de moine. Ses derniers mots sont : « Mon Dieu! » Il repose sous son œuvre, dans la crypte de la Sagrada Família.