Vous revenez du Liban. Quelle est la situation des chrétiens dans ces régions ?
Mgr Hugues de Woillemont : J’ai célébré Pâques au Sud-Liban. La situation y est extrêmement préoccupante. Les villages chrétiens y sont presque totalement isolés, à cause des combats et de la destruction des infrastructures. J’ai traversé des zones désertées, des villes figées, les habitants vivent sous les bombardements quasi quotidiens. Beaucoup refusent de partir, par crainte de ne jamais pouvoir revenir chez eux. De même, la croix profanée en avril par un soldat israélien est un acte grave et inacceptable, que nous avons condamné sans ambiguïté. Au-delà de l’aide matérielle, je m’y suis rendu pour leur dire que nous ne les oublions pas, et que l’attachement à leur terre et leur espérance nous édifient.
Quel rôle spécifique la France doit-elle jouer dans ces régions ?
La France a une responsabilité historique et culturelle particulière au Proche-Orient. Elle peut agir à plusieurs niveaux : diplomatique, en défendant la liberté religieuse et la stabilité régionale ; humanitaire, en soutenant les populations civiles ; culturel et éducatif, en maintenant des liens forts avec les institutions locales. Les chrétiens de France, quant à eux, ont un rôle important : prier, soutenir financièrement, s’informer et sensibiliser autour d’eux. Jean-Paul II disait de l’Église qu’elle avait deux poumons, un oriental et un occidental !
170 ans après sa création, le rôle de l’Œuvre d’Orient est-il toujours le même ?
L’Œuvre d’Orient demeure fidèle à sa mission fondatrice : soutenir les chrétiens d’Orient dans leur vie quotidienne, leur foi et leur avenir. Son action s’est profondément adaptée aux réalités contemporaines. Aujourd’hui, elle répond aux demandes des communautés religieuses orientales, dans les domaines de l’éducation, la santé, le patrimoine et l’aide d’urgence, dans des contextes souvent marqués par la guerre et l’instabilité.
L’Œuvre d’Orient est-elle simplement une œuvre de soutien, ou a-t-elle aussi une réelle fonction diplomatique ?
Elle n’est pas un acteur diplomatique au sens officiel du terme. Toutefois, elle joue un rôle d’interface essentiel entre les réalités locales et les décideurs internationaux. Par son expertise de terrain et ses relations avec les Églises orientales, elle contribue à faire entendre la voix des chrétiens d’Orient auprès des autorités françaises et européennes. On peut parler d’une influence diplomatique indirecte, fondée sur la connaissance, le plaidoyer et la confiance.
Quels événements sont organisés pour les 170 ans de l’Œuvre ?
Une messe à Notre-Dame de Paris sera célébrée le 10 mai à 15h, en présence d’une centaine de patriarches, archevêques majeurs, évêques, prêtres, religieuses et laïcs. Tous les diocèses sont invités à s’associer à ce dimanche de prière pour les chrétiens d’Orient. Le 30 mai, le Yallah Festival, ouvert à tous, rassemblera des chrétiens de rites latin et orientaux à Saint-Germain-l’Auxerrois (Paris Ier).