Gaudí, un prophète pour notre siècle - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Gaudí, un prophète pour notre siècle

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Portrait d’Antoni Gaudí (1852-1926), pris en mars 1878.

Léon XIV lancera-t-il l’appel de Barcelone, tout comme Jean-Paul II l’avait fait en 1982 à Compostelle, exaltant l’âme européenne : «Vieille Europe, retrouve-toi toi-même!» ? L’actuel Souverain pontife, lui, connaît parfaitement l’Espagne, pour l’avoir visitée environ 50 fois. Et il sait aussi que l’Espagne catholique possède des ressources spirituelles, malgré la déchristianisation accélérée : c’est le pays qui envoie le plus de missionnaires dans le monde entier.

Au cœur de son voyage, à Barcelone, il pourra s’appuyer sur une figure spirituelle majeure : Antoni Gaudí, mort il y a cent ans et célèbre pour son œuvre phare, la Sagrada Família. Dans ce « Temple expiatoire de la Sainte-Famille » – nom initial de l’édifice –, la tombe de Gaudí se trouve en effet au beau milieu de cette ville cosmopolite et multiculturelle, emblématique de la modernité. Comme une prophétie de l’Ancien Testament, la vie et l’œuvre de celui dont le procès en béatification est ouvert apportent ainsi un démenti cinglant et une réponse aux temps modernes.

Tout sauf un moderniste

Loin d’être un « citoyen du monde » avant l’heure, l’architecte était en effet tout sauf un moderniste voulant abolir le passé et renier sa culture et ses racines. Profondément imprégné de l’histoire de sa région, la Catalogne, il est en cela emblématique d’une Espagne encore viscéralement attachée à sa foi. Signe aussi qu’on ne peut totalement dissocier la foi d’une culture. «L’Église ne s’identifie pas à la civilisation occidentale, affirmait Jean de Fabrègues, ancien directeur de La France Catholique, mais elle sait que toute culture qui se veut authentique appelle d’elle-même une relation intime à la religion : le Christ a modifié l’histoire…».

Dans son domaine propre, l’architecture, Gaudí a également été prophète d’un art épuisé par son éloignement de Dieu. Était-il un génie ou un fou ? Les deux sans doute, si l’on considère avec saint Paul que «la sagesse de Dieu est folie aux yeux du monde». L’écrivain André Charlier (1895-1971) disait d’ailleurs que la fonction propre du génie est de «remonter vers la source», malgré la force du courant. De la même façon, pour Gaudí, «être original, c’est revenir aux origines. Il n’est pas possible d’aller de l’avant sans moissonner dans le passé.» Tout son art a ainsi consisté à restaurer le sacré dans l’art, en louant Dieu à travers les trois livres « de la nature, de l’Écriture et de la liturgie», affirmait Benoît XVI en 2010.

Enfin, Gaudí est un prophète pour le XXIe siècle à travers sa vision de foi transcrite dans la pierre. La dernière phase en cours des travaux de la Sagrada Família concerne la façade de la Gloire, qui sera la plus monumentale de la basilique. Et elle représentera la destinée ultime de l’humanité : la mort, le Jugement dernier, l’enfer et la gloire éternelle. À l’inverse, l’historien Guillaume Cuchet a parfaitement démontré comment l’effondrement du christianisme depuis les années 1960 était lié au renoncement à prêcher sur ce qui se passe après la mort. «Les chrétiens, soulignait Jean Guitton, perdent le temps à penser l’éternité.» Et c’est cela, ajoutait-il, «qui donne au temps sa valeur, à la vie humaine son prix, sa densité, sa joie». Et donc qui produit une civilisation.